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En Guyane, Maripasoula mise sur ses fruits et légumes

Malgré de nombreux atouts naturels, les productions fruitière et maraîchère sont encore embryonnaires dans la région du Sud-ouest guyanais. En cause, le manque de maîtrise technique.

Le village de Maripasoula, baigné par les eaux du fleuve Maroni, enclavé en forêt amazonienne, diffuse un parfum d’Afrique équatoriale. Les cinq mille habitants, amérindiens ou descendants d’esclaves marron*, communiquent en Aluku, un créole aux intonations anglaise et hollandaise. Le Surinam est en face, à quelques coups de pagaie. L’incessant ballet des pirogues qui traversent le fleuve témoigne des nombreux échanges entre les deux populations. En amont du village, une poignée de hameaux amérindiens. Puis l’immense forêt vierge brésilienne… C’est dans cette commune, la plus vaste de France, qu’une vingtaine de producteurs se sont réunis pour transformer, conserver et exporter sur les villes du littoral des fruits et des légumes difficiles à acheminer en frais, par voie fluviale.

Sur le port, les pirogues à moteur, seuls moyens de transport de fret. En face, le Surinam.
Sur le port, les pirogues à moteur, seuls moyens de transport de fret. En face, le Surinam.

Un potentiel inexploité

Stécyna Kiki, agronome.
Stécyna Kiki, agronome.

« Le projet s’appelle Oli-taanga, qui veut dire « tenir bon » », rapporte Stécyna Kiki, experte en filières agroalimentaires, en charge du suivi de création du pôle de transformation. D’autres projets agricoles associatifs ont échoué. Cette fois, les instances locales ont mis les bouchées doubles. « Le projet s’inscrit dans un programme de revitalisation de la commune, en parallèle d’un programme de développement de la production fruitière et maraîchère ». Dopé par des subventions européennes… Malgré un potentiel indéniable – pluies abondantes en saison, chaleur, ensoleillement – ces productions sont encore inconstantes car techniquement mal maîtrisées et cantonnées aux abatis (terrains où la végétation a été brûlée, cultivés deux ou trois ans, essentiellement en manioc, puis de nouveau abandonnés à la forêt).

La sédentarisation sur certains espaces, avec plantation de fruitiers et développement du maraîchage, passe par la garantie de nouveaux débouchés, au-delà du territoire communal. Aucune route ne dessert le village. Les grandes villes littorales sont à quelques jours de pirogue à moteur… « Les agriculteurs savent transformer et conserver le manioc ou le piment mais les procédés doivent être modernisés. Ils doivent surtout diversifier la production et apprendre à élaborer des confitures, des jus ou des sirops ».

Un abatis, espace gagné sur la forêt par brûlis, où la production est mal maîtrisée.
Un abatis, espace gagné sur la forêt par brûlis, où la production est mal maîtrisée.

Un bâtiment sur le port

Dans l’immédiat, la formation des producteurs se fait dans la cuisine du collège. « Nous réalisons un suivi des quantités de manioc et d’arachide apportées, mais aussi des fruits et légumes, même si les volumes sont encore faibles. Nous relevons les points de blocage, calculons précisément les charges pour définir les prix de vente des différents produits. La viabilité économique du projet doit être assurée. À terme, l’objectif est d’affecter un bâtiment communal existant sur le port au stockage des produits frais et à la transformation. Le projet prévoit l’achat de petit matériel et l’embauche d’un cuisinier. ». Les agriculteurs sont motivés, selon l’agronome, qui les conseille également au niveau de la gestion administrative du groupement ou de la facturation. Pas toujours évident dans la mesure où certains ne parlent pas français.

Les voyages d’étude, sur le littoral guyanais et en Guadeloupe, leur ouvrent de nouveaux horizons. « Ils reviennent avec quelques idées : la confiture de citrouilles, par exemple ». L’organisation d’un marché sur la commune est également à l’étude, pour satisfaire, en premier lieu, la demande locale. « Nous envisageons aussi l’organisation d’un transport collectif des abatis au village, par véhicule ou quad ». En période de pluie, le déplacement sur une dizaine de kilomètres de pistes boueuses n’est pas toujours une sinécure pour les producteurs… Le potentiel existe à Maripasoula ; d’autres régions enclavées de la forêt guyanaise ont réussi leur développement agricole (voir encadré) et en tirent profit. Puissent-elles servir d’exemple…

L'exemple des Hmongs
En 1977, le gouvernement français a décidé d’accueillir plus d’un millier de réfugiés Hmongs (persécutés par les armées vietnamiennes et laotiennes) et créé un village à vocation agricole sur le site de Cacao, à 80 km de Cayenne, sur des terres appartenant à l’État, en pleine forêt. Les Hmongs ont progressivement construit leurs maisons et les infrastructures communes du village (école, infirmerie, salle de réunion, église…). Ils ont défriché plus de 600 hectares. Les premières années de leur implantation en Guyane, ils ont évité tout contact avec la population locale, car ils se sentaient mal perçus.

Après quelques années, ils ont commencé à écouler leurs surplus sur les marchés guyanais. Outre le maraîchage, ils élèvent des animaux (zébus, volailles, porcs) dont la viande est vendue sur le marché de Cacao le dimanche matin et sur les autres marchés de Guyane. Le marché du dimanche est actuellement un lieu prisé des touristes et des Guyanais qui viennent visiter le village. La production maraîchère des Hmongs, contribue à couvrir les besoins de la Guyane, évitant des importations de métropole ou du Surinam voisin.

* esclaves en fuite

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