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“De l’épreuve naissent d’autres projets”

L’homme est sonné mais pas abattu. Au contraire. Deux coups durs, coup sur coup, ont conduit Patrick Gouiffès, entrepreneur de travaux agricoles à Rosporden (29), à repenser son métier et sa vie. Témoignage.

Quand une nuit, Patrick Gouiffès se retrouve à l’hôpital, loin de lui de douter que quelques heures plus tard les médecins lui diagnostiqueront une tumeur au cerveau. « Le matin je continuais de répondre au téléphone, d’organiser la journée de mes salariés », se rappelle-t-il. À 43 ans, on se croit invincible. Ou plutôt on ne pense pas à cela. Surtout quand « on a réalisé son rêve de gosse » en s’installant comme entrepreneur de travaux agricoles et agriculteur à 24 ans. Surtout quand les années s’enchaînent au rythme cadencé des travaux saisonniers tributaires de la météo et des exigences grandissantes d’une clientèle toujours plus pressée.

Faire ce que l’on peut à son niveau

Patrick Gouiffès

« Le stress, je connais », admet l’entrepreneur persuadé que les facteurs de risque associés à ce stress, comme «le portable sur l’oreille toute la journée » et les « nombreux produits chimiques utilisés dans le métier d’entrepreneur et d’agriculteur » ne sont pas « indifférents » à sa maladie, déclarée quelques années après un divorce. « Les médecins esquivent quand on les interroge. Mais l’essentiel n’est pas là. Ce qui compte c’est que j’ai été superbement pris en charge par le service de neurochirurgie du Professeur Seizeur, à Brest ». Et de revenir au point de départ de sa réflexion: « N’empêche, la faute à pas de chance, je ne connais pas. Il y a trop de morts prématurés par cancer autour de moi. Tous les agriculteurs peuvent en témoigner ».

Prendre son destin en main, ne plus laisser les autres décider pour lui. Ce Finistérien qui s’admet « têtu » et qui accorde « ne pas aimer aller dans le sens du vent » est décidé à mettre sa pierre à l’édifice comme lui suggérait un jour Jean-Yves Brélivet, gérant de constructions écologiques : « Faire ce que l’on peut à son niveau pour l’environnement ». Les longs mois d’arrêt ont été propices à la réflexion. « J’ai passé de longues heures à planter un bois dans un vallon isolé. Rien de tel que ce retrait, au plus près de la nature et dans le silence de la campagne, pour jeter de nouvelles bases de vie ». Pour tourner la page, sans fermer le livre de l’agriculture qu’il affectionne tant…

« Cette épreuve de la maladie m’a conduit à lever la tête du guidon. C’est un mal pour un bien », dit Patrick Gouiffès, en tirant son chapeau à son équipe de salariés qui ont continué à faire tourner l’entreprise. « À vrai dire, ce coup de massue m’a donné la gnaque pour d’autres projets », avoue le quadra, père de deux jeunes garçons. « Mon rêve est de voir grandir mes enfants et de transmettre une planète en bon état… et de vendre mon pulvérisateur ».

Contribuer à la vie du territoire

« J’ai en effet décidé de passer en bio », raconte l’agriculteur-entrepreneur qui se déclare personnellement influencé par ses problèmes de santé, mais aussi par les attentes sociétales qu’il voit grandir. « L’agriculteur ne peut pas être indifférent au réchauffement climatique qui menace nos enfants. Ne peut pas être indifférent à la demande des consommateurs qui veulent moins de chimie», explique l’entrepreneur adhérent à l’Association régionale entrepreneurs des territoires de Bretagne (EDT) depuis le début de son activité professionnelle.
Versé dans l’associatif depuis de nombreuses années, Patrick Gouiffès envisage également de constituer une association « avec des agriculteurs de tous horizons pour communiquer sur l’image de la profession. On en a tous besoin. Est-il normal en effet qu’en 2019 un enfant ait honte à l’école de dire que ses parents sont paysans ?».

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Un commentaire

  1. Très bel article plein d’optimisme : ne rien lâcher et être acteur de la préservation de notre environnement en restant fier de nos origines. Merci.

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