CulturesEnergies et environnement

Les Cive, un intrant de poids pour la méthanisation

Gildas Fouchet travaille depuis 10 ans pour développer et optimiser ses cultures intermédiaires qu’ils valorisent dans son méthaniseur. Il conseille de les semer le plus vite possible et de les récolter le plus tard possible pour gagner du temps poussant et donc du rendement.
Gildas Fouchet, éleveur de veaux de boucherie et méthaniseur
Gildas Fouchet, éleveur de veaux de boucherie et méthaniseur

Gildas Fouchet s’est installé en 2006 en reprenant l’exploitation familiale de Domagné (35). Il s’est très rapidement intéressé à la méthanisation avec l’objectif de diversifier son exploitation et d’embaucher un salarié. « La méthanisation et l’obligation de valorisation de la chaleur produite pouvaient aussi être une bonne solution pour diminuer le coût de chauffage de l’eau chaude de l’atelier veaux de boucherie qui s’élevait à 10 000 € par an à l’époque », explique l’éleveur.

Un budget consacré à la recherche et développement

J’ai réellement lancé mon projet de méthanisation en revenant de trois jours de visites d’unités de méthanisation en Allemagne. « J’étais le 3èmagriculteur breton à investir dans la méthanisation. La construction de mon unité de 100 kW a débuté en 2009 et la mise en route s’est faite en 2010. Dès 2012, j’ai ajouté un moteur de 150 kW pour passer à 250 kW de puissance », témoigne Gildas Fouchet. Il alimente son digesteur avec du lisier de veaux, des cultures intermédiaires à vocation énergétique (Cive) et 2 500 t de déchets extérieurs. « Tous les ans, je consacre un petit budget à la recherche et développement pour perfectionner mes Cive. Je travaille le sujet depuis 10 ans, j’anticipe une éventuelle flambée du prix des déchets extérieurs à l’exploitation qu’il faudra remplacer par des Cive pour maintenir la production de biogaz. J’ai réussi à établir un coût de production de mes Cive », indique l’éleveur.

Gildas Fouchet cherche à obtenir le plus faible coût d’implantation possible en utilisant des semences fermières et en pratiquant du semis simplifié. Le but est de pouvoir diminuer le coût de revient du kW électrique produit à partir d’une tonne de Cive. « C’est cela qui va permettre d’évaluer à partir de quel seuil il n’est plus rentable d’utiliser des déchets extérieurs dans nos méthaniseurs. » L’éleveur implante des cultures intermédiaires en été et en hiver, toutes ne sont pas récoltées. « Le coût de récolte (ensileuse, tasseur, remorques) est d’environ 200 €/ha, il faut donc avoir un réel besoin et du potentiel de rendement dans les parcelles pour déclencher une récolte », analyse Gildas Fouchet. Cette année, il a semé 35 ha de Cive d’automne dans une Cive d’été non récoltée car il avait assez de stock pour alimenter le méthaniseur. C’est aussi une des raisons qui pousse à ne pas trop investir dans la culture intermédiaire. « Cette année, j’ai semé un mélange triticale/orge pour un coût de semence entre 15 et 20 €/ha. Certains semenciers proposent des mélanges soi-disant miraculeux à 200 €/ha qui pour moi n’ont aucun intérêt. »

Des pratiques culturales modifiées

Pour obtenir de bons rendements en Cive, Gildas Fouchet a changé ses pratiques culturales. « Je sème les Cive d’été le plus vite possible en juillet, très souvent la paille est encore en tas au bout du champ. J’ai retardé d’un mois mes semis de maïs que j’effectue dorénavant autour du 15 mai pour laisser mes Cive d’automne le plus longtemps possible en terre. Nous produisons plus de matière entre le 15 avril et le 15 mai qu’entre le 15 novembre et le 15 mars. Pour autant, ce décalage de date de semis n’impacte que légèrement les rendements sur la culture de maïs. »

Pour les Cive d’été, l’agriculteur apprécie le mélange avoine + tournesol. En moyenne sur 10 ans, cette culture produit entre 2,5 et 4 t MS/ha. Une Cive d’hiver récoltée autour du 15 mai va produire entre 5 et 10 t de MS/ha. « Un agriculteur qui sait faire de l’herbe pour ses laitières aura facilement de bons rendements avec des Cive pour la méthanisation. Il faut retenir deux points concernant les cultures intermédiaires : les semer le plus vite possible et les récolter le plus tard possible pour gagner du temps poussant et donc du rendement », conclut Gildas Fouchet.

Un groupe de progrès de méthaniseurs bretons
L’association des agriculteurs méthaniseurs de France (AAMF) a créé une entité bretonne avec la formation d’un GIEE (groupement d’intérêt économique et environnemental). Les méthaniseurs échangent sur différents sujets comme la gestion du digestat ou la valorisation des Cive. « Nous avons lancé un programme de trois ans qui se termine cette année pour mettre en place un protocole de suivi des Cive. Chaque adhérent récolte une remorque de sa Cive, note la surface récoltée, effectue une pesée. Il indique l’espèce récoltée, la date de récolte et de semis, la pluviométrie et réalise un échantillon pour obtenir le potentiel méthanogène. Tout cela va nous permettre d’éditer une bibliographie pour adapter des espèces à des secteurs. Nous remarquons de grosses différences d’un endroit à l’autre. Toutes les données techniques sortiront fin 2019. Nous souhaitons que ces données servent à établir un coût de revient du kW produit pour une tonne de Cive. J’encourage les méthaniseurs à adhérer à l’AAMF et à nous rejoindre dans ce GIEE breton », lance Gildas Fouchet.
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