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Même en période de crise… Et si le bonheur était dans le pré ?

Icoopa a invité ses adhérents à réfléchir sur les sources du bonheur au travail.

« L’argent ne fait pas le bonheur » … mais il y contribue. C’est un fait. Les adhérents d’Icoopa, réunis pour l’assemblée générale de leur association, jeudi 22 février, à Carhaix (29), n’ont pas remis en cause le proverbe tiré d’une œuvre du XVIIIe siècle de Pierre Choderlos de Laclos. Mais alors, à l’heure où la rémunération n’est pas à la hauteur du temps de travail et des attentes des agriculteurs, est-ce une gageure de rêver encore au bonheur ? Non, assurent d’une seule voix les personnes présentes à cette réunion, se prêtant au jeu qui leur était proposé en cette journée. À l’aide de la méthode de la Fabrique Spinoza, agriculteurs, commerçants et artisans ont participé activement aux activités pour décrypter où et comment trouver ce bonheur au travail. Et ce, malgré la conjoncture difficile. Une leçon d’optimisme, à partir des thèmes et propos échangés par les différents groupes.

Une passion à communiquer

« Je suis fier de mon métier », « 30 ans après mon installation, je suis toujours aussi passionné », « Chaque vêlage me comble de bonheur », « On a trouvé un repreneur, on est heureux »… Dans la filière agricole, ce bonheur semble se fédérer autour de cette passion commune, l’amour de l’élevage et de la terre. Avec ce sentiment qui donne du sens à l’entreprise et au travail quotidien : celui de « se sentir utile » pour la collectivité, tout en contribuant à la sécurité alimentaire. À ce tableau, il manque juste un besoin criant de reconnaissance des consommateurs pour combler le fossé qui se creuse avec la profession. « Personne ne se rend compte de comment on travaille aujourd’hui dans nos exploitations. » Pour une meilleure cohésion sociale et attirer les jeunes vers les métiers agricoles, « susciter envie », « nous devrions communiquer plus, servir de fenêtre pour illustrer notre métier innovant, pointu et passionnant », propose un agriculteur. « Ne laissons pas les autres parler à notre place », rajoute une autre personne.

Du temps pour soi

Le bonheur n’est pas forcément loin. « On peut aussi se satisfaire de ce qu’on a et juste vouloir le maintenir ». Mais dans un secteur où vie professionnelle et vie familiale sont souvent imbriquées, « il faut savoir dire stop », « prendre du temps pour soi », « pour réfléchir », « ne pas rester le nez dans le guidon, se réveiller trop tard et attendre que les enfants partent de la maison pour prendre des vacances… ». Pour cela, chacun trouve sa solution : déléguer certains travaux, investir pour diminuer le temps d’astreinte, arrêter un atelier, faire appel aux voisins en cas de coup dur en toute humilité… « L’arrivée du robot sur l’exploitation m’a permis de consacrer plus de temps à ma passion, la danse ! », témoigne ainsi un des participants, tout sourire. Ce recul nécessaire permet avant tout de « décompresser », « de relativiser » face aux contraintes ou difficultés rencontrées.

Être à l’écoute, aller vers les autres

Mais pour d’autres, c’est du temps mis à profit pour la réflexion et la formation : « Mettre à jour régulièrement mes connaissances techniques et attiser ma curiosité intellectuelle me permet de passer plus facilement une mauvaise passe économique. » Et d’échanger entre collègues pour « ne pas se sentir seul ». En agriculture peut-être encore plus qu’ailleurs, travail rythme souvent avec rigueur et exigence. À la dure ! Mais quand on a des salariés, il n’est pas toujours facile d’exiger des autres ce que l’on exige de soi. Un bon management ne passe-t-il pas aussi avec « bienveillance » et « respect de la personne ». Avoir des « objectifs clairs permet de bien les transmettre à ses salariés », « Être à l’écoute » favorise l’élaboration de projets et la « cohésion » d’une équipe. Et, on l’oublie souvent mais un simple « merci » peut parfois « illuminer une journée »…

À chacun d’expérimenter le bonheur

À travers les exemples cités, la notion du bonheur s’avère complexe et personnelle. Elle dépend aussi du fil de la vie et évolue dans le temps. Un des groupes propose de faire le bilan de chaque journée, un travail de 10 minutes par jour, en ne gardant que les bons souvenirs. Une méthode pour apprécier les côtés positifs de la vie au lieu de les déprécier pour ne retenir que les aspects négatifs quotidiens. Et comme « le bonheur est aussi celui que l’on donne autour de soi. Sourions, offrons aussi aux autres des paroles bienveillantes », entend-on dans la salle. Car le bonheur est avant tout contagieux…

Prendre du recul

On se pose rarement la question de savoir si on est heureux au travail. Si le thème est surprenant, il reste fondamental. Réfléchir sur cette notion permet de prendre du recul sur notre métier. Cela ne le rendra pas plus facile mais les réponses permettront peut-être de relativiser les exigences qui pèsent sur notre quotidien : produire de la qualité parfois sans prix de vente rémunérateur, poids des médias, pressions administratives… Pris dans l’engrenage du travail, la solitude peut peser et se renforce souvent quand les problèmes techniques ou financiers apparaissent. On a besoin de trouver les raisons qui nous poussent à nous lever le matin pour aller travailler et ce, d’autant plus en période de crise. La méthode proposée par la Fabrique Spinoza permet de répondre à la question avec une approche intéressante : passer en mode de résolution des problèmes, se tourner vers l’avenir avec une approche très positive.Dominique Le Dantec, Président Icoopa

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