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La Chine revoit sa copie en soja

Les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine sont extrêmes. L’Empire du Milieu parle de « terrorisme économique ». Le durcissement des positions entre les deux pays ne laisse pas augurer un retour à la normale des flux agricoles dans les prochains mois. Et on peut dire, sans beaucoup se tromper, qu’il y aura un avant et un après.

Commencée fin janvier 2018, la guerre commerciale qui a pour véritable enjeu la suprématie militaire des deux puissances, a aussi redistribué le négoce mondial des céréales et des oléagineux. Victimes collatérales d’un rapport de force qui vise surtout les nouvelles technologies, les matières premières agricoles ont été emportées dans la tourmente. Dans l’escalade des sanctions, le sorgho, le maïs et les drèches d’éthanolerie en provenance des États-Unis ont été taxés par les Chinois. Idem pour le soja. L’enjeu est nettement plus important pour l’oléagineux dont la Chine est un faible producteur et le plus gros importateur mondial. Alors que pour les céréales, elle bénéficie d’une production et de stocks très importants.

85 % du soja importé

Pour nourrir ses animaux, la Chine a importé 85 % de ses besoins en soja en 2017/18. Ces 94 Mt représentaient 62 % des flux mondiaux à cette période. Autant dire que le débouché chinois est vital pour les deux plus gros pays exportateurs de graines (USA et Brésil). Une fois les USA mis au piquet, le conflit a donc fait le bonheur des Brésiliens. L’Argentine, spécialisée sur les ventes de tourteaux, n’a pas tiré son épingle du jeu pour l’instant, les Chinois préférant faire tourner leurs propres usines de trituration.

Mais dépendre d’un seul fournisseur est forcément dangereux, et les Chinois ont donc revu leur copie en termes d’approvisionnements protéiques. Tout d’abord, ils ont réduit la voilure, en diminuant le taux d’incorporation du soja dans les aliments porcins. La restructuration de l’élevage en cours, faisant appel à plus d’aliments industriels, permet d’agir assez rapidement sur ce levier. Ensuite, ils ont diversifié leurs sources de protéines en augmentant leurs achats de tourteaux de colza, de tournesol, de palmiste, mais aussi de farine de poisson, etc. Si on ajoute à cela, l’épidémie de fièvre porcine africaine, qui a réduit les besoins, nous assistons à un recul annoncé de 10 Mt des importations chinoises de graines de soja sur 2018/19.

Voir aussi :  Déforestation : Greenpeace bloque un bateau de soja à Sète

L’attrait du tourteau de tournesol HP

Les besoins chinois en soja ne vont pas s’évanouir pour autant, et le gros de la réduction est sans doute derrière nous. Or, l’offre brésilienne ne suffira pas à partir de cet été. La Russie, qui a mis au marché 4 Mt de soja cette saison, est en pourparlers avec son voisin. La hausse de la récolte locale chinoise de 2 Mt (incitations gouvernementales) est aussi un élément positif mais insuffisant. Reste de possibles accords avec l’Argentine, ce qui pourrait représenter la clé du marché du soja en 2019. En attendant, le recours aux tourteaux « secondaires » s’accroît. Mais cette fois, ce sont les sanctions commerciales de la Chine à l’encontre du Canada (suite à l’extradition vers les États-Unis de la directrice financière de Huawei), qui rebattent les cartes.

Le canola canadien est désormais « persona non grata » sur le sol chinois, reportant la pression sur les autres fournisseurs. L’Ukraine et l’Australie, plutôt tournées vers le marché européen, se voient sollicitées. Mais là où le négoce mondial évolue le plus, reste certainement le marché du tourteau de tournesol HP (à forte teneur en protéines), bien adapté à la production de volailles en hausse dans l’Empire du Milieu (pour pallier le recul de la viande de porc). Alors que les importations chinoises étaient quasiment nulles il y a deux ans, les flux en cours pourraient atteindre le million de tonnes sur 18/19, principalement en provenance d’Ukraine.

Voir aussi :  Des surfaces en hausse pour le maïs, le tournesol et records en soja

La fin des vases communicants

Les conflits commerciaux sino-américains exacerbent ainsi la segmentation des flux et rendent obsolète la notion de vases communicants entre origines ou produits. Le recul annoncé de la production européenne de colza serait de nature à aspirer les flux mondiaux en 19/20. Or le canola canadien se retrouve orphelin, ne trouvant pas assez de débouchés dans l’UE, plutôt à la recherche de non-OGM. Nous voilà donc dans un jeu de chaises musicales qui va enlever à l’UE des tourteaux de colza et de tournesol d’origine Mer Noire, non-OGM, courtisés désormais par les Chinois avides de limiter au maximum leur dépendance aux Yankees.

Les bilans mondiaux en oléagineux peuvent donc apparaître lourds sur le papier, mais la segmentation physique rebat les cartes et tend certains flux. Combien de temps cela va-t-il durer ? Il semble bien que le retour à plus de souveraineté économique soit une tendance lourde, et que nous ne reviendrons pas à une uniformisation du marché. Cela rebat les cartes du négoce mondial, et doit nous inciter à une vision plus parcellaire des fondamentaux.

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