Politique et Syndicalisme

ITW Thierry Merret, FDSEA 29 : “Des paysans nombreux grâce au syndicalisme”

Le congrès de la FNSEA se tient à Brest les 29 et 30 mars. L’occasion pour la Bretagne de mettre en avant  son agriculture et son agroalimentaire. Et ses nombreux emplois associés, explique Thierry Merret, président de la FDSEA du Finistère.

Le syndicalisme agricole sert-il encore à quelque chose ?

Thierry Merret : S’il n’y avait pas eu d’engagement syndical du monde agricole depuis plus de 50 ans, la Bretagne ne compterait pas autant de paysans. Moi-même, je ne serais pas agriculteur. Alexis Gourvennec le disait à son époque : « Nous avons eu la chance d’être assez pauvres pour ne pas avoir envie de le rester, et pas trop pauvre pour être capables de réagir ». Sous l’élan du syndicalisme, la Bretagne agricole a pris son destin en main. Il est certain que faute de développement économique, nous aurions connu un exode rural encore plus massif. Or, nous avons fait le pari de l’agriculture et cela ne nous a pas trop mal réussi.

Aujourd’hui encore, beaucoup d’idées viennent de l’Ouest. Pourquoi ? Parce que la Basse-Bretagne est une terre d’entrepreneurs et de combativité.  Du fait de notre éloignement géographique, nous n’avons pas d’autre choix que d’aller de l’avant et de nous organiser. L’éloignement du pouvoir donne de la force au syndicalisme.

Les organisations de producteurs (OP) sont justement votre credo. Pourtant le projet que vous portez depuis des années en lait semble patiner…

T. M. : En 1962 déjà, le Finistère et plus largement la Bretagne n’ont pas été pour rien dans la mise en place de la loi complémentaire d’Orientation agricole qui facilite l’organisation économique des marchés agricoles. Cette avancée a permis de maintenir un nombre optimal d’agriculteurs qui ont bénéficié de prix rémunérateurs. L’exemple le plus abouti étant la Sica de Saint-Pol.

Aujourd’hui, il y a des choses que je ne peux pas comprendre en production laitière : les coopératives refusent de se faire reconnaître OP, sous prétexte que cela touche à leur souveraineté, alors que ces mêmes coopératives ont des OP dans leurs sections légumes, céréales, etc. Tout est verrouillé dans le domaine laitier, alors qu’en Allemagne les producteurs peuvent changer de coopératives même si elles sont regroupées en AOP (associations d’organisations de producteurs). En France, les quotas ont endormi les esprits. Et pendant ce temps, les très grands groupes font la pluie et le beau temps sur le marché du lait.

L’Europe et l’euro sont-ils une bonne chose pour l’agriculture bretonne ?

T. M. : L’euro a été une bonne chose pour la compétitivité de nos produits agricoles. Il ne faut pas oublier les effets des MCM (montants compensatoires monétaires) lorsque nous avions un franc faible face à un mark fort.
Quant à l’Europe j’y crois toujours. Et plutôt que de taper sur l’Europe, tapons sur l’État jacobiniste. Paris n’a pas à décider à notre place. C’est d’abord Paris qu’il faut réformer car les territoires ont des idées à faire valoir.

Peut-on être pour l’Europe et défendre le « Manger français ». Il n’y a pas là une certaine forme de nationalisme économique ?

T. M. : D’abord, rappelons que la marque « Manger français » a été déposée par la FRSEA Bretagne. Ce n’est pas du nationalisme économique, mais une sensibilisation du consommateur à la production agricole française. Les autres pays ne font rien d’autre. Prenons l’exemple des Anglais qui, à certaines périodes de l’année, privilégiaient la salade iceberg locale aux importations. Commercialement nous ne trouvons rien à redire de ce choix. Le « Manger français » se veut plus une prise de conscience qu’un outil de fermeture des marchés. Nous, Bretons, savons très bien que 7 % de la production régionale suffit pour nourrir la population bretonne. Nous devons donc être ouverts sur l’Europe et sur le monde. À défaut nous courons à la récession.

Le renouvellement des générations vous semble-t-il suffisant et bien mené ?

T. M. : Une centaine de jeunes s’installent chaque année par département breton. Pour un département comme le Finistère cela fait à terme 4 000 agriculteurs. Il ne faut donc pas trop noircir le tableau ; d’autant qu’à 50 ans un agriculteur a encore 15 ans d’activité devant lui.

On peut par contre regretter que le pays, voire l’Europe, ne considèrent pas l’alimentation comme stratégique. Nous prenons des risques à négliger notre souveraineté alimentaire. Qu’il semble loin le temps où l’on avait un ministre de l’Agriculture comme Pisani qui avait une vision pour l’agriculture et les agriculteurs français.

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