Politique et Syndicalisme

Thierry Merret, le bonnet rouge de la détermination

Il incarne la révolte des Bonnets rouges du XXIe siècle. Il excelle dans les méthodes de contestation à l’ancienne. Thierry Merret fascine ou agace. Portrait de ce Léonard forgé par 25 ans de syndicalisme.

C’était en 2005. Thierry Merret venait d’être élu président de la FDSEA du Finistère. Une élection bien accueillie par les pouvoirs publics. Par calcul. Un haut fonctionnaire breton ne confiait-il pas à l’époque, qu’à choisir, il valait mieux voir ce trublion syndical aux commandes que debout sur les barricades. Que diable. C’était mal connaître le Léonard Thierry dont le prénom évoque la puissance et le peuple. Faut-il y voir une prédisposition pour le combat syndical ? Toujours est-il que cet homme de conviction a toujours préféré le son métallique des glissières de voie express au silence feutré des salons pour défendre les intérêts collectifs. Son seul mobile syndical. « Pour l’intérêt de nos familles, de l’emploi de nos enfants, des salariés en fait, tout simplement, pour la vitalité de nos territoires auxquels nous sommes tous attachés ».

Sur les pas de Gourvennec

Avec le syndicalisme chevillé au corps depuis 25 ans, ce légumier de Taulé (29) s’est érigé en apôtre de la défense des « laissés-pour-compte ». Non sans avoir été influencé par le charismatique Gourvennec. Comment pouvait-il en être autrement quand on vit sa jeunesse à côté d’un tel leader. Certainement admiré, sans doute adulé. Il n’est qu’à observer Thierry Merret s’animer derrière les tribunes pour y déceler certaines similitudes. Même discours de tribun, même propension à galvaniser les foules par des formules soigneusement ciselées. Ces dernières années, on peut même y lire, derrière ses lunettes abaissées sur le bout du nez, des expressions de visage qui trahissent un certain mimétisme. Peut-être aussi cette même sensibilité. Car derrière l’armure du Nord-Finistérien coule souvent la sensibilité de l’homme au grand cœur.

En tout cas, c’est dans l’adversité que Thierry Merret a dû se construire. Et à chaque fois que l’on a voulu lui faire barrage, il a redoublé d’énergie. Avant les dernières élections Chambre d’agriculture, d’aucuns prédisaient sa chute. Écarté de la FRSEA, le voilà plus vaillant que jamais pour défendre sa terre finistérienne. Plus déterminé aussi, car plus libre. Quitte à faire de l’ombre à quelque rival en portant son syndicat dans la lumière des projecteurs de l’avenir. La revanche est un plat qui se mange froid.

Sur scène comme dans les champs

N’en déplaise aux « cercles de décision convenus », les adhérents de la puissante Fédération départementale redemandent du Merret. En Finistère, le pouvoir de décision appartient bel et bien aux paysans des syndicats locaux. Thierry Merret le répète à l’envi. La base le lui rend bien. En témoigne sa longévité à la tête de la FDSEA où le président remet sa tête en jeu chaque année. Un cas unique en Bretagne.

D’une vivacité d’esprit reconnue, Thierry Merret détecte les failles susceptibles de porter ses revendications au sommet. Sur le terrain, il connaît parfaitement les attentes des « besogneux ». Et il sait que le meilleur moyen de les porter haut et fort, c’est l’attaque ». Frontale parfois. Empreinte d’un humour caustique souvent : « Les écolos sont capables du meilleur comme du pire, mais c’est toujours dans le pire qu’ils sont les meilleurs ». Ou encore : « Quand on est mort, on ne sait pas qu’on est mort, c’est pour les autres que c’est difficile. Quand on est con, c’est pareil ! ». À bon entendeur… Les 600 à 700 adhérents qui se pressent chaque année au show de l’assemblée générale du syndicat se délectent. Thierry Merret savoure.

Si certains responsables politiques semblent découvrir le loup qui se cachait derrière l’écotaxe et tirent à eux la peau de l’ours, en vieux renard Thierry Merret avait promis de longue date d’abattre ces « portiques qui font tache dans le paysage ». Imaginant les agriculteurs reconvertis en vendeurs d’aluminium, il avait promis leur chute. Il savait qu’il y avait là un os à ronger. D’autant plus gros que la crise de l’agroalimentaire s’est invitée à la table des crises à répétition. Et, si par pudeur, l’homme ne veut tirer aucune gloire d’avoir fait trébucher le Gouvernement, tout laisse à penser que l’homme au bonnet rouge coiffe aujourd’hui une certaine satisfaction personnelle d’avoir marché dans les pas de son maître à penser. Ces pas bien appuyés qui tracent la trajectoire d’un territoire.

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