Politique et Syndicalisme

ITW Christiane Lambert : La FNSEA carbure au moteur européen

Christiane Lambert, candidate officielle à la succession de Xavier Beulin à la FNSEA, affiche un état d’esprit très réformiste. À quelques jours du congrès de Brest, Paysan Breton lui ouvre ses colonnes.

L’Europe est souvent brocardée, mais la FNSEA fait de cette même Europe le fil rouge de son rapport d’orientation de 2017. Serez-vous entendue et suivie par les agriculteurs sur ce sujet ?

Christiane Lambert : Les agriculteurs sont à la fois excédés par la lenteur et la technocratie de l’Europe, mais en même temps, ils y sont attachés. Faut-il rappeler que l’agriculture a été le ciment de la construction européenne voulue par les grands hommes que sont de Gaulle, Adenauer. Aujourd’hui, nous le répétons, cette Europe, si souvent décriée, constitue la bonne dimension pour structurer l’agriculture.

Mais au-delà de la dimension agricole, à Brest, nous insisterons aussi, surtout, sur ce que cette union apporte sur le plan humain, sociétal et civilisationnel. Les jeunes sont aujourd’hui les mieux placés pour en parler ; ils apprécient cet espace géographique qui leur permet de voyager, d’échanger et travailler librement. Ils croient à celle belle idée qu’est l’Europe. C’est aussi pour cette raison que nous voulons que l’on mette du carburant dans le moteur européen.

Mais le moteur européen toussote un peu tout de même…

C. L. : Les pays de l’Est qui nous font tant concurrence aujourd’hui ont été intégrés pour des raisons géopolitiques. C’est un fait. On peut seulement regretter que cet élargissement a été mal accompagné. Mais sans vouloir refaire l’histoire, il faut donner du sens à cet espace européen qui n’est pas seulement économique, mais qui doit être davantage politique. Une nouvelle cohésion du couple franco-allemand, comme au temps de Mitterrand-Kohl, est nécessaire pour redonner cet élan dont l’Europe a besoin. Car nous le voyons, même si le Parlement a désormais plus de pouvoir, l’UE est en panne faute d’orientation politique claire et ferme.

Pour ce qui concerne plus directement l’agriculture, la nouvelle Pac en préparation aura pour vous valeur de test ?

C. L. : Notre demande tient en deux mots : une ambition ; un budget. Les pays européens, et en particulier la France, veulent-ils que l’agriculture soit un grand secteur structurant pour l’économie ? Nous le verrons dans les prochains mois au travers de la réforme de la Pac si telle est l’ambition ; en tout cas nous bataillerons pour. Nous le verrons prochainement au niveau national au travers des programmes agricoles des candidats à la présidentielle. Lors du congrès, nous les invitons à venir à un oral de rattrapage pour expliquer leur projet. Car, et nous sommes d’accord avec les agriculteurs : les candidats ont parlé peu d’agriculture jusqu’à présent. Nous attendons qu’ils redonnent des couleurs à l’agriculture française.

Et la FNSEA a un programme à leur proposer ?

C. L. : Nous avons établi 13 propositions destinées à accompagner la modernisation de l’agriculture qui doit retrouver de la compétitivité. Sans toutes les citer, nous proposons une TVA emploi, un réajustement de la loi de Modernisation, la mise en place d’un plan d’investissement, des mesures pour développer la bio-économie, etc.

Les thèmes que vous citez sont dans la continuité de Xavier Beulin.

C. L. : Il n’est pas question de prendre un virage à 90 °. Mais je me situe dans un état d’esprit très réformiste. Et ma bonne connaissance du tissu agricole et rural français me permet de bien appréhender les attentes des agriculteurs. Des mesures ambitieuses sont de nature à redonner le moral aux agriculteurs.

Justement, les éleveurs laitiers n’ont pas trop le moral. Les promesses de hausse des prix semblent s’éloigner alors que les trésoreries sont exsangues.

C. L. : C’est un cri du cœur qui vient aujourd’hui des éleveurs. Sans réserve financière, ils ne peuvent pas faire face à la volatilité des prix. C’est pourquoi, il faut mettre des outils et des dispositifs adaptés en place. L’objectif est de leur permettre de retrouver de la performance économique et de la sécurité pour affronter des temps plus difficiles.

Et les éleveurs qui ne peuvent pas renouer avec la rentabilité ?

C. L. : D’abord il faut, permettez-moi l’expression, « détabouiser » l’échec en agriculture, comme le font les artisans, les commerçants. La volatilité, associée à l’imprévu du vivant, fait que des agriculteurs se retrouvent parfois dans des situations inextricables qui n’ont rien à voir avec leur manque de compétence. Je dis souvent que l’agriculture est une usine sans toit. Il faut donc arrêter de stigmatiser les agriculteurs qui échouent.

Dans ce contexte, nous avons encore à travailler sur un meilleur accompagnement en période délicate, sur la formation pour que ces agriculteurs puissent sortir dignement du métier. Nous avons aussi à travailler sur les dispositions juridiques pour qu’un agriculteur qui part ne perde pas tout. Mais au-delà de ces aspects matériels, il y a aussi tout le soutien humain qu’il faut apporter. Pouvoir parler, être écouté : c’est déjà une grande partie de la solution. Et à la FNSEA et dans les syndicats locaux nous sommes très attachés à cette fibre humaine ; c’est notre essence.

Quel message adressez-vous aux jeunes qui sont passionnés par l’agriculture mais qui doutent ? Le contexte économique n’est-il pas favorable à « une fuite de cerveaux » ?

C. L. : Je ne suis pas d’accord. 34 % des jeunes installés sont titulaires d’un BTS et 14 % sont ingénieurs. 85 % des jeunes qui s’installent ont déjà une expérience extérieure ; s’ils reviennent vers le métier, c’est qu’ils sont très motivés et qu’ils sont convaincus que leurs conditions seront meilleures. Ces derniers sont d’ailleurs moins pessimistes que les jeunes qui se sont installés directement sur une ferme et qui n’ont donc pas d’éléments de comparaison.
La définition d’un projet agricole ambitieux, au niveau de la France et de l’Europe, participera à sécuriser leur parcours. C’est toute l’ambition de notre syndicat.

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