Economie, marchés et gestion

Peut-on vivre durablement avec des revenus volatils ?

Depuis 10 ans, la volatilité des revenus agricoles fait rage. Fait nouveau pour les producteurs de lait, plus habituel pour ceux du porc. Est-ce supportable à long terme ?

Les agriculteurs sont des chefs d’entreprise : ils ne tirent pas un salaire de leur travail mais un revenu de leur activité. Celui-ci varie d’une année sur l’autre en fonction de la conjoncture économique, d’aléas climatiques, sanitaires, médiatiques… Cette variabilité fait partie intégrante du métier, mais elle doit être contenue dans des limites raisonnables pour que l’agriculteur puisse, d’une part, se rémunérer, d’autre part, investir. Faute de quoi, la production court le risque de disparaître d’un territoire, avec toutes les conséquences économiques, sociales, environnementales pour toute une région voire un pays. Mais comment caractériser ces « limites raisonnables » de la volatilité ?

Pas suffisamment de bonnes années

En production laitière, en 10 ans, le revenu par UTH a connu 4 années au-dessus de la moyenne (de ces 10 années), contre 6 en dessous. Le nombre de « mauvaises » années a donc été supérieur au nombre de « bonnes » années. Deuxième niveau d’analyse : l’amplitude des variations. En 2008, le revenu des producteurs de lait a dépassé de 46 % la moyenne 2006-2015. Au contraire, en 2010, il est inférieur de 31 % à la même moyenne.

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Mais peut-être le revenu des bonnes années est-il suffisamment élevé pour constituer un « bas de laine » pour les mauvaises ? La réponse est non, car au final, le revenu moyen sur 10 ans des éleveurs laitiers se situe 6 % en dessous du salaire moyen breton, toutes catégories socio-professionnelles confondues. Cette comparaison est, bien sûr, à manier avec précaution, mais au regard du travail fourni, des responsabilités assumées, des capitaux investis, des emprunts réalisés et de la nécessité de réinvestir en permanence dans l’outil de production, il est normal de considérer que le revenu des agriculteurs devrait être supérieur au salaire moyen breton. D’autant plus que le revenu doit aussi permettre de constituer un capital en vue de la retraite.

Les producteurs de bovins viande (naisseurs-engraisseurs) connaissent une situation proche de celle des laitiers : un revenu annuel au-dessus de la moyenne 4 années sur 10, un revenu moyen 2006-2015 inférieur de 9 % au salaire moyen breton. A l’inverse, les variations sont de moindre ampleur. Les revenus des éleveurs de bovins viande ne sont pas élevés mais ils sont moins fluctuants que ceux des laitiers.

Sortis des écrans radars

En production porcine, entre 2006 et 2015, le revenu se situe 6 années sur 10 au-dessus de la moyenne des mêmes années. Mais sa volatilité est extrême : de + 99 % en 2006 à – 91 % en 2008. Le phénomène est partiellement compensé par un revenu moyen sur 10 ans supérieur de 38 % au salaire moyen breton… pour ceux qui ont survécu aux périodes de crise ! Ce dernier élément fondamental est trop souvent occulté : on ne peut observer en 2016 que les revenus des exploitations qui ont résisté aux crises. Les autres sont sorties des écrans radars. Entre le recensement de l’année 2000 et celui de 2010, la Bretagne a perdu 36 % de ses exploitations porcines contre 26 % toutes productions confondues. Le Danemark perd deux tiers de ses élevages de porcs tous les 10 ans, les Pays-Bas, 50 %. Dès lors, difficile d’affirmer que le secteur affronte sans difficulté les aléas des marchés. Les exploitations hypothèquent, au propre comme au figuré, l’avenir.

Une concurrence accrue entre bassins de production
Depuis 30 ans, la production porcine vit avec la volatilité. Elle y parvient de moins en moins car les conditions macro-économiques ont changé. La concurrence entre bassins de production, en particulier européens, est de plus en plus ardue. La production laitière n’a connu, pour l’instant, que le mauvais côté du phénomène. Connaîtra-t-elle un jour le bon ?

La stratégie d’une entreprise ne peut reposer sur le seul espoir d’une remontée des cours. Maîtrise des investissements et des charges opérationnelles, contractualisation et structuration en AOP (Association d’organisations de producteurs), segmentation…) autant de pistes de travail pour chacun. En espérant que de son côté l’Union européenne reconnaisse enfin la nécessité de réguler, au moins en partie, les marchés agricoles.

Anne Bras / Cerfrance Finistère

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