SPACE 2016 : Les éleveurs travaillent pour améliorer le climat

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Faire un état des lieux des quantités de CO2 rejetées dans l’atmosphère à l’échelle de l’exploitation permet de créer un nouveau critère d’analyse technique. Denis Merien, à Bourg-Blanc (29), ouvre ainsi des pistes pour améliorer le coût de production.

Les élevages laitiers sont émetteurs de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. Mais en quelles quantités et quels sont les leviers pour les diminuer ? C’est pour répondre à ces questions que le programme Carbon Dairy est né à l’initiative de l’Institut de l’élevage. « Depuis 2013, BCEL Ouest est un des partenaires de ce programme d’une durée de 5 ans qui a pour objectif d’initier une dynamique nationale visant à améliorer l’implication des éleveurs laitiers dans les solutions climat. Afin de constituer de solides références le programme a besoin de recueillir les données de 4 000 élevages. Nous leur fournissons une compilation des données de production laitière et de fertilisation de 2 000 élevages bretons que nous suivons », déclare Anne Prigent, responsable technique environnement à BCEL Ouest.

Anne Prigent, responsable technique environnement à BCEL Ouest, et Denis Merien, producteur laitier à Bourg-Blanc (29). Anne Prigent, responsable technique environnement à BCEL Ouest, et Denis Merien, producteur laitier à Bourg-Blanc (29)

Prairies et haies stockent le carbone

Afin d’obtenir un chiffre d’émission de CO2 par litre de lait, environ 400 données de l’exploitation sont compilées. « Plus de 80 % des rejets de gaz à effet de serre (GES) d’un élevage bovin proviennent des animaux entre le méthane entérique produit et la gestion des effluents », précise Anne Prigent. Pour mesurer les GES sur un élevage, il faut les données lait : effectif, ration, concentrés achetés, animaux vendus et sortis… Il faut aussi les données agronomiques : surface, fertilisation, engrais produits et achetés, cultures en place… L’énergie (gaz, électricité, fioul) consommée sur l’exploitation rentre aussi en compte. Les cultures de longue durée telles que les prairies et les haies viennent en déduction des GES produits car ce sont des cultures qui stockent le carbone. « Connaître les quantités de carbone stockées sur une exploitation et les GES émis en moins pourrait peut-être permettre d’accéder à du crédit carbone. »

Une chasse à l’économie

« Une exploitation du programme Carbon Dairy produit en moyenne 0,92 kg de CO2/litre de lait », indique Anne Prigent. Certains éleveurs ont leurs chiffres depuis un an. BCEL Ouest a souhaité mettre en avant l’exemple de Denis Merien, producteur laitier installé à Bourg-Blanc (29). « En 2013, l’exploitation de Denis émettait 0,81 kg de CO2/litre de lait. En 2015, c’est 0,71 kg de CO2/litre de lait. L’objectif national que se fixe le programme de recherche Carbon Dairy est d’arriver en moyenne à 0,8 kg de CO2/L de lait en 2020. » Denis Merien avoue ne pas avoir travaillé dans le but de réduire ses émissions de gaz à effet de serre. « J’ai cherché à être plus économe, à réduire mes charges, à simplifier le travail et à être plus performant dans ma façon de travailler. »

Quand un élevage est proche de 1 kg de CO2/L de lait ça peut-être inquiétant pour l’avenir économique de l’exploitation.

Concrètement, l’éleveur s’est mis comme objectif de produire plus de lait avec les fourrages de l’exploitation. Il a amélioré la qualité des pâtures en faisant des paddocks, en réduisant les temps de passage et en fauchant les refus en juin avant l’épiaison. « Entre 2013 et 2015, je suis passé de 575 à 362 kg de concentrés/vache laitière. Dans le même temps j’ai augmenté ma production de lait de 6 500 à 7 000 L/VL. » La responsable technique environnement de BCEL Ouest ajoute : « Certains élevages produisant plus de 10 000 L/VL ont aussi de très bons résultats et maîtrisent leur rejet de gaz à effet de serre. C’est réellement une chasse à l’économie. »

Un nouveau critère d’analyse de l’exploitation

Ce chiffre est un nouveau critère d’analyse de l’exploitation. « Quand un élevage est proche de 1 kg de CO2/litre de lait ça peut être inquiétant pour l’avenir économique de l’exploitation. » Ce chiffre peut s’expliquer de plusieurs façons : problèmes de mammites et lait jeté, achat d’animaux, trop de génisses, animaux présents mais ne produisant pas, peu de pâtures et haies donc manque de stockage de carbone… Denis Merien estime pouvoir encore améliorer son chiffre de 0,71 kg de CO2/L de lait. « Je n’ai pas vraiment calculé pour y arriver, je pense donc pouvoir encore progresser. » Anne Prigent lui donne quelques pistes de progrès en gardant moins de génisses et en passant l’âge au 1er vêlage de 28 à 25 mois. Elle conclut : « les agriculteurs ne se rendent pas compte qu’ils travaillent au quotidien pour l’amélioration du climat et pourtant ça fait longtemps qu’ils le font. »


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