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Elevage et prairies : Tant que les humains ne brouteront pas

Puisque les bovins pollueraient et qu’ils priveraient les hommes de protéines, il n’y a qu’à les supprimer… Simple non ? Démonstration du contraire avec des chercheurs de l’Inra et des universitaires.

De 5 à 6 kg de protéines végétales pour fabriquer 1 kg de protéines animales. Mais de quoi parle-t-on quand on cite ces chiffres ? Sachant que l’écart va de 2 kg pour une volaille et à 9 kg pour la viande bovine. Bref, une moyenne ne veut plus dire grand-chose. Sachant également que le monogastrique et le ruminant ne sont pas nourris avec la même source de protéines. Trop souvent ces chiffres non étayés sont jetés en pâture – c’est le cas de le dire – pour dénigrer l’élevage. Or, dans de nombreuses situations, le bilan « protéinique » est très éloigné de ces lieux communs.

Récupérer de la protéine indigeste

Il arrive même que l’on récupère plus de protéines animales qu’une plante serait capable de fournir directement pour l’alimentation humaine. Il en va ainsi quand les bovins pâturent des terres incultes ou pas suffisamment riches pour recevoir des cultures. C’est souvent le cas sur les 400 000 ha de prairies permanentes que compte la Bretagne. « Les calculs révèlent une bonne efficacité de conversion des protéines dans les systèmes herbagers lorsqu’on rapporte les quantités de protéines animales produites aux seules protéines végétales directement valorisables par l’homme qui sont nécessaires à les produire », confirme le collectif de chercheurs de l’Inra et des universités qui ont planché sur « la place de l’élevage, des prairies et des produits animaux dans les transitions agricoles et alimentaires ». Et d’ajouter : « Lorsque ce ratio est supérieur à 1, on considère même que le système d’élevage contribue positivement à la sécurité alimentaire humaine ».

Les bovins assimilent des protéines végétales inaccessibles pour l’homme.

Toujours selon ces chercheurs, « des calculs récents indiquent des ratios supérieurs à 1 pour les systèmes laitiers herbagers ; neutres (égaux à 1) pour la viande produite à l’herbe et inférieurs à 1 pour les monogastriques et les bovins alimentés avec des rations riches en concentrés et en ensilage de maïs. »

« Lorsque ce calcul est fait, non plus à partir de surfaces toujours en herbe et des coproduits, mais en incluant des surfaces en prairies temporaires pouvant être affectées à des cultures pour l’alimentation humaine, les valeurs d’efficience sont plus élevées puisque la part de protéines issues de surfaces entrant en compétition avec l’alimentation humaine diminue » (Laisse et al., 2017). Surprenant ? Pas tant que cela puisque la prairie temporaire est plus productive à l’unité de surface et que cette herbe riche est naturellement équilibrée pour un herbivore. Du coup les surfaces de céréales ne servent plus à corriger la ration et sont libérées pour l’alimentation humaine.

Les bienfaits des prairies

Et parce que la composition des produits animaux en acides gras essentiels dépend des modes d’alimentation, les chercheurs rappellent que la teneur en oméga-3 est plus que doublée par une alimentation des animaux à l’herbe par rapport à du maïs. Autrement dit, « l’alimentation à l’herbe constitue l’un des principaux leviers permettant d’équilibrer notre assiette ». À cet égard, l’alimentation des ruminants avec ce fermage modifie favorablement la composition des produits en acides gras essentiels et en micronutriments dont notre alimentation est déficitaire ; ces éléments peuvent contribuer « à réduire le risque d’apparition de maladies chroniques telles que l’obésité, le diabète, certains cancers, l’arthrite, l’asthme et les maladies cardiovasculaires, ainsi que certaines maladies du cerveau » (Molfino et al. 2014). Tout est ensuite question de mesure car un excès de viande peut avoir un effet opposé.

Si les bovins ne mangent pas le pain des humains, ils n’en demeurent pas moins de grands éructeurs de méthane, argueront alors tous ceux qui veulent faire la peau aux vaches. Là encore, la mesure s’impose. « Les émissions globales de GES liées à l’élevage représentent entre 12 et 17 % des émissions totales de l’Union européenne ». Émissions de GES des ruminants qui peuvent être en partie être compensées par la séquestration de carbone dans le sol. En zone tempérée, les sols des prairies peuvent capter jusqu’à 0,7 t de carbone/ha/an.

Des scénarios simplificateurs
Le plus souvent, les travaux prospectifs simulent les effets d’une réduction de la consommation de viande sans prendre en compte les différentes façons de produire. Nombreuses sont donc les études qui concluent qu’une forte réduction de la consommation de protéines animales serait un puissant levier pour réduire l’empreinte environnementale de l’élevage. Ces scénarios sont souvent simplificateurs : ils ne prennent pas en compte l’incidence de l’alimentation sur la santé humaine, l’aménagement du territoire, la biodiversité, etc.
Source
Revue Fourrages, décembre 2017
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