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La cogénération « spontanée »

Longtemps réservée aux exploitations maraîchères les plus importantes, la cogénération se développe aujourd’hui en Bretagne. À l’horizon 2016, le Pays de Brest devrait, à lui seul, compter une trentaine d’installations pour une production globale avoisinant les 80 Mégawatts. Rencontre avec David Potereau, propriétaire de 2,8 hectares de serres de tomates, qui vient de s’équiper d’une unité de cogénération.

Les données de l’équation sont simples. Dans le coût de revient d’une tomate, le chauffage de la serre représente le deuxième poste de charges (25 %), juste derrière la main-d’œuvre (30 %). Face à l’augmentation continue du prix de l’énergie depuis plusieurs années, les serristes sont donc particulièrement attentifs à toutes les avancées technologiques leur permettant de limiter la facture. Après avoir exercé durant  trois ans comme chef de culture au sein de la coopérative Savéol et effectué un séjour aux Pays-Bas, David Potereau s’est installé à Guilers (29), en 2003, sur une exploitation de 1,5 hectare de serres. Trois années plus tard, il s’est agrandi pour atteindre une surface totale de 2,8 hectares. Et dès ses premiers pas professionnels, il a été confronté à la problématique du coût de l’énergie.

« Avec l’envolée du prix du gaz, la première solution a consisté à équiper les serres d’écrans thermiques afin de limiter les pertes au niveau de la toiture. Cela a permis de diminuer la consommation de 40 % en hiver et, en moyenne, de 20 % sur l’année ». Le renchérissement de l’énergie se poursuivant, un gros travail a été réalisé sur les conduites culturales. « Avec d’autres producteurs et l’appui des techniciens de Savéol, nous avons beaucoup échangé afin de déterminer jusqu’où l’on pouvait réduire les apports de chaleur sans diminuer les rendements ». Reste que les gains enregistrés ont alors simplement permis d’absorber la hausse du prix de l’énergie.

Nouvelle vague

Vers la fin des années 2000, une nouvelle voie apparaît : quelques pionniers s’équipent des premiers systèmes de cogénération. Mais, à l’époque, ce procédé technique permettant de produire à la fois de la chaleur pour chauffer les serres et de l’électricité – revendue à EDF -demeure l’apanage des grosses exploitations. « Pour que ce soit intéressant, on estimait qu’il fallait avoir au minimum cinq hectares de serres », se souvient David Potereau. Soit près du double de la surface moyenne des serres bretonnes… Quelques autres serristes qui, jusque-là, utilisaient du fioul lourd, se tournent, eux, vers le bois-énergie.

Puis, au début des années 2010, à la faveur du regroupement des exploitations et de l’amélioration des performances des moteurs, une nouvelle vague d’unités de cogénération voit le jour dans le Finistère. Dès 2012, la production électrique des serristes de Savéol atteint 40 Mégawatts. Via Carbogreen, structure collective d’approvisionnement en énergie regroupant la plupart des producteurs de la coopérative, un appel d’offres pour des unités de cogénération est lancé en 2013. Objectif : tirer les prix au maximum afin d’ouvrir cette technologie à des structures de taille moindre. « Nous avons pris en compte l’ensemble de l’environnement : motoristes, banques, constructeurs… Et nous sommes partis des besoins thermiques réels de chaque exploitation, sans sur-dimensionner les installations ». Une approche rationnelle qui va porter ses fruits. Sur les douze producteurs participant au groupe de travail, huit ont d’ores et déjà franchi le pas, parmi lesquels David Potereau.

Cet impressionnant moteur fonctionnant au gaz entraîne une génératrice produisant de l’électricité, la chaleur est, elle, récupérée (échappement, huile, turbo…) pour chauffer les serres
Cet impressionnant moteur fonctionnant au gaz entraîne une génératrice produisant de l’électricité, la chaleur est, elle, récupérée (échappement, huile, turbo…) pour chauffer les serres.

Réduire la facture

Financée par Arkéa Crédit Bail, filiale spécialisée du Crédit Mutuel Arkéa, son unité de cogénération représente un investissement de l’ordre de 1,750 million d’euros. Entré en fonction début décembre, ce nouvel équipement (2 Mégawatts de puissance électrique, 2,1 Mégawatts de puissance thermique), qui fonctionnera 5 mois par an, devrait permettre à l’agriculteur finistérien de réduire sa facture de chauffage d’au moins 30 %. « Je pense que sur une surface de serres plus importante, on peut même aller jusqu’à une diminution du coût de l’ordre de 50 % ».

Le choix de la cogénération sécurise l’approvisionnement énergétique de son exploitation sur douze ans, durée du contrat qui le lie à EDF pour le rachat de l’électricité produite. Convaincu de l’intérêt de la formule, David Potereau se garde cependant d’en faire la panacée pour les serristes. « C’est du cas par cas, insiste celui qui est aussi trésorier de la coopérative Savéol. Il faut, à chaque fois, partir des besoins thermiques de l’exploitation, être vigilant sur les différents coûts comme celui du raccordement au réseau électrique… Au regard des investissements à réaliser, je ne pense pas que cela soit adapté pour des serres de moins de 2 hectares ».

Dès l’année prochaine, avec une trentaine d’installations de cogénération en fonction sur le pays de Brest, la production électrique devrait avoisiner les 80 Mégawatts ». Ce qui équivaut aux besoins annuels de quelque 16 000 logements. Dans une Bretagne très largement déficitaire sur le plan électrique – notre région produit moins de 10 % de sa consommation -, cette fabrication locale issue de la cogénération est évidemment des plus intéressantes. « Aujourd’hui, souligne David Potereau, la Bretagne doit exploiter toutes les pistes de production d’énergie : cogénération, méthanisation, éolien, hydrolien… Et les agriculteurs détiennent un morceau de la solution de ce « mix » énergétique du futur ! » Le courant éclectique a de l’avenir.

Laurent Garnier, Responsable régional, Arkéa Crédit Bail

Dernièrement, Arkéa Crédit Bail a financé plus d’une douzaine d’installations de cogénération en Bretagne. Notre force est de proposer à la fois une solution simple et sur mesure. Simple car l’agriculteur dispose d’un interlocuteur unique tout au long de son dossier. Nous regroupons en un seul contrat tous les investissements immobiliers, les matériels, l’incorporel… Et nous nous chargeons de la gestion des acomptes lors de la phase de préfinancement de la construction. L’aspect sur mesure est également important. La formule du crédit-bail autorise une grande souplesse pour les durées de financement et les loyers de remboursement. Cela permet de s’adapter au mieux à chaque projet. Et comme nous finançons la totalité du montant TTC, l’exploitation préserve aussi ses ressources.

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