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Un public élargi sur les nouvelles MAEC « ruminants »

Parmi les nouveaux venus, les éleveurs de bovins viande se sont fortement engagés dans ce programme 2015-2020 qui leur permet notamment de compenser la baisse des aides du 1er pilier de la Pac.

Les nouvelles MAEC (Mesures agroenvironnementales et climatiques) sont presque victimes de leur succès en Bretagne. Le budget de 193 millions d’euros prévu sur 5 ans (en incluant les mesures pour l’agriculture  biologique qui ne sont pas des MAEC) est consommé à plus de moitié sur 2015. 101 millions d’€ ont été engagés pour répondre aux 3 270 demandes, alors que le budget initial était de 51 millions d’€ pour l’année. Est-ce qu’à l’avenir, une sélection des dossiers, non appliquée pour le moment, pourrait être mise en place ? Possible.

Des aides conséquentes

Remportant le plus de succès, les MAEC Système polyculture élevage (SPE) attirent plus largement que les anciennes mesures SFEI (Système fourrager économe en intrants). « Avec un contexte économique en lait peu favorable et des montants d’aides en hausse, les éleveurs laitiers se sont engagés ou réengagés pour les ex-SFEI », explique Charles David, conseiller Chambre d’agriculture en charge du dossier MAEC au niveau régional. Par ailleurs, certains producteurs bio ont préféré choisir ces mesures dont les montants peuvent aller jusqu’à 12 000 €/an et par associé. Des aides plus importantes que celles qui leur sont réservées.

Autre raison de cet engouement, « la mesure SFEI était contraignante au niveau fertilisation avec des plafonds/ha, et les producteurs ne pouvaient pas déduire les exportations d’effluents. Beaucoup de producteurs ayant de l’herbe, mais avec un atelier hors-sol à côté par exemple, ne pouvaient pas s’inscrire dans la démarche. Aujourd’hui, ils peuvent souscrire à la MAE SPE qui n’a pas de contrainte sur l’azote, la réglementation étant déjà suffisamment poussée en Bretagne », détaille Yvon Boutier, responsable dossier MAE régional à la Chambre d’agriculture.

Déjà beaucoup d’herbe en allaitant

Les « laitiers » ne sont pas les seuls à s’être intéressés aux mesures « SPE ». Même si les statistiques détaillant les productions des exploitations engagées ne sont pas encore sorties, les différents intervenants ont vu passer de nombreux dossiers issus d’élevages bovins viande. La baisse des aides Pac (Droits à paiement unique et aides vaches allaitantes), couplée à la conjoncture morose, a convaincu certains de passer le cap. D’autant plus que les systèmes allaitants sont pour beaucoup déjà bien herbagers.

Nicolas Daniel, éleveur à Plédéliac (22), fait partie des « nouveaux entrants ». Il a opté pour la MAEC SPE en évolution vers 18 % maximum de maïs sur la SFP et 65 % d’herbe minimum sur la SAU. Installé seul sur une nouvelle exploitation en 2010, il a mis en place un troupeau de 60 VA sur une SAU de 78 ha. « Avec des aides de 11 000 €/an sur 5 ans, cette MAEC est une réelle opportunité pour la mise en place de mon élevage et pour faire évoluer mon système.  » Le producteur a réduit sa part de maïs et augmenté l’orge. Il a aussi mis en place 2,80 ha de mélange luzerne / trèfle / ray-grass. « Je souhaite gagner en autonomie alimentaire. » Pour rentrer dans les critères en IFT (Indice de fréquence de traitement), le producteur projette de réaliser du binage sur maïs. Il va aussi mettre en place un local phytosanitaire.

Pour Gabriel Lissillour, installé avec sa femme sur une exploitation laitière costarmoricaine de Pleumeur-Bodou (SAU 70 ha et 360 000 L de lait), les MAE sont indispensables « pour pouvoir changer de système. » L’éleveur laitier avait contracté une MAE SFEI sur la période 2010-15, passant de 40 à 50 ha d’herbe. « Le déclic a pour moi été la crise du lait de 2009. J’ai alors souhaité réduire les coûts de production et gagner en autonomie. Sur 2015-2020, il a signé pour une MAE SPE avec 18 % maximum de maïs dans la SFP et 65 % minimum d’herbe dans la SAU, en maintien de système. S’y ajoutent des surfaces en MAEC territoriales « zones humides ».

Plus vigilant sur les IFT

« Il n’y a pas de gros changements prévus, mais il va sans doute falloir que j’accroisse ma vigilance sur les phytosanitaires. » Les aides MAEC devraient représenter sur l’exploitation 41 €/1 000 L, 20 € de plus qu’avec la SFEI. De quoi permettre à l’éleveur de conforter son système et de continuer à avancer vers davantage d’autonomie. « Les MAEC facilitent aussi l’aide aux investissements. J’ai déposé un dossier pour un outil de fenaison plus large et donc plus rapide », ajoute l’éleveur. Agnès Cussonneau

L’avis de Yvon Boutier, Responsable dossier MAEC régional à la Chambre d’agriculture

« La mobilisation sur les nouvelles MAEC a été bonne sur 2015, avec des engagements d’exploitations équivalents sur les quatre départements bretons. Sur la précédente programmation, les Côtes d’Armor totalisaient 50 % des contrats. À ce jour, une petite vingtaine de nouveaux dossiers PAEC a été déposée. C’est une bonne chose. Notre objectif est de permettre l’accès aux MAEC « territorialisées » au plus grand nombre d’agriculteurs pour qu’ils puissent évoluer dans leurs pratiques. »

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