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Affourager en vert sans se mettre dans le rouge

Equilibrer les charges et la ration : Rentable ou pas ?

Astreignant, gourmand en temps de travail et en charges de mécanisation, l’affouragement en vert réclame de l’implication pour obtenir un bon retour sur investissement.  

L’opportunité de l’affouragement en vert est à étudier au cas par cas, pour chaque exploitation. « La difficulté de juger de son coût, un peu comme pour une mélangeuse, est liée au fait que les charges de mécanisation ne sont pas toujours intégrées au coût alimentaire : le coût fourrager se résume au simple coût de production des fourrages alors qu’à côté les charges de structure augmentent », note Stéphane Saillé de BCEL Ouest. Pour un coût de production de l’herbe de 15 €/t de matière sèche, il faut rajouter le coût pour la ramener à l’auge. « En intégrant les charges d’investissement et d’entretien, l’affouragement en vert réalisé à la faucheurse-autochargeuse se situe au final au mieux au niveau d’un ensilage de maïs conservé puis distribué, soit de 60 à 100 €/t. Cela dit, pour ce tarif, le fourrage à l’auge est équilibré, ce qui n’est pas le cas du maïs auquel il faut rajouter du correcteur azoté », précise son collègue Julien Rigaud.

lely-tigo45 minutes par jour, 250 jours par an

Quand bon nombre des éleveurs adeptes visent la limitation de la dépendance aux correcteurs azotés, les deux spécialistes chiffrent : « C’est très variable mais on peut économiser 150 à 300 kg d’équivalent soja par vache et par an. » Cela dépendra, entre autres, de la qualité du fourrage (« bonne maîtrise des cycles de l’herbe »), de la quantité apportée quotidiennement  (« compromis taille de la machine et taille du troupeau ») et surtout du nombre de jours de pratique sur une année. « Et donc au final de la quantité totale récoltée. » Pour les deux observateurs, celui qui décide de s’investir et d’investir dans l’affouragement doit y aller franchement pour atteindre une bonne rentabilité. « Y consacrer 45 minutes journalières, 250 jours par an. Un challenge énorme. » Et comme la traite, cela devient une véritable astreinte.

Julien-Rigaud-BCEL-Ouest
Julien Rigaud, Chef produit fourrage au BCEL Ouest.

5 km maximum entre la parcelle et l’étable

Julien Rigaud conseille de viser « au moins 1,5 t de MS de fourrage vert par vache et par an. » Il fait le calcul : « À 10 t de MS d’herbe par hectare et 15 ares par vache, 12 ha d’herbe assolée uniquement pour de l’affouragement en vert sont nécessaires. Et même 15 ha si on prend en compte les autres coupes de débrayage… » Les spécialistes soulignent ainsi la nécessité de mettre en place « un planning de fauche avec un choix varié d’espèces fourragères » pour obtenir un étalement de la pousse. « Il faut une certaine technicité. Les éleveurs qui l’avaient en système pâturage s’adaptent ainsi plus facilement à l’affouragement. » Au final, le bénéfice économique sur le coût alimentaire est « souvent contrebalancé par le poids de l’investissement dans une faucheuse-autochargeuse par exemple. Et tout ça, sans même avoir imputé la charge main d’œuvre… », analyse Stéphane Saillé.

Tester vraiment l’affouragement avant d’investir

Dans les réflexions sur la meilleure manière de valoriser un parcellaire sans accessible, « l’affouragement est toujours étudié par nos conseillers. Mais au final, une fois bien considérés les investissements et le temps de travail, à peine 5 % des élevages le pratiquent », rapporte Julien Rigaud. Le cas du petit appel d’air pour la récolte en vert créé par les financements des bassins versants à hauteur de 40 % du prix du matériel est symptomatique : « Parfois, faucheuses et remorques dorment sous les hangars parce que le système n’a pas été raisonné… » Alors, le spécialiste conseille à celui qui s’intéresse à l’affouragement en vert de ne pas investir de manière aveugle. « Dans une période de transition, mieux vaut acheter une récolteuse à fléaux d’occasion par exemple pour se tester pendant 3 ou 4 mois, peut-être sur deux campagnes. L’idée est d’appréhender le temps de travail supplémentaire et l’intérêt alimentaire avant d’alourdir ses charges de mécanisation par l’achat d’un matériel performant… »

Limiter la distance parcourue

La rentabilité dépendra notamment de la distance parcourue pour récolter. L’écrasante majorité des 30 éleveurs enquêtés par le BCEL Ouest consacre entre 45 minutes et une heure pour faire le tour de fauche quotidien. « Mais dès qu’il faut deux tours, la contrainte devient très forte. » Par ailleurs, dans cet échantillon, seuls trois producteurs avaient des parcelles situées à plus de 5 km de l’étable. « Outre le temps de travail, l’allongement du parcours sur route abîme le matériel et avale du fuel. 5 km, c’est déjà beaucoup. »  En termes de rentabilité, Julien Rigaud et Stéphane Saillé concèdent que le bon équilibre est difficile à trouver. « Les troupeaux grandissent et l’accessible à la vache diminue. Alors on pense à l’affouragement. Mais comme les élevages ont de moins en moins de main d’oeuvre disponible, on veut une grosse machine pour être sûr de ne faire qu’un seul tour de fauche par jour. Et pour épargner les sols, on opte pour un double essieu… » À la fin, la facture est salée. Toma Dagorn

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