Élevage

Pas d’improvisation dans la construction

« Le bâtiment n’est pas le premier facteur des mammites ». D’emblée, Jacques Charlery, chargé de mission technique au GIE Elevages de Bretagne, fixe le décor. Le bâtiment peut cependant être déclencheur.

Pourquoi des éleveurs équipés de bâtiments au top s’embourbent dans des mammites à répétition alors que des situations « comme-ci-comme-ça » donnent de bons résultats. « Parce que l’utilisation du bâtiment compte au moins autant que sa conception », résume Jacques Charlery, GIE Elevages de Bretagne.

Jacques Charlery, GIE Elevages de Bretagne
Jacques Charlery, GIE Elevages de Bretagne

Pour preuve, deux élevages voisins équipés à l’identique n’affichent pas le même bilan au regard des mammites et des comptages leucocytaires. Ce qui fait la différence ? La constitution du troupeau (génétique, tri des vaches), mais aussi – surtout – la façon dont l’éleveur s’en occupe. Et J. Charlery de citer « la surveillance, le nettoyage du bâtiment, la durée d’occupation du bâtiment sur l’année, le temps de présence sur 24 heures, etc. ». Autant d’éléments qui pèsent individuellement et interagissent entre eux. Reste que, face au problème complexe que sont les mammites, un bâtiment bien conçu sera de toute façon plus facile à conduire et par déclinaison « plus facile à vivre ». Autrement dit, bien concevoir son bâtiment – ou bien l’aménager – revient à poser les socles d’un bon fonctionnement. À ce titre, Jacques Charlery énumère 5 règles de base à respecter pour tendre vers « un bâtiment qui marche » :

1 – L’implantation

Les anciens avaient ce don pour bien implanter leurs bâtiments : choix de l’orientation, vigilance par rapport au sous-sol. La règle n’a pas changé. Une stabulation implantée dans un creux, à l’ombre de grands arbres risque d’être humide, mal ventilée. « Il y a également des bâtiments humides car les eaux pluviales sont mal gérées à l’extérieur », cite aussi le conseiller bâtiment.
Même s’il ne s’agit pas de la première préoccupation, la géobiologie (influence des flux souterrains) ne doit pas être écartée d’un revers de main. Il n’y a rien d’ésotérique à s’intéresser à cette question. Choisir de décaler la construction d’un bâtiment de quelques mètres n’est parfois pas anodin quant à l’expression ou non de pathologies animales (mammites, infections diverses, etc.).

2 – L’orientation

L’objectif est d’obtenir une bonne ventilation statique du bâtiment. « Si en Ille-et-Vilaine, on privilégiera l’ouverture du long pan orienté à l’est “pour profiter du soleil levant”, à l’ouest de la région, la priorité sera de se protéger des vents dominants ouest/sud-ouest qui ont pour effet de surventiler les bâtiments », poursuit J. Charlery qui invite les éleveurs à faire appel aux conseillers et aux entreprises de bâtiment agréés « Charte Qualité Bâtiments Bovins » du GIE Elevages de Bretagne (1).

3 – La coque

« Trop de volume tue le volume ». S’il existe des contraintes techniques pour les matériels d’élevage, inutile cependant de rechercher des bâtiments trop hauts. D’autant moins que les grandes manœuvres avec le matériel agricole n’est pas prévu : on ne remplit pas une monocoque de 20 tonnes dans un bâtiment équipé de logettes !
L’objectif est de tendre vers un volume d’air de 35 m3 par vache (préconisations de l’Institut de l’Elevage). Le renouvellement de l’air étant assuré de préférence par un bardage ajouré, voire par des systèmes de rideaux réglables installés sur les longs pans : un système relativement performant pour l’aération estivale quand les vaches ne sortent pas en pâture.

4 – L’éclairement

Un bâtiment bien éclairé conditionne le confort des animaux, permet de répondre aux besoins physiologiques des vaches (reproduction). Sans oublier le bien-être de l’éleveur toujours meilleur dans un bâtiment lumineux. « La bonne diffusion de la lumière favorise la circulation des animaux dans toutes les parties du bâtiment. Les observations montrent que les logettes sombres et les zones moins éclairées des aires paillées sont moins fréquentées par les animaux ».

5 – Zones de confort

Dans un souci de lutter contre les mammites d’été, le confort du bâtiment est encore plus important pour les troupeaux qui ne sortent jamais. « Le brassage d’air peut, dans certaines conditions, apporter cette fraîcheur que recherche naturellement le bovin en période chaude ». Parc d’attente et salle de traite sont parfois des zones d’inconfort. « Il est conseillé d’éviter les courants d’air. De même, une isolation du plafond pour l’été peut améliorer le confort des vaches… et du trayeur. Or, un éleveur qui est bien dans sa salle de traite suivra mieux ses vaches ». Et chacun sait qu’une mammite détectée précocement, c’est une mammite à moitié soignée…

Installer une bonne terre

Toujours s’assurer d’une bonne mise à la terre. On ne le dira jamais assez, les bovins étant particulièrement sensibles aux courants, il est essentiel de bien relier l’ensemble des parties métalliques à la terre : en commençant par les treillis du béton, les stalles, les râteliers, tous les tubulaires, la charpente (si elle est métallique), etc. « Toutes les liaisons doivent aboutir à la barrette d’équipotentialité », insiste Jacques Charlery. Et d’expliquer que ce dispositif permet d’isoler une partie des installations métalliques quand on recherche un dysfonctionnement électrique.

La terre doit faire une boucle en fond de fouilles.
La terre doit faire une boucle en fond de fouilles.

Se contenter d’enfouir un câble de cuivre sur quelques mètres n’est pas suffisant pour obtenir une bonne terre. « La règle, c’est de faire une boucle en fond de fouilles. Ce qui signifie que l’électricien doit intervenir avant que le moindre m3 de béton soit coulé », insiste le conseiller bâtiment du GIE, en profitant de rappeler la nécessité de réaliser une réunion avant l’ouverture du chantier avec tous les intervenants.

(1) Plus d’infos sur les recommandations bâtiment : www.gie-elevages-bretagne.fr

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