Élevage

L’aire paillée transformée en logettes

Construit en 2007, le nouveau bâtiment sur aire paillée n’a pas tenu ses promesses. La maîtrise des mammites devenait problématique. En 2011, le Gaec des Châtaigniers, à Kernével (29), abattait les murs et reprenait la bétonnière pour monter 70 logettes.

Faire tout dans les normes n’est pas une garantie absolue qu’il n’y aura pas de problèmes. Quand en 2007, Jean-René Gloanec et Benoît Duval décident de construire une nouvelle stabulation, ils pensent aussi agronomie. Autrement dit, avoir du fumier plutôt que du lisier pour les terres. D’autant que les 80 ha de SAU de l’exploitation permettent de faire des céréales et donc d’avoir de la paille.

Trois hivers en aire paillée

Cette réflexion est déterminante dans la conception du nouveau bâtiment de 1 500 m2 prévu pour accueillir les 63 vaches laitières. « Nous sommes partis sur les bases techniques que nous a données Patrick Floc’h, conseiller bâtiment de BCEL Ouest », explique Benoît Duval. Et de citer l’aire paillée qui courait sur la longueur totale du bâtiment ; une aire paillée peu profonde (9 m) ; un muret d’une vingtaine de centimètres qui séparait le couloir d’exercice de l’aire paillée pour éviter l’écoulement des jus. Bref, le respect de normes qui ont fait leurs preuves dans les élevages bretons. « L’aire paillée avait aussi permis de faire des économies sur le coût total du bâtiment que nous avons autoconstruit en totalité hormis la charpente et la toiture », indique l’éleveur.
C’est en octobre 2008 que le troupeau laitier intègre le bâtiment flambant neuf. Les 360 m2 d’aire paillée correspondent aux besoins de 6,5 m2 préconisés par animal. Un round de paille est épandu quotidiennement. Les vaches sont alors propres comme aiment les éleveurs.

Dans le bâtiment orienté nord-sud, l’ambiance est bonne. « L’ensemble des façades, pignons et longs pans, sont bardés en claire-voie et filet brise-vent, ce qui assure une bonne ventilation. Un diagnostic d’ambiance effectué en 2010 par Patrick Floc’h confirme ce ressenti. Les circuits d’air étaient bons. Il n’y avait pas d’humidité perceptible par tâches de moisissure sur la charpente, etc. », note le conseiller de BCEL Ouest.

Optimiser le bâtiment en logettes

Reste que les mammites explosent. « Dès l’hiver 2009/2010, nous avions 58 % de mammites cliniques », indique Benoît Duval qui signale en parallèle une litière dont la température atteignait rapidement les 35 °C malgré le respect du paillage de l’ordre de 1 à 1,2 kg/m2/jour. Et l’éleveur de faire remarquer que le curage de la stabulation ne pouvait se faire que tous les deux mois pour des raisons de stockage (délai réglementaire de stockage de 2 mois sous les animaux avant entreposage au champ).

Quand la barre de cou est bien positionnée, les pieds arrière de la vache en position debout doivent arriver à 10 cm du seuil.
Quand la barre de cou est bien positionnée, les pieds arrière de la vache en position debout doivent arriver à 10 cm du seuil.

Après trois hivers de logement sur aire paillée, le Gaec des Châtaigniers choisit la solution radicale : s’équiper en logettes. « Quand on fait tout bien et que les résultats ne suivent pas, on ne peut rester comme ça ». Une nouvelle fois, les éleveurs font appel à Patrick Floc’h. « À l’origine, le bâtiment avait été conçu pour recevoir deux rangées de logettes au cas où. Restait la question de savoir si les éleveurs allongeaient le bâtiment côté nord ou s’ils créaient un auvent côté ouest pour recevoir une rangée supplémentaire afin de disposer de surface supplémentaire pour porter le nombre de logettes à 70 ».

Favoriser la bonne fréquentation

La deuxième solution est retenue. « Pas toujours évident de démolir un mur de 2 m de haut que nous avions autoconstruit », se souvient Benoît Duval qui, avec son associé, a repris du service dans le béton. « La base du fonctionnement du nouvel aménagement était de prévoir un couloir de circulation suffisamment large pour ne pas limiter la fréquentation des logettes dos à la table d’alimentation. Idéalement, il faut que la largeur de ce couloir fasse 4,50 m, alors qu’une largeur de 3 m convient pour le couloir arrière (logettes dos-à-dos) », explique le conseiller bâtiment. Et de souligner aussi la nécessité de prévoir un passage (2,50 m de large) tous les 15-20 logettes pour permettre une circulation fluide des animaux.

La bonne fréquentation des logettes – et leur propreté – dépend aussi de leur adaptation au format des vaches. « Puis, il y a des règles de base à respecter : une hauteur de marche de 25 cm (20 à 25 cm), sachant que si l’on envisage de mettre des tapis mieux vaut tabler sur la fourchette basse pour ne pas se retrouver avec des marches de 30 cm. La largeur standard de 1,20 à 1,25 m entre axes est également un bon compromis pour permettre le couchage de l’animal », cite Patrick Floc’h. Et d’insister sur le limitateur d’avancement (arrêtoir au sol) qui doit être bien positionné entre 1,80 et 1,90 m selon le standard des vaches. « Pour ma part, je privilégie la sangle, maintenue bien tendue, à une hauteur de 20 cm maximum », poursuit P. Floc’h. « De même la barre de cou, libre au début de l’utilisation des logettes, doit être fixe ensuite et adaptée au format des animaux, soit située à 1,90/1,95 m du seuil des logettes. Pour vérifier si elle bien placée, les pieds arrière de la vache en position debout doivent arriver à 10 cm du seuil ».

La fréquentation des logettes n’a pas posé de problème particulier au Gaec des Châtaigniers. Si quelques récalcitrantes ont été réformées – « quelques vaches âgées qui de toute façon étaient arrivées au bout » – le paillage abondant et la présence continue de l’éleveur pendant les dix premiers jours pour relever toutes les vaches réfractaires ont donné de bons résultats. « J’ai même passé une nuit dans la stabulation ».

Une vache bien couchée : l’arrière de l’animal ne doit pas être avancé de plus de 20 cm par rapport au seuil. La pente de 3 à 5 % favorise la propreté des logettes.
Une vache bien couchée : l’arrière de l’animal ne doit pas être avancé de plus de 20 cm par rapport au seuil. La pente de 3 à 5 % favorise la propreté des logettes.

Des logettes bien paillées

Aujourd’hui, les vaches affichent une meilleure propreté que sur aire paillée. « Les mammites cliniques sont descendues à 23 % », cite l’éleveur. Une baisse à mettre, en toute vraisemblance, au crédit d’un moindre échauffement de la litière. Mais Benoît Duval tord le cou à l’idée qu’avec des logettes, il y a moins de travail : « Sans doute un peu plus même entre le raclage et le paillage ». Et de détailler : « A la pailleuse, je déballe 3 rounds de paille 2 fois par semaine. Cela permet d’arriver aux 5 kg de paille par vache et par jour nécessaire pour obtenir un fumier compact. Chaque jour, le raclage et le paillage des logettes me prennent quarante minutes ». Une façon de dire qu’il ne faut pas se tromper de combat et qu’une logette mal entretenue peut être aussi problématique qu’une aire paillée.

Évolution des mammites au Gaec des Châtaigniers

Période

2009-2010

2012-2013

Nb VL

60,5

63,8

Moy étable

8017

8726

% VL Mammites

58

23

% VL >800

7,3

3,8

% VL<300

79,3

88

Coût d’une mammite : 150 €  (50 € coût direct et 100€ perte de lait et pénalités)

Nombre de mammites

35

14

coût total annuel

5 263 €

2 100 €

Gain/an

3 263 €

 

Prendre en compte le gabarit
Pour assurer un confort optimum des animaux, le réglage doit tenir compte du gabarit des plus grands animaux du troupeau. Deux critères facilement mesurables sont à considérer :

  • Longueur diagonale de la pointe de l’épaule à la pointe de la fesse (ischion)
  • Hauteur au garrot.

gabarit d'une vache

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