Une nouvelle approche contre le ray-grass

Les expressions bibliques faisant référence au ray-grass « séparer le bon grain de l’ivraie », « semer la zizanie » témoignent du problème ancestral, mais comment changer la donne ?

infographie sur les leviers à actionner pour limiter le stock de graines de ray-grass dans le sol - Illustration Une nouvelle approche contre le ray-grass
Les leviers à actionner pour limiter le stock semencier.

La problématique du ray-grass n’est pas nouvelle. Les instituts techniques, coopératives, Chambres d’agriculture, conseils privés réalisent des essais depuis des décennies, notamment en Bretagne. On connaît l’efficacité de bon nombre de leviers testés individuellement (désherbage chimique, mécanique, date de semis, labour…) et certains leviers sont redoutables face au ray-grass.

Le tout chimique est illusoire

Concernant la lutte chimique, les solutions disponibles restent efficaces, si elles sont bien utilisées. Néanmoins, tous les acteurs du terrain s’accordent à dire et constater que résoudre la problématique ray-grass avec uniquement la chimie est tout simplement illusoire. Les potentielles futures matières actives apportent des solutions complémentaires, mais aucune ne permettra à elle seule de résoudre le problème.

Des leviers à mettre en place sur la durée

La difficulté n’est plus d’identifier les leviers efficaces, mais de les mettre en œuvre sur la durée dans les exploitations et dans les bonnes conditions de réussite.

La maîtrise du ray-grass peut être comparée à une balance. D’un côté se trouve le stock de graines présent dans le sol. De l’autre, les leviers agronomiques, mécaniques et chimiques mobilisés pour réduire cette pression.

Aucun levier efficace à 100 %

Le principe est simple : aucun levier n’étant efficace à 100 %, la réussite repose sur leur combinaison. Plus le stock semencier est important, plus le poids des leviers mobilisés devra être élevé pour rééquilibrer la balance.

Une parcelle fortement infestée, avec un stock semencier important, ne sera pas assainie avec un seul levier puissant (ex. labour, lutte chimique…). Il faudra en combiner plusieurs sur plusieurs années. À l’inverse, un début d’infestation peut être maîtrisé avec quelques adaptations ciblées.

La réussite repose sur la combinaison de leviers

Pour aider les agriculteurs à identifier les pratiques pertinentes à mobiliser, Arvalis a développé une grille de risque sur le ray-grass. L’objectif est d’identifier rapidement les pratiques qui contribuent le plus à l’infestation et celles à modifier, si possible, en priorité. Cette approche a été éprouvée en Bretagne et Normandie par les Chambres d’agriculture au travers d’un réseau Margo (cf. encadré).

La grille guide l’échange entre le conseiller et l’agriculteur sur ses pratiques (interculture, en culture, récolte, rotation). Un score de risque d’infestation est estimé. Chaque pratique est associée à un poids plus ou moins impactant sur le score. Ensuite, le but est d’identifier les pratiques que l’agriculteur est prêt à modifier pour diminuer ce score. Si certains leviers à fort impact ne peuvent être mobilisés, d’autres devront être combinés afin de réduire le score.

Une application est en cours de développement pour rendre cette méthode accessible gratuitement et de manière ergonomique. Elle permettra d’établir en moins d’une heure un diagnostic et un plan d’action personnalisé à la parcelle pour maîtriser durablement le ray-grass.

Arvalis

64 % en réduction de l’infestation

Margo (Maîtrise du ray-grass dans l’Ouest) est un projet initié en 2023 par Arvalis et les Chambres d’agriculture de Normandie et Bretagne. Ce projet est aujourd’hui intégré dans le projet Gramicombi (projet financé par le Parsada visant à approfondir la connaissance et déployer les combinaisons de leviers).Le réseau vise une nouvelle approche sur la gestion du ray-grass en intégrant directement l’agriculteur dans la modification de ses pratiques.Une grille de risque a été élaborée à partir de l’expertise d’Arvalis et des essais conduits. Celle-ci attribue un score lié aux pratiques sur la parcelle et facilite l’élaboration d’un plan d’action pour diminuer ce score. L’agriculteur reste maître du plan d’action qu’il met en œuvre. L’infestation est suivie avant le plan d’action et les années suivant sa mise en place.Le réseau comprend 40 parcelles infestées en ray-grass, le suivi a débuté en 2023. L’an dernier, en 2025, près de 64 % des parcelles présentaient une réduction de l’infestation et étaient en bonne voie de maîtrise du ray-grass.


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