Dossier technique

S’installer et tout restructurer

SCEA de Bayette à La Bouilie (22) - Intégration d’un nouveau site, reprise de parts, changement de structure juridique, demande d'autorisation d’exploiter… Le parcours à l’installation de Hélène Lebret n’a pas été de tout repos. Officiellement cheffe d’exploitation, son arrivée a ouvert une grande phase de travaux pour moderniser et rationnaliser l’élevage.

Une femme et une homme devant des arbustes - Illustration S’installer et tout restructurer
Hélène Lebret et Alexandre Lefebvre ont repris l’élevage familial | © Paysan breton - T. Dagorn

Au 1er janvier 2026, Hélène Lebret, 36 ans, a rejoint son frère Alexandre Lefebvre, 30 ans, sur la ferme familiale. Elle a repris les rênes de son père partant à la retraite. La Costarmoricaine a toujours « eu l’idée de revenir sur l’exploitation ». Elle sait où elle met les pieds puisqu’elle était déjà salariée depuis 2022 sur l’élevage, après une expérience de 10 ans dans l’agro-alimentaire.

Son arrivée coïncide avec la reprise d’un site à 900 m du siège historique. Actuellement, l’élevage compte 420 truies réparties sur deux sites : « Sur le premier, une conduite en 5 bandes en sevrage à 21 jours. Sur le second, du 7 bandes, 28 jours. Parfois, c’est la double peine avec deux mises bas ou deux sevrages tombant la même semaine… », explique Hélène Lebret. Son installation est donc l’occasion d’une vaste restructuration pour rendre le travail plus efficace, d’allier demain performances techniques et bien-être au travail, précise-t-elle.

Regrouper le naissage pour réduire le travail

Les trois sites (qui accueillent tous de l’engraissement) sont actuellement rénovés en même temps. La maternité du 1er site passe en gestante. Celle du 2e en PS et la gestante en engraissement. Sur le 3e site, l’ancienne maternité a été transformée en engraissement… « Bayette qui connaît notre 5e génération d’éleveurs reste le cœur de l’élevage. » On y trouve le pont bascule, la faf (stockage, broyage, machine à soupe), la station de traitement, un nouveau hangar à matériel avec toiture photovoltaïque (électricité autoconsommée) et bientôt un bureau, une salle de réunion et une salle de pause. Surtout, un bloc naissage flambant neuf y est en construction. « L’idée est d’avoir 350 truies rassemblées à un seul endroit. ». Il accueillera 64 truies par bande. Sa mise en place est prévue fin de l’année. Un projet marqué par une baisse du nombre de truies : « Entre une organisation plus rationnelle au quotidien en regroupant les maternités, les progrès constants sur la prolificité et le gain de confort des animaux dans la future maternité bien-être, à l’arrivée cela devrait revenir au même en termes de porcs produits. »

S’installer, un parcours semé d’embûches

L’installation ? « Cela a été deux ans de travail très intense : passer mon BPREA en VAE, gérer l’approche juridique du départ de mon père et de l’association avec mon frère, conduire la reprise du 3e site, avancer sur l’élevage en sous-effectif… » L’amatrice de course à pied compare ce parcours à « un bon trail avec beaucoup de dénivelé et des chutes mais de la satisfaction à l’arrivée ».

Deux ans de travail très intense pour s’installer

Elle souligne l’importance des partenaires, vus comme des « ravitaillements » sur ce tracé difficile : l’expert-comptable Talenz Toadenn « face à de très gros enjeux fiscaux et juridiques », le notaire de famille spécialisé en droit rural, Ardie Concept le bureau d’étude en environnement et bien sûr le groupement Elpor (prêt à taux zéro) « partenaire historique où l’on est libre d’entreprendre… » Mais aussi le cabinet vétérinaire Chêne Vert qui a accompagné l’approche sanitaire de la restructuration « car avec de tels niveaux d’emprunt, nous n’avons pas le droit à l’erreur ». D’autres partenaires soutiennent son démarrage par des gestes commerciaux (Coréal pour l’aliment, Yxia pour la semence, Eureden pour les appros cultures…). Elle insiste sur la construction du plan d’entreprise : « Il faut savoir montrer patte blanche parce que les banques sont frileuses devant les projets d’un certain montant. » Ici, un pool bancaire (CMB, Crédit Agricole) a assuré le financement.

La crainte de perdre du foncier

L’obtention des autorisations d’exploiter aura été « le plus stressant » de ce parcours. « Pour mon installation dans le cadre d’une reprise familiale, on s’exposait au risque que quelqu’un se positionne pour récupérer des terres que mes parents travaillaient déjà. Dans le secteur, il y a une grosse pression sur le foncier. »

Pour terminer, Hélène Lebret rappelle qu’il faut un certain courage pour se lancer en porc. « J’ai vu mes parents traverser des crises carabinées. Il faut être préparé à cela et avoir une gestion serrée au quotidien pour toujours conserver un matelas de sécurité. » Pour autant, tout travail mérite salaire, rappelle-t-elle. « Et aujourd’hui, il nous manque 20 à 30 ct du kilo… C’est toute une filière qui est en difficulté. Qui accepterait de travailler sans être rémunéré ? »

Toma Dagorn

Sœur – frère, duo complémentaire

Au quotidien, Alexandre s’occupe des cultures et des parties post-sevrage et engraissement. Sa sœur Hélène du bloc truie, de la gestion administrative et de la partie environnement (contrôles, gestion des risques, montage des dossiers…). « Les tâches sont bien réparties, mais on se concerte. » Ses années de technicienne qualité et laboratoire en usine lui ont apporté des compétences « bien utiles » : elle est rigoureuse et méthodique, sensible aux notions de traçabilité ou de posologie dans les traitements et rompue aux calculs et à la gestion. « J’ai aussi toujours travaillé en équipe. » La structure compte 2 associés, 2,5 équivalents temps plein salariés et, dès septembre, un alternant de BTS. Sans avoir changé de décor, en passant de salariée à associée, la vie de Hélène a changé. En résumé, il faut à la fois « savoir prendre des décisions et savoir déléguer ».


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