L’ancien site Gad de Lampaul-Guimiliau (29) vient de reprendre vie, début juillet. En lieu et place des abattoirs de porcs, Bretagne Lin a appuyé sur le bouton de mise en route des longues machines de teillage. Un souffle nouveau pour l’économie locale, avec la création de 22 emplois ; un total de 45 postes est visé pour l’année prochaine lors du montage de la seconde ligne. Un souffle nouveau aussi pour les producteurs qui disposent désormais d’une usine locale, ce qui n’est pas sans atouts. « Le transport des bottes était facturé 21 €/botte pour acheminer la marchandise aux teillages de Normandie et des Hauts de France. Nous arrivons désormais à un coût de 7 €/botte », chiffre André Le Bihan, responsable développement pour la structure. Au total, l’entreprise a prévu d’investir 14 millions d’€ pour mener à bien ce projet.
La Bretagne monte crescendo
La France peut compter sur ses 200 000 ha cultivés en lin, principalement en Normandie et dans une large partie Nord. 60 % de la production mondiale de lin fibre est cultivée dans l’Hexagone. Dans notre région, les surfaces progressent, les producteurs livrant leur récolte à Bretagne Lin ont semé 1 900 ha, 1 400 ha ont pour destination la fibre, 500 ha servent à produire de la semence. La graine, un des facteurs limitants : « Il faut prévoir 10 % de la surface totale en semence. Ici, nous sommes largement au-dessus ».
C’est une culture qui a du sens
Pour cette campagne 2026, Alexandre Porhel a consacré le tiers de la sole de son exploitation à la culture de lin : sur les 60 ha qu’il cultive à Plounévez-Lochrist (29), 20 ha sont actuellement en plein rouissage. Le jeune agriculteur justifie son choix. « C’est une culture qui a du sens : le lin demande peu d’intrants, notamment peu d’azote et peu de phyto ». L’altise, insecte ravageur déjà présent sur les colzas, reste pour l’instant assez discret sur les lins. « De plus, le système racinaire restructure en profondeur le sol. Enfin, c’est une culture de printemps qui rentre bien dans mon système et mes rotations ». Après avoir démarré par une parcelle lors de son installation, la part consacrée au lin est montée en flèche. « Je suis désormais équipé d’une enrouleuse et d’une retourneuse. Ce sont des matériels spécifiques, mais qui sont nécessaires. Les nouveaux producteurs peuvent s’appuyer sur une Cuma (Cuma Breizh Lin) pour ne pas avoir à investir lourdement dès le départ ». À l’avenir, le Finistérien pense que « les ETA iront plutôt vers du matériel d’arrachage, les agriculteurs préfèreront les enrouleuses ». Lors de son installation, Alexandre Porhel a repris des bâtiments déjà existants.« Il faut être capable de pouvoir stocker au moins 2 ans de sa récolte ». La mise en route de l’usine de teillage est vécue comme un plus, « elle s’est au final montée vite ».
Équivalent à 3 marges d’un blé
Plus la fibre de lin est longue, meilleure sera sa valorisation. En moyenne sur 5 ans, cette longue fibre est rémunérée 4,20 €/kg. Une bonne conduite culturale, un bon rouissage qui alterne temps chaud, sec et humide, un enroulage effectué quand le lin présente un taux d’humidité de moins de 15 % peut conduire à un taux de fibre longue de 20 % ou plus. Les fibres courtes, valorisées entre autres en papeterie, les anas, qui peuvent servir de litière et les graines forment le reste de la rémunération. André Le Bihan dresse un bilan rapide : « Les charges représentent 3 750 €/ha, quand on compte les semences, la fertilisation… Les postes teillage et récolte sont les plus importants ». Ils sont respectivement de 2 000 et de 1 100 €. En prenant en exemple un rendement de 1,3 t de fibres longues par hectare, auxquelles on ajoute la rémunération des fibres courtes et des graines, le chiffre d’affaires est de 6 138 €/ha. La marge brute est donc de 2 388 €/ha, ce qui représente « 3 marges brutes de blé, en prenant une marge brute en blé de 700 € de marge brute/ha ». Pour les producteurs de semence, cette MB/ha est l’équivalent de 2 MB/ha de blé. « Les producteurs reçoivent des acomptes tout au long de l’année : le lin récolté en 2025 a reçu un 1er acompte de 1 050 € en janvier dernier, puis 400 € en mai. Le 3e versement sera réalisé en septembre prochain, le solde une fois que toute la récolte est transformée, en se basant sur un prix moyen de campagne ». Cette culture rémunératrice sur le temps long sert à alimenter le nouvel outil Lampaulais du 2 janvier au 31 décembre.
Fanch Paranthoën
Nous n’utilisons ni eau, ni chimie
Opinion – Dominique Le Nan – Président de Bretagne Lin
La ligne de teillage mesure 90 m de long, entre l’entrée de la matière première et la sortie de la fibre longue. Ici, les balles sont déroulées, débarrassées de leurs éventuels cailloux, les capsules sont arrachées. Puis les machines reproduisent des gestes manuels : la paille est broyée avec des rouleaux à cannelures, des rotors avec lames viennent battre la matière. 1 kilo de lin de printemps de bonne qualité peut produire jusqu’à 40 km de fil. L’usine est certifiée European Flax, ce qui nous permet de tracer la marchandise du champ à la balle de filasse qui pèse entre 90 et 100 kg. Nous n’utilisons dans le process ni eau, ni chimie.
