C’est l’été. Le moment de se poser, mais aussi de s’interroger sur ces mots que l’on emploie comme s’ils allaient de soi. Cette semaine, retour à la nature. Encore faut-il savoir où elle commence.
Dans notre imaginaire occidental, la nature désigne tout ce qui ne serait pas nous : les arbres, les animaux, les rivières, le climat. D’un côté, l’homme et sa culture ; de l’autre, un monde sauvage à protéger, exploiter ou contempler. L’anthropologue Philippe Descola rappelle que cette séparation n’a rien d’universel. Dans bien des sociétés, l’humain ne se pense pas face au vivant, mais parmi lui.
Les agriculteurs n’ont pas attendu les ethnologues pour en faire l’expérience. Une prairie n’est ni totalement naturelle ni entièrement artificielle. Elle est faite de sol, d’eau, de plantes, d’animaux et de climat, mais aussi semences, d’entretien et de travail. Même le bocage, souvent érigé en décor naturel, est une construction paysanne.
À ce compte-là, un champ cultivé serait moins noble qu’une friche
Le mot « nature » devient pourtant volontiers un brevet de vertu. Ce qui est naturel serait bon ; ce qui est produit par l’homme, suspect. À ce compte-là, un champ cultivé serait moins noble qu’une friche, une vache moins naturelle qu’un chevreuil et l’agriculteur coupable d’avoir posé sa botte dans le paysage.
Ce procès oublie l’essentiel : cultiver ne consiste pas à s’extraire de la nature, mais à composer avec du vivant. On peut le malmener, bien sûr. Mais on peut aussi l’observer et l’accompagner. Le sol, la plante ou l’animal ne sont ni un décor ni une matière inerte. Ils répondent, parfois de travers.
La nature n’est donc peut-être pas ce monde extérieur que l’on regarde de loin. Pour l’agriculteur, elle est un milieu de travail, de contraintes et d’alliances. Il ne travaille pas devant elle, mais dedans. Et elle conserve toujours le dernier mot.
