Dossier technique

Un parcours d’installation construit pas à pas

Kevin Rouillard à Plumieux (22) - Après dix ans passés dans la filière bovine, Kevin Rouillard a choisi de rejoindre l’exploitation familiale de ses beaux-parents en janvier 2025. Son projet est construit autour de la transmission, de la modernisation des outils et d’une réflexion stratégique sur l’avenir de l’exploitation.

un homme devant un bâtiment d'élevage de porcs - Illustration Un parcours d’installation construit pas à pas
Kevin Rouillard s'est installé avec sa belle-famille en production de porcs et bovins. | © Paysan Breton

« Dans le cadre du départ en retraite de mon beau-père, Annie et Gilles Robert, mes beaux-parents, m’ont proposé de devenir associé sur l’exploitation familiale en janvier 2023 », relate Kevin Rouillard. La ferme comprend un atelier porc de 230 truies naisseur-engraisseur et un atelier charolais de 40 mères sur une SAU de 220 ha. Leur fils Benjamin s’était installé avec eux en 2018.

Respecter le passé, apporter sa vision

Après un BTS PA puis une licence pro Métiers du conseil en élevage, il était en poste depuis 10 ans à la SVA Jean Rozé, d’abord technicien puis responsable des filières et de la contractualisation en bovins. « Mes parents n’étaient pas agriculteurs mais mon grand-père l’était ainsi que plusieurs membres de ma famille. J’ai eu envie de sauter le pas et donné ma démission pour m’installer en septembre 2023 en accord avec ma femme qui était un peu plus mitigée, ayant connu des crises sur l’élevage familial. » L’homme de 33 ans précise qu’il ne se serait jamais installé seul. Selon lui, pour qu’une association se passe bien, « il est important de respecter le travail fourni par le passé mais aussi de réussir à apporter sa vision. »

Formations techniques ‘Compagnon’

Le porteur de projet a commencé ses démarches par le PAI (point accueil installation), puis a suivi des formations dans son parcours à l’installation, notamment sur les marges brutes porc. « En parallèle, j’ai monté mon dossier financier avec Cerfrance. J’ai aussi intégré le groupe ‘Team JA’ Cooperl qui permet des échanges entre jeunes installés. En 2024, j’ai réalisé le programme ‘Compagnon’ du groupement, sur un an avec une journée par mois. Il regroupe des futurs installés, des salariés, des alternants, pour des formations en salle, concernant par exemple les fondamentaux de la production porcine, la biosécurité, la ventilation, la conduite en maternité… Cela a complété l’acquisition des connaissances sur le terrain avec mes associés. »

L’installation a eu lieu en janvier 2025, avec un investissement comprenant notamment le rachat de parts sociales et un hangar de 2 500 m2 avec du photovoltaïque (500 kWc). « Ce bâtiment sécurise une partie du revenu et nous procure du confort de travail en rassemblant au même endroit le matériel et les intrants pour les cultures et le stockage des céréales et un peu de maïs. Une modernisation de l’alimentation a également été réalisée en maternité avec une distribution programmable et individualisée. » L’éleveur a obtenu une DJA de 22 000 € et une aide de 15 000 € de Loudéac communauté – Bretagne Centre.

Un accompagnement stratégique à venir

« Pour aller plus loin et me projeter à échéance 10-15 ans, je vais réaliser un accompagnement stratégique proposé par Cooperl. Cela permet de définir mes attentes, de réfléchir à plusieurs scénarios d’avenir, d’anticiper le départ d’Annie, de mettre une chronologie sur les investissements à venir, pourquoi pas un bâtiment d’engraissement neuf. »

Comme l’apprécie Kevin Rouillard, plusieurs démarches qualité sont engagées sur l’exploitation : porc sans antibiotique à partir de la naissance, mâles entiers, cultures sans pesticides ou en filière ‘Merci les algues’, démarche RSE…

D’abord la viabilité du projet

« Dans l’accompagnement des jeunes à l’installation, la première chose que nous regardons est l’équilibre économique du projet et sa viabilité à échéance 10-12 ans », déclare Emmanuel Corduan, responsable du service accompagnement stratégique des adhérents Cooperl. « Dans l’approche financière, nous aidons le porteur de projet à lister les investissements à prévoir pour parvenir à une performance économique. Il faut aussi qu’une marge de sécurité soit intégrée, en cas de hausse des charges par exemple… Nous l’aidons à s’organiser au niveau juridique et fiscal, à obtenir l’autorisation d’exploiter ». Une part importante du parcours d’accompagnement stratégique concerne l’acquisition de « clés de lecture au niveau financement et bilan ». Aujourd’hui, le prix de reprise + travaux d’un élevage porcin se situe environ à 4 000-5 000 €/truie en système naisseur-engraisseur. « Mais plus que le montant, seule la valeur économique compte. »

Agnès Cussonneau

« L’entente entre associés, facteur-clé de réussite »

Une approche « extra-financière » est réalisée au travers de 2 piliers. Le premier, « c’est l’humain », note Emmanuel Corduan. « 3/4 des installations se font en société. L’entente est donc primordiale pour que l’entreprise soit durable. Le jeune doit pouvoir faire ressortir ses attentes profondes pour voir si le projet lui correspond. Il peut davantage être sensible au confort de travail, à l’innovation, à l’entrepreneuriat… Souvent, ils ont été salariés avant. Ils doivent comprendre qu’ils changent leur rapport au travail en devenant chef d’entreprise. »Le 2e pilier vise à accompagner le jeune sur sa vision de la production « de porc standard de demain », de savoir sur quels créneaux de durabilité il peut s’engager (décarbonation, sans antibiotique par exemple).Un accompagnement avec différents services de Cooperl peut également être proposé : économique, bâtiment, environnement, ressources humaines… « Une remise de 50 % est faite aux jeunes pour ces expertises. » Une plus-value sur le paiement des porcs est aussi contractualisée sur une durée de 5 ans après l’installation, à hauteur de 5 cts €/kg. Un « contrat jeune » également sur 5 ans permet le lissage des fluctuations du prix du porc pour réduire les à-coups sur la trésorerie.L’entreprise accompagne aussi les cédants, ce qui contribue à des installations réussies. « Une transmission s’anticipe 10 à 12 ans avant, en continuant à cadencer son investissement pour garder un élevage attractif », souligne Emmanuel Corduan. « 7-8 ans avant le départ, le cédant peut commencer à repenser son organisation juridique et fiscale. Cela lui donne aussi du temps pour voir qui peut être son candidat à la reprise. Les démarches administratives effectives prennent 3 à 5 ans. »


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