Garder cette ruralité que l’on aime

L’association Oustilh’où Koz An Elorn utilise du matériel agricole ancien pour conserver ce patrimoine datant du siècle dernier. Lors de la fête du 15 août, ces vieilles machines seront en démonstration.

Des personnes dans un champ avec une banderole et du matériel argicole - Illustration Garder cette ruralité que l’on aime
Une partie des bénévoles. | © Paysan Breton – F. Paranthoën

Dirinon (29)

Pourquoi nos souvenirs d’enfance restent-ils des moments privilégiés, conservés intacts dans notre mémoire ? Pourquoi notre esprit sélectionne-t-il ces bons moments et les grave à tout jamais avec une telle fidélité ? Sans doute parce qu’ils sont heureux, qu’ils fleurent bon l’insouciance. Mais alors, peut-on parler de nostalgie ? Était-ce mieux avant ? Ce qui est sûr, pour la troupe de bénévoles de l’association Oustilh’où Koz An Elorn, c’est que le passé transpire dans le présent. Partout en Bretagne, les granges regorgent de ces machines qui ont servi à des femmes et des hommes, des pères, des oncles, des mères, des sœurs… pour battre le grain, tracter la nouvelle machine ou ensiler le fourrage. Cette association du Finistère entretient une tradition rurale qui s’effrite, afin d’éviter qu’elle ne se perde à tout jamais. Grâce à eux, les moteurs ronronnent de nouveau, les presses se remettent en action.

Quand la ruralité disparaît, les mentalités changent

Ces souvenirs, ce sont des images, des odeurs, des sons. Christian Émily se souvient parfaitement de ce matin d’été où il a entendu un grand fracas dans la cour de la ferme ; ce remue-ménage était le fruit de l’installation de la batteuse. Claude Romeur évoque, de son côté, en souriant, cette fin de repas de moisson à l’issue épineuse, puisqu’un des protagonistes était tombé, lors de sa promenade nocturne, dans un cactus. Il revient aussi sur le coup de main des voisins qui faisaient des javelles, sur la balle d’avoine utilisée pour remplir les édredons… Quant à Jo Jézégou, il garde dans son cœur une couleur particulière : l’orange, celle des capots des tracteurs de la famille, équipée en Soméca. Comment oublier ces trente jours consécutifs passés sur des chantiers d’ensilage, dont le salaire lui a permis de s’offrir sa première voiture ? De la saison de foin ratée aux betteraves à démarier, les anecdotes ne manquent pas.

Une cour de ferme avec des personnes et du matériel agricole
Les hangars regorgent de machines…L’association et ses adhérents les gardent en état.

Depuis leur première Fête des foins, en 2014, l’association a continué à exposer le matériel de ses adhérents et à le mettre en mouvement lors de journées organisées dans des champs de céréales ou de maïs. Ce sera une nouvelle fois le cas le 15 août prochain, sur le site de Lannuzel, à Dirinon (29), à côté de la chapelle. Et chacun apporte ce qu’il peut : « Des connaissances ; certains n’ont pas de matériel, d’autres beaucoup ! » De la doyenne équipée d’un moteur Bernard de 1904 à la moissonneuse des années 1960, ces passionnés retracent l’histoire agricole et ses grands tournants, comme le plan Marshall ou les évolutions techniques. « On voit une grande différence entre les batteuses des années 1964 et 1966 : les premières avaient des courroies apparentes partout, les secondes étaient beaucoup plus carénées. »

Un record à battre

Quand il s’agit de dresser la liste des matériels remis au goût du jour, même les langues les plus sages se délient. Et la liste est longue : de l’égraineuse à la batteuse puis à la moissonneuse, des ensileuses à un, deux ou trois rangs, traînées, portées, automotrices ou à poste inversé… il y en a pour tous les goûts. Attachés à leurs machines et à ces moments de récolte, les collectionneurs rappellent que cette période estivale était synonyme de rentrée d’argent, « qui servait à payer les loyers de septembre, à la Saint-Michel. Le curé avait aussi droit à sa part ». Instants de fête après les battages, copieux repas, souvent arrosés, vont de pair avec la fin du cycle des cultures. Et l’entraide se trouve au cœur de toute cette histoire. Le monde agricole sait donner un coup de main à ses voisins quand il le faut. « Quand la ruralité disparaît, cette mentalité change, le bénévolat se perd », résume Christian Émily. Mais tout n’est pas perdu : les jeunes générations frappent à la porte de l’association pour bichonner ces engins d’un autre temps. Oustilh’où Koz An Elorn a décidé de les accompagner : cet été, un de ces nouveaux adhérents a obtenu son baccalauréat. Il a reçu en cadeau des bobines de ficelle en sisal pour le récompenser de l’obtention de son diplôme.

Une ensileuse et une remorque au travail au champ
Les démonstrations seront un temps fort de la journée.

Le 15 août prochain aura, en plus, une saveur particulière. Pour cette édition, la barre a été placée un peu plus haut : l’idée est de créer le plus grand rassemblement de vieux tracteurs du Finistère datant d’avant 1985. Aussi et parmi les gros lots de la tombola, un tracteur, à la mécanique bien huilée et doté d’une carte grise, sera à gagner. Quel modèle ? « On me pose souvent la question. Ce sera à découvrir lors de la fête », cache Sébastien Plougastel, secrétaire de l’association, qui garde le secret. Les organisateurs remercient les agriculteurs qui mettent à disposition leurs champs cultivés pour la fête. Oui, le maïs sera récolté trop tôt, le blé sera battu trop tard… mais peu importe : les papis et mamies à moteur se feront un plaisir de reprendre vie le temps d’une démonstration.

Fanch Paranthoën

Rétro récolte, le 15 août

Rendez-vous le samedi 15 août au lieu-dit Lannuzel, à Dirinon, pour cette nouvelle édition de Rétro récolte. À 10 h, démarrage des différents chantiers ; défilé de machines à 11 h ; repas des moissonneurs servi à partir de midi (13 €) ; petite restauration toute la journée. De nombreuses animations sont également proposées : démonstrations, village des vieux métiers avec vanniers et fabrication de cordes, structure gonflable, expositions de matériel et de voitures anciennes. Renseignements : Olivier Kermarrec, 06 22 45 39 82, ou par mail à olivierkermarrec@orange.fr. Entrée : 5 €.


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