Inquiétudes pour les fourrages

Au retour des pluies, les prairies retrouveront rapidement leur potentiel sous condition d’avoir été préservées. La situation est plus préoccupante pour le maïs fourrage.  

Des vaches dans un champ d'herbe brulée par le soleil et la sécheresse - Illustration Inquiétudes pour les fourrages
Paysage typique du Sud de la France, les prairies bretonnes se sont transformées en « paillasson ».

Pénalisé localement au printemps par les attaques de géomyzes, le maïs a subi un déficit hydrique marqué et des températures exceptionnellement élevées au moment de la floraison. « Résultat : dans certaines régions, les premières estimations font état de rendements divisés par deux », observe Fabienne Launay, responsable de projets au service Fourrages de l’Institut de l’élevage.

Ne pas ensiler trop tôt

Face à des maïs desséchés, certains éleveurs pourraient être tentés d’avancer la date d’ensilage. Une erreur selon l’Institut de l’élevage. « Même si la plante paraît sèche, il ne faut pas récolter trop précocement. Il faut attendre une teneur en matière sèche adaptée pour ne pas compromettre la qualité de l’ensilage et la conservation. »

Les prairies sont plus résilientes qu’on ne le pense

La qualité nutritionnelle sera parfois un peu inférieure, avec une hétérogénéité importante entre parcelles, voire au sein d’une même parcelle. Idele recommande donc de réaliser des analyses de valeur alimentaire afin d’adapter ensuite les rations.

Les prairies rebondiront en automne

La situation est différente pour les prairies. Si la pousse est actuellement fortement ralentie – voire souvent arrêtée –, Fabienne Launay rappelle que « les prairies sont plus résilientes qu’on ne le pense. Dès que les pluies reviennent, elles peuvent repartir rapidement. »

Les observations réalisées après la sécheresse de 2022 montrent que de nombreuses prairies avaient retrouvé un bon niveau de production à l’automne. D’où le conseil d’éviter de les retourner trop rapidement et de limiter leur dégradation par le surpâturage ou le piétinement. « Il faut préserver les prairies en mettant en place une parcelle tampon permettant l’affouragement des animaux ou en maintenant un pâturage tournant avec des temps de repos suffisants. Si on les épuise aujourd’hui, on compromet leur redémarrage. » Il est possible de distribuer des fourrages dans les prairies (bale grazing), mais, là aussi, il faut changer régulièrement les animaux de pâture.

Anticiper les pénuries

Après les récoltes, il faudra établir un bilan fourrager afin d’évaluer les stocks disponibles et d’anticiper des adaptations. Plusieurs leviers peuvent être mobilisés : adaptation des rations, passage à une ration à base de paille et de mélasse pour les animaux les moins exigeants, achat de fourrages, tarissement plus précoce ou réforme anticipée de certains animaux. « Quand il manque du fourrage, il faut raisonner le système dans son ensemble. »

Damien Hardy, Idele

Diversifier les ressources

Cette année climatique confirme l’intérêt de diversifier les ressources fourragères. Mélanges prairiaux variés, cultures dérobées lorsque les conditions le permettent, implantation sous couvert, plantation d’arbres ou constitution d’un stock de sécurité d’une année figurent parmi les pistes mises en avant par l’Institut de l’élevage. « Plus un système fourrager est diversifié, plus il est capable d’encaisser les aléas climatiques. » Une stratégie qui pourrait devenir incontournable face à des sécheresses estivales de plus en plus précoces et intenses.


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