Un ciel bleu ne signifie pas toujours un climat plus simple. Pendant des décennies, une partie de la pollution de l’air a masqué le réchauffement. Les aérosols, notamment issus du soufre, formaient une sorte de voile refroidissant. À mesure que l’air se nettoie, le thermomètre masque moins la réalité climatique, comme nous le rappelle la canicule de cette semaine.
Dans ce contexte d’urgence à agir, le méthane revient au premier plan. Il reste moins longtemps dans l’atmosphère que le CO₂, mais son pouvoir réchauffant à court terme est bien plus élevé. Agir sur ce gaz ne réglera pas tout. Mais, c’est l’un des leviers les plus rapides pour freiner la hausse des températures. L’Europe a commencé par le secteur de l’énergie. Elle regardera aussi l’agriculture.
La question n’est donc pas de savoir si le sujet arrivera dans les fermes
Il serait naïf de croire que le Green Deal a disparu avec les colères agricoles. Un règlement européen sur le méthane est entré en vigueur en août 2024. La directive sur la qualité de l’air devra être transposée par les États membres d’ici au 10 décembre 2026. La question n’est donc pas de savoir si le sujet arrivera dans les fermes, mais comment. Avec quels indicateurs ? Quels outils ? Quels moyens pour réduire les émissions ? Et surtout, avec quelle cohérence économique ?
Car réduire le méthane aura un coût. La facture ne pourra pas être simplement déposée au portail des exploitations. Et puis l’élevage ne se résume pas à une émission. Il produit de la nourriture, fait vivre des territoires, entretient des paysages. Pour autant, l’alimentation des animaux, la conduite des troupeaux, la génétique, la gestion des effluents ou la place de l’herbe seront demain davantage questionnées.
Anticiper, c’est éviter de subir. Mesurer, c’est aussi pouvoir défendre ses arguments. Mieux vaut donc faire du méthane un sujet de progrès maîtrisé que de laisser intenter un nouveau procès à l’élevage.

