« Un sol tassé est moins poreux, ce qui a un impact sur la circulation et le stockage de l’eau dans le sol », rappelle Alexane Perret, ingénieure régionale chez Arvalis, lors du salon Méca Innov à Trégueux. « De plus, le développement des racines est ralenti. L’absorption des nutriments et l’accès à l’eau est donc moindre, et cela peut engendrer des pertes de rendement. »
Moins on dérange le sol et mieux c’est
Mais comment savoir si son sol est compacté, et à quelle profondeur se situe la zone de tassement ? Trois outils devraient faire partie de l’arsenal de l’agriculteur : une bêche, un pénétromètre et un mètre. La première permet d’évaluer visuellement la structure du sol sur les premiers horizons (0-20 cm), sa porosité et son activité biologique. Le deuxième permet d’identifier la présence d’une zone de compaction plus en profondeur (> 20 cm), tandis que le dernier permet de mesurer précisément où se situe la zone tassée.
Des sols limoneux plus sensibles
En Bretagne, les cultures les plus touchées par la compaction sont les cultures de printemps. « Leur cycle est plus court et elles se développent dans des conditions plus séchantes », ajoute Alexane Perret. « Pour le maïs, la perte de rendement peut aller jusqu’à 30 %. » La prédominance des sols limoneux peut également accentuer les risques de tassement, même si leur teneur en matière organique, souvent élevée en Bretagne, contribue à limiter ce phénomène. « Il faut aussi prendre garde aux chantiers qui se déroulent pendant des périodes humides, comme la récolte de maïs grain ou l’apport d’engrais organiques en sortie d’hiver. Dans les deux cas, le matériel utilisé est lourd. »
Intervenir au bon moment
Une fois la zone compactée identifiée, la fissuration peut permettre de recréer des voies de circulation pour l’eau et les racines. Mais cette intervention doit rester ciblée. L’objectif n’est pas de travailler le sol en profondeur, mais de fissurer juste sous la zone tassée. « Il faut intervenir environ 5 cm maximum sous la couche compactée », précise Alain Laurec, de la Fédération des Cuma. . Une dent qui descend trop bas risque de perturber inutilement le profil du sol et de mélanger les horizons.
Le choix des conditions d’intervention est également déterminant. La fissuration doit se faire sur un sol ressuyé mais encore légèrement humide. Trop sec, il y a plus d’usure d’outil et le sol risque de se fragmenter en gros blocs provoquant de la terre fine ; trop humide, le passage de l’outil peut provoquer du lissage vertical. Une intervention en septembre ou octobre, avant les semis d’automne, ou au printemps, avant les semis de maïs, offre souvent de bonnes conditions.
La vitesse d’avancement joue aussi un rôle. « Au-delà de 6 ou 7 km/h, on fait trop de terre fine, mais en dessous de 5 km/h, on ne profite plus de l’effet de percussion des étançons montés sur une sécurité ressort ou hydraulique », détaille Alain Laurec.
Les ailerons ne sont pas systématiques
« Pour faire du bon travail, il faut que la dent travaille perpendiculairement au sol », précise Alain Laurec. « Le réglage du troisième point est donc important. » Selon l’animateur machinisme, les dents droites sont à privilégier car elles permettent « respecter la verticalité du sol » et d’éviter de mélanger les différents horizons. Il recommande également des étançons de minimum 20 mm d’épaisseur, afin de limiter leur flexion latérale. Enfin, la présence d’ailerons n’est pas toujours nécessaire. « Si l’écartement entre les dents est inférieur à 40 cm, on peut souvent s’en passer, même si cela dépend beaucoup du type de sol. Quand on peut éviter l’aileron, il vaut mieux le faire : moins on dérange le sol et mieux c’est », estime-t-il.
Pour Alain Lorec, la fissuration doit avant tout accompagner le fonctionnement naturel du sol. « On cherche simplement à prémâcher le travail de la racine et à apporter un petit effet starter à la culture. » Une fois la structure recréée, les racines et l’activité biologique doivent prendre le relais pour maintenir les porosités.
Alexis Jamet
