En 2025, la France a obtenu un allongement de 42 mois d’autorisation de vente de spécialités commerciales contenant du cuivre pour protéger les cultures. L’échéance est donc toute proche, l’inquiétude grandit, notamment chez les producteurs de pomme de terre bio. « Pour anticiper cet arrêt, le projet Parici en bio, porté par l’Itab et l’Inrae en Bretagne, cherche à proposer des alternatives au cuivre. Pour l’instant, rien n’est trouvé », explique Sébastien Louarn, responsable expérimentation pour Aval Douar Beo, association de producteurs de pommes de terre bio (plants et consommation) basée à Saint-Nicolas-du-Pélem (22), qui participe à ce projet.
Les alternatives ne fonctionnent pas
Les études vont se poursuivre encore pendant 4 ans, mais le responsable estime que contre le mildiou, « il n’y a que le cuivre d’efficace en bio. Nous regardons du côté du levier variétal, et même si des nouvelles variétés sont résistantes, ce critère décline au fil des ans car la maladie contourne la résistance ». Le Breton signale « qu’il faut plus de 10 ans pour développer une nouvelle variété, et seulement quelques années pour que la résistance soit contournée… » Pour le moment, la combinaison de la protection par le cuivre et l’utilisation de variétés résistantes permet une bonne gestion phytosanitaire de la culture.
Quitte ou double pour la Belgique
Le sulfate de cuivre, ou bouillie bordelaise, est la solution préventive la plus utilisée par les producteurs. Dans la stratégie de protection contre les maladies, s’ajoute l’hydroxyde de cuivre, en curatif. Et les problèmes s’amoncellent pour la filière pomme de terre, car cet hydroxyde « a connu un arrêt des ventes depuis janvier dernier, il ne pourra plus être utilisé après 2026. Pourtant, c’est une protection efficace, peu chère, qui sèche les feuilles et assèche le mildiou ».
Du côté de la Belgique, l’équivalent de l’Anses a demandé des compléments d’analyses pour les firmes demandant des homologations de cuivre sur pomme de terre. Mais les sociétés n’ont pas souhaité réaliser ces compléments, le marché a été jugé trop petit pour pouvoir justifier des dépenses supplémentaires. « Ce sera cette année la première saison sans cuivre pour les Belges : ce sera quitte ou double ». Plus haut géographiquement en Europe, les Pays-Bas ont déjà stoppé leurs utilisations cuivrées. Une tentative de parade a bien été essayée par des cultivateurs néerlandais en utilisant la substance comme fertilisant, justifiée par des carences dans le sol. Cependant, « ils se sont fait rattraper ». Aux Pays-Bas, tous les acteurs de la filière pomme de terre bio se sont engagés à utiliser des variétés robustes face au mildiou (programme de sélection variétale). 25 variétés robustes sont disponibles aux Pays-Bas et 80 % des surfaces de pommes de terre bio sont cultivées en variétés robustes.
Le risque est porté par les producteurs seuls
Le cuivre, élément naturel fongicide et bactéricide, peut être retrouvé dans les eaux, ce qui a motivé la demande d’interdiction de pulvérisation. Chez les viticulteurs du sud de la France, les sols deviennent saturés, car la vigne n’a pas de rotation, les traitements ont toujours été effectués à pleine dose depuis des décennies. En Bretagne, les choses sont différentes. « Une pomme de terre de consommation ne revient dans les parcelles que tous les 5 ans, tous les 7 ans pour du plant. De plus, nous n’utilisons que 4 kg de cuivre par hectare par culture, ce qui est très peu ». Sébastien Louarn rappelle que le cuivre qui arrive dans les champs a pour origine les traitements fongicides, « mais également les épandages de lisier et plus particulièrement ceux de porc, car l’élément est utilisé comme facteur de croissance et introduit dans l’alimentation ».
Dans les essais, le responsable a testé une diminution des apports pour arriver à seulement 1 kg/ha, sans résultats satisfaisants. Idem pour des pulvérisations de chabazite ou de zéolite, pierres d’origine volcanique aux propriétés asséchantes, « mais insuffisantes en termes de résultats. Ce n’est pas faute d’avoir essayé, mais nous ne trouvons pas. Le risque à l’avenir va être porté par les producteurs, et non pas par les autres acteurs de la filière : si elle ne trouve plus de pomme de terre bio en France, elle s’approvisionnera ailleurs », conclut-il.
Fanch Paranthoën
Les agriculteurs conventionnels également pénalisés
Même en dehors de la filière biologique, le retrait du cuivre aura des conséquences en conventionnel, car « des producteurs l’utilisent également : la bouillie bordelaise permet de faire baisser les IFT. Si le cuivre est arrêté, ils utiliseront d’autres molécules, mais de synthèse ».

