Canicule : L’élevage breton encaisse le choc

Sous des températures dépassant parfois 40 °C, la canicule de fin juin a frappé les élevages de plein fouet. Volailles, porcs, bovins : les pertes immédiates sont lourdes. Mais la facture se lira aussi dans les semaines à venir.

Gros plan sur des poulets dans un bâtiment d'élevage de volailles - Illustration Canicule : L’élevage breton encaisse le choc
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Dans les poulaillers, la chaleur a laissé des images difficiles. Chez un jeune aviculteur, la mortalité a touché tous les bâtiments, « dans les anciens comme dans les plus récents mieux équipés en termes de ventilation ». Les animaux étaient en fin de lot. Il regrette que les départs vers l’abattoir n’aient pas été anticipés alors que la météo était annoncée. Désormais, le doute s’installe : « Je me demande si l’année prochaine, je mettrai en place des lots l’été. » Car, ajoute-t-il, « des coups de chaud comme ça, il y en aura désormais d’autres ».

Traumatisant de ramasser les morts

Un autre éleveur de volailles de chair parle du « traumatisme de ramasser les morts pendant trois jours avant de les enterrer dans un trou ». Il a fait ce travail seul pour épargner son apprenti. « Ce n’est pas cela, notre boulot », lâche-t-il. Pour autant, ne pas remplir les bâtiments l’été paraît difficile : « C’est en étant plein qu’on amortit nos bâtiments et qu’on dégage de la rentabilité. » D’où les questions qui remontent : les intégrateurs doivent-ils aider à financer le cooling ? Faut-il mieux valoriser les lots d’été ? Organiser des sorties plus tôt ?

Le besoin flagrant et urgent de moderniser le parc bâtiment

En porc, la canicule a aussi frappé. Une éleveuse costarmoricaine rapporte avoir perdu « 13 truies au moment de la canicule fin mai, six cette fois-ci ». Les pertes visibles ne disent pas tout. « Les truies sont fatiguées et ne mangent pas bien », explique-t-elle. Les porcelets sevrés ont affiché des poids nettement inférieurs à l’habitude. « Vont-ils récupérer ce retard ? Les truies qui ont souffert de la chaleur vont-elles reprendre ? Sur la fertilité et la qualité des portées, nous sommes dans l’inconnu… » Pour elle, l’épisode confirme le « besoin flagrant et urgent de moderniser » le parc bâtiment breton : cooling, ombrières, isolation, simplification des textes ICPE.

Équarrissage sous tension

La crise a aussi mis sous tension l’équarrissage. Face à la surmortalité, les services ont vite saturé. Laurie Detrimont, de l’UGPVB, souligne « la forte mobilisation des représentants de l’Administration, y compris tout le week-end », dans une situation très dégradée. L’autorisation d’enfouissement, sous conditions, a permis de soulager les élevages. La cartographie bretonne du BRGM a facilité les échanges entre éleveurs et hydrogéologues. Mais plusieurs professionnels demandent que ces sites soient prévus à l’avance, comme les plans de biosécurité.

En bovins, la mortalité semble avoir surtout concerné des animaux déjà fragilisés. Mais la souffrance physiologique a été forte. « Rappelons que l’optimum thermique d’un bovin se situe en dessous du nôtre. Quand nous avons trop chaud, la vache est déjà en souffrance physiologique », rappelle Mickaël Martin, président du Groupement technique vétérinaire de Bretagne. Le mardi 23 juin, il a été marqué par une ferme où « 80 % des animaux avaient la langue pendue ». Les éleveurs ont bricolé : sorties à l’ombre, pans de bardage retirés, douchage maison, arrosage au parc d’attente.

La production décroche

La production laitière a décroché. Dans le sud Ille-et-Vilaine, un éleveur équipé de ventilateurs depuis cinq ans a vu ses vaches passer de 33 à 28 L par jour. Mickaël Martin évoque des pertes allant jusqu’à 7 ou 8 kg de lait par vache et par jour. Les premières tendances des laiteries font état d’une baisse de collecte d’environ 10 %. La qualité pourrait aussi être touchée.

Reste la reproduction. Certains éleveurs ont préféré ne pas inséminer pendant l’épisode. D’autres redoutent retours en chaleur et avortements. Pour Laëtitia Bouvier, présidente de la FRSEA, « l’adaptation des bâtiments est une voie à développer ». Agri Invest « a toute sa place » dans ces évolutions, estime-t-elle. Mais l’adaptation passera aussi par « des prix rémunérateurs » et une facilitation des projets. La canicule n’a pas seulement provoqué une crise ponctuelle. Elle a installé le risque chaleur au cœur des élevages bretons.

Agnès Cussonneau et Toma Dagorn

« Les prix doivent intégrer le risque climatique »

Opinion – Didier Lucas – Vice-président de la Chambre régionale d’agriculture

La canicule a fortement impacté les productions animales bretonnes, mais aussi végétales. Dans une région humide comme la Bretagne, la chaleur extrême peut être encore plus difficile à supporter. L’impact économique va se faire sentir sur les mois qui viennent : renouvellement compliqué en volaille, reproduction retardée en bovin et en porc. Les récents investisseurs auront du mal à faire face. Il faut donc des prix agricoles revus à la hausse pour permettre aux éleveurs d’adapter leurs bâtiments.


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