Dans une exploitation mixte lait-porc de 230 ha de SAU, avec 130 vaches laitières, des génisses, 80 truies et l’engraissement sur place, l’évaluation de la charge de transport donne le vertige : « 13 292 tonnes déplacées sur une seule année d’activité », calcule Lionel Mesnage en se basant sur un cas réel. Lisiers, fumier, maïs ensilage, maïs grain, herbe récoltée, betteraves, céréales, colza, paille, ammonitrate, chaux… « Rapporté à environ 200 ha, cela représente 66 t/ha, sans même compter le poids des tracteurs, remorques, tonnes, outils ou ensileuses », poursuit le conseiller indépendant qui ne revendique pas le titre d’agronome mais plutôt « homme d’expérience » du fonctionnement du sol.
66 t/ha sans compter le matériel
Ce chiffre dit une chose simple : une parcelle agricole supporte aujourd’hui des flux considérables. « Or un champ n’est pas une autoroute », illustre Lionel Mesnage. Le sol peut sembler « portant », ne pas marquer fortement en surface, ne laisser voir que l’empreinte des crampons. Mais cela ne signifie pas qu’il n’a pas été abîmé. « La compaction agit souvent en profondeur, par ondes successives, sous l’effet du poids, de la charge à l’essieu, de l’humidité et de la répétition des passages », poursuit-il. Et de mettre en exergue un autre phénomène inhérent à la forte puissance des engins : « Le cisaillement par les crampons lors de démarrages brusques. Cela créée aussi des ondes de compaction ».
La porosité, clé de fonctionnement du sol
La compaction peut se résumer ainsi : elle altère la porosité du sol. La porosité, ce sont les vides présents entre les agrégats de terre. Ces vides ne sont pas du « rien » : ils sont indispensables au fonctionnement du sol. Les macropores – fissures, galeries de vers de terre, anciens passages de racines, fentes de retrait – permettent la circulation verticale et horizontale de l’air, de l’eau et le développement des racines. Les pores plus fins retiennent l’eau, participent à la réserve utile et à la remontée capillaire.
Quand un sol se compacte, ces espaces se ferment ou perdent leur continuité. L’eau s’infiltre moins bien. L’air circule moins. Les racines rencontrent des zones dures qu’elles contournent ou dans lesquelles elles ne pénètrent plus. La minéralisation et la vie biologique ralentissent. Le problème n’est donc pas seulement mécanique. Il touche directement l’alimentation de la plante, sa capacité à explorer le profil, à mobiliser les éléments nutritifs et surtout à aller chercher l’eau.
Un phénomène masqué par le climat breton
Pendant longtemps, en climat breton, ce défaut a pu rester masqué. Tant que l’eau ne manquait pas, les cultures pouvaient donner l’impression de fonctionner malgré un horizon compacté. Mais avec les sécheresses plus brutales, les à-coups climatiques et les épisodes d’excès d’eau, les limites apparaissent. En période sèche, la culture décroche plus vite parce que ses racines n’ont pas accès à toute la réserve utile. En période humide, l’eau stagne ou ruisselle parce qu’elle ne descend plus correctement.
Didier Le Du
