Pour l’éleveur, la marge sur coût alimentaire (MCA) est l’indicateur de suivi de performance de son atelier. Elle représente la différence entre les produits (lait ou viande) et les charges alimentaires. Ces dernières constituent le premier poste de dépenses au niveau de la marge brute. Il est important que la ration de base soit composée de fourrages les plus riches possible afin de répondre aux enjeux suivants : maximiser les performances de production ou optimiser le coût alimentaire sans dégrader les performances techniques. Avec les outils d’Eureden, Haka ou Farm-e-val, l’analyse de ce critère devient une partie intégrante des rendez-vous mensuels proposés par l’équipe Nutrition bovine Eureden.
Passer de 12 à 16 de MAT, c’est gagner 766€ de MCA par mois pour un troupeau de 100 vaches.
Les clés de réussite des fourragères
Les fourragères sont une culture à part entière. Leur réussite est conditionnée par un ensemble de choix qui doivent prendre en compte l’exploitation dans sa globalité. Des fourragères, oui, mais :
• Pour quelle pérennité ? Dérobées, semi-pérennes ou pérennes ;
• Pour quel mode d’exploitation ? Pâturage, affouragement en vert, ensilage et/ou enrubannage ;
• Pour quelle destination ? Vaches laitières, génisses/taries, bovins allaitants ;
• Dans quel contexte pédoclimatique ? Type de sol (humide ou séchant), météo.
Les réponses à ces questions doivent déterminer le choix des espèces, des variétés et des proportions de mélanges.
La fertilisation et la récolte sont les dernières étapes qui viennent valider l’ensemble de ces décisions.
Fertilisation des fourragères
La juste dose d’azote doit être décidée selon la proportion d’espèces présentes dans le mélange. Plus la part de légumineuses est élevée, plus il est important d’être attentif à la quantité appliquée.
La météo actuelle n’a pas permis de réaliser d’apport précoce pour favoriser le rendement. Il sera important de réaliser des apports même s’ils sont tardifs (mars) afin d’assurer le niveau de MAT.
Concernant les pérennes (RGH-RGA), un apport à partir de 300°C jour est bénéfique aux mélanges. À noter que sur ce genre de mélange, hormis l’azote, les exportations de potasse notamment sont très importantes. Les apports organiques ne suffisent pas tout le temps. Il est donc conseillé de regarder la balance apport/export afin de préserver l’équilibre des espèces dans la parcelle.
Le stade de récolte : levier final
Qu’il s’agisse de dérobées ou de pérennes de fauches, le stade de récolte est déterminant pour obtenir un fourrage de qualité et influe directement sur la performance technico-économique de celui-ci. L’objectif est de trouver le meilleur compromis entre rendement et valeur alimentaire, tout en prenant en compte les charges liées à cette récolte.
Dans les essais Eureden menés depuis 4 ans sur des dérobées, 2 récoltes sont effectuées sur les vitrines les plus homogènes de notre réseau :
• Une première coupe précoce, au stade idéal (épi 15 cm et bourgeonnement des trèfles)
• Et une deuxième coupe 3 semaines après la date n°1, à un stade avancé des graminées (DFP) et floraison des légumineuses.
L’objectif de cette démarche est de mesurer concrètement les écarts de rendement et de valeurs alimentaires des dérobées.
La synthèse des essais (voir graphiques ) met une nouvelle fois en avant que :
• La récolte tardive permet de gagner 2,55 t MS/Ha mais dégrade la MAT de 4 points ;
• L’ajout de légumineuses améliore de 3 points le niveau de MAT ;
• Les seigles assurent une valeur alimentaire très régulière.
L’enjeu est donc de taille, en ce qui concerne le stade de récolte. Économiquement, lorsque l’on compare une même ration avec comme seule différence la MAT du fourrage, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Entre un fourrage distribué à 3,5 kg MS/VL/j à 12 de MAT et un autre à 16 de MAT, l’écart de production est de 0,6 L lait/VL/j. La différence de marge sur coût alimentaire s’élève à 766 € pour un troupeau de 100 vaches sur 1 mois, soit 0,26 €/VL/j.
Même si la météo décide tous les ans des dates de récolte, il est important de se tenir prêt à intervenir, le plus rapidement possible, afin de profiter de la première fenêtre météo.
Jean-François Guérin / Eureden



