Dossier technique

Une extension paillée pour rester simple

Yannick Le Bourhis - Melgven (29) - ​​L'éleveur a agrandi son outil sans tout bouleverser : une seconde stabulation paillée, calquée sur la première, est sortie de terre en 2023. Avec un cap clair : simplicité et cohérence du système.

L'intérieur d'une stabulation avec des vaches sur aire paillée - Illustration Une extension paillée pour rester simple
L'éleveur a construit un nouvelle stabulation sur pente paillée sur le modèle de la première.

Quand il s’installe en 2022, le jeune éleveur reprend l’exploitation avec la stabulation construite par son père. Salle de traite 2 X 4, couloir d’alimentation et aire paillée – un modèle fonctionnel, mais optimisé pour 36 vaches. Avec un troupeau désormais stabilisé autour de 90 Normandes, l’étable devenait évidemment trop étroite. « À 49 vaches présentes sur l’aire paillée, les mammites arrivaient, la litière chauffait, cela ne suivait plus », se rappelle Yannick Le Bourhis. L’option retenue pour rompre ce cycle vicieux : un second bâtiment identique, de 640 m2 dont 320 m² d’aire de couchage, dans le même alignement que le premier. Avec l’objectif d’arriver à un système paillé le plus optimisé.

Deux stabulations communicantes

L’ensemble forme aujourd’hui deux stabulations séparées par une courette de 14 X 16 m, liée à la fumière couverte existante. Cet espace sert à la circulation des animaux et de réceptacle au fumier évacué par raclage. À noter que les vaches se répartissent librement dans les deux stabulations sans qu’il y ait besoin de faire de tri.

La litière reste sèche et ne chauffe pas

L’aire paillée, en pente à 7 %, reste sèche et limite le travail de curage. « La pente et le mouvement des animaux permettent au fumier de descendre naturellement et de limiter le volume. Tant qu’il y a assez de bêtes pour tasser, le fumier s’écoule tout seul. C’est le poids des vaches au mètre carré qui assure le bon fonctionnement : conserver sept vaches par travée évite l’échauffement », explique Yannick Le Bourhis. Le raclage à l’arrière des cornadis se fait une à trois fois par semaine selon la saison, au godet, et le vidage complet seulement deux fois par an. « Dans ce type de bâtiment bien conduit, la litière reste sèche et ne chauffe pas. »

La nouvelle construction, livrée en 2023, reprend les principes de l’ancien : large couloir d’alimentation (5 m), auge creuse, abreuvoirs dans chaque pignon et brosses. Seul le bardage diffère : « Le claire-voie apporte de la luminosité et une bonne aération favorable au dessèchement de la litière. Les vaches s’y sentent bien », note l’éleveur. Les translucides en toiture, une rangée de néons sur le couloir et deux LED au-dessus de l’aire paillée assurent un éclairage suffisant.

tableau d'investissement d'une stabulation pour vaches laitières

La cohérence d’un système paillé

Pour l’ouvrage, Yannick Le Bourhis a confié la charpente bois à Levenez-Guivarc’h, la maçonnerie à Cariou Frères et le terrassement à TP Flatrès. « Mon père avait tout monté lui-même en cinq ans. Moi, j’ai préféré faire faire. » L’investissement global s’élève à 190 000 €, dont 45 000 € de subvention PCAEA.

Le coût par place, 3 393 €, reste environ 400 € inférieur à celui d’un système en logettes, tout en offrant davantage de souplesse – « Mais 30 % de plus que s’il avait été fait deux ans plus tôt. » « J’envisage de créer des box avec des barrières traversantes pour séparer les taries dans l’ancienne salle de traite », précise l’éleveur, attaché à la modularité de son outil.

Sur 90 ha, dont 17 en céréales, l’exploitation consomme 450 rounds de paille par an pour l’ensemble des animaux. Un volume conséquent mais assumé : « La paille, on en trouve facilement dans le secteur. Et le fumier, c’est de l’or ! On garde la matière organique », dit l’éleveur qui voit clairement l’effet sur son maïs.

Le système paillé reste un choix cohérent avec la conduite du troupeau : les vaches sortent dès que possible, et l’éleveur privilégie l’autonomie et le confort. « Dans ce type de bâtiment, mes Normandes vieillissent bien », indique l’éleveur relevant que les plus anciennes dépassent 6-7 lactations.

Une salle de traite d’occasion

Une fois la nouvelle stabulation en service, Yannick Le Bourhis s’est attaqué à la salle de traite. Dans l’ancienne installation, il fallait deux heures pour traire ; « Aujourd’hui, avec la 2 × 10, une heure à deux personnes suffit ».

tableau d'investissement pour une salle de traite

Installée dans une ancienne verraterie sur paille, la salle de traite épi 60° (traite par l’arrière) illustre la même logique : faire simple sans surinvestir. La salle de traite achetée d’occasion est revenue à 10 000 €, soit le prix des griffes seules, avec des tapis de sol en bonus pour le même prix. L’équipement a été complété par des distributeurs d’aliment à chaîne (distribution progressive réglée au gramme) et des compteurs à lait d’occasion. « Bientôt, les compteurs et les alimentateurs seront reliés : la ration s’ajustera automatiquement à la production. On s’approche d’un système robot, sans l’être, mais on va dans le sens du confort et du suivi des animaux », fait-il observer. Et de préciser que cette fois, la maçonnerie a été réalisée en autoconstruction.

Un prérefroidisseur (5 000 €, dont 2 500 € d’aide) complète l’installation : « Il fait baisser la facture électrique de 200 à 300 € par mois ; l’eau tiédie repart ensuite aux abreuvoirs ou au lavage. »

Une logique de temps gagné

Dans l’approche de Yannick Le Bourhis, chaque euro dépensé vise à réduire l’astreinte sans perdre de maîtrise technique « L’automatisation n’est pas une fin en soi, mais un moyen de se dégager du temps ». Avec toujours cette priorité : simplicité des flux, polyvalence du bâtiment, entretien réduit. « La finalité de l’éleveur est de s’assurer du temps libre. Et la simplicité du système permet de se faire remplacer facilement au besoin car il s’agit d’un système facile à conduire », résume-t-il.

Cette philosophie irrigue toute la ferme : circulation fluide des animaux, silos modulaires, distribution d’eau automatisée vers les pâtures… À 26 ans, l’éleveur revendique une approche lucide et moderne : « On ne construit pas pour se montrer, mais pour durer. »

Didier Le Du

Un parcellaire groupé

L’exploitation repose sur 90 vaches normandes, 620 000 L de lait produits en 2024, avec l’objectif d’atteindre 700 000 L à effectif constant. « Ensuite, l’idée sera de réduire à 70 vaches tout en gardant la même production. » Pour cela, l’éleveur joue sur la sélection des souches (mamelle, longévité).Pour des raisons d’organisation du travail, il a adopté une conduite en trois bandes de vêlages. « Je taris par lot puis je regroupe les vêlages sur 1,5 mois. Cela me fait quatre mois et demi de surveillance dans l’année (du 15 janvier à fin février ; du 15 mai à fin juin ; du 15 septembre à fin octobre), au lieu de douze, et des périodes d’allaitement bien définies qui permettent de faire des vides sanitaires. » Ce mode de conduite alterne 1,5 mois d’insémination et 2,5 mois d’arrêt, un schéma inspiré du porc. « Et je cale le tout pour qu’il n’y ait pas de vêlage et moins d’astreinte à Noël. »La SAU est entièrement groupée autour du siège, sans route à traverser. Une configuration idéale pour le pâturage tournant, sur une cinquantaine d’hectares divisés en paddocks de 1,5 ha, qui correspondent de 1 à 3 jours de pâturage selon la pousse.


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