Certitude et incertitude

Edito - Illustration Certitude et incertitude

« La seule certitude que j’ai, c’est d’être dans le doute ». C’est évidemment du Pierre Desproges (1986), cet humoriste qui avait l’art de l’humour simultanément profond et élevé. Trente-six ans plus tard sa sentence n’a pas pris une ride. Il est au contraire très en phase avec notre société qui abhorre plus que jamais le doute. De toute l’histoire de l’humanité, nous vivons sans doute la période la plus « ceinture et bretelles ». Cette société sécurisée, nous l’avons construite au travers d’une quête de rationalité obsessionnelle vouée à soumettre le hasard et l’imprévu. Mais la sécurisation, souvent doublée du principe de précaution, ne tord jamais totalement le bras à l’incertitude.

L’agriculture en connaît un rayon dans le domaine. Elle ne peut pas se soustraire à l’imprévu. Car la nature est par nature indomptable. À force de composer avec l’imprévisibilité l’agriculteur apprend d’ailleurs l’humilité. Humilité face à la mort d’un animal, face à la tempête qui ravage sa culture, etc. Il acquiert, disons-le, une certaine forme de sérénité face à l’inapprivoisable. Et puis, reconnaissons-le : les contingences ne sont pas systématiquement mère de débâcle. Quand il sème une graine de blé, le paysan sait que le parcours biologique de la plante est incertain. Mais pour autant la plupart du temps la récolte est satisfaisante. L’incertitude n’est donc pas le chaos garanti comme voudrait faire croire le récit de nos sociétés modernes. Elle est aussi « une grande opportunité », comme le formule l’Association européenne de Management. Alors que la certitude emprisonne et sacrifie une part de liberté d’entreprendre, l’incertitude doit être saisie pour tenter de nouvelles approches, modifier nos modes de penser et de fonctionner. À condition d’avoir l’audace.


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