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Potier un métier issu du travail de la terre

Étienne Huck a découvert le métier de potier à l’âge de 20 ans au Danemark. Il a ensuite exercé aux 4 coins du monde pour enfin poser ses valises au Légué en 1992, il est aujourd’hui une référence en Bretagne.

Etienne Huck est artisan potier sur le port du Légué à Plérin (22). Quand on le regarde travailler, on découvre un véritable artiste du travail de la terre. Sous l’action de son tour, ses mains transforment la terre glaise en poteries. Depuis plusieurs années, l’artisan s’est spécialisé dans la vaisselle en grès en fournissant de nombreux restaurants bretons dont certains étoilés au guide Michelin. « L’état d’esprit dans lequel tu es influence ta façon de tourner. Si tu n’es pas dans ton assiette ça n’est pas la peine d’essayer de tourner une assiette », indique Étienne en faisant référence à cette vieille expression française.

Retrouver ses racines au Danemark

« Mes grands-parents sont originaires de Norvège, mon grand-père à découvert le port du Légué en livrant du bois par bateau. Ce bois qui venait des pays nordiques était utilisé pour la construction sur le secteur de Saint-Brieuc. Comme il parlait anglais et pas les autres on lui a proposé de rester ici pour assurer la traduction. Ma famille est donc installée au Légué depuis 1895 », raconte Étienne. À l’âge de 20 ans, il décide de quitter la Bretagne pour retrouver ses racines. C’est en rencontrant un de ses cousins qu’il découvre la poterie. Il est resté 3 ans à Rørvig au Danemark pour apprendre le métier de potier. « Ensuite, je suis revenu en France à Vallauris pour exercer le métier de tourneur. C’était intéressant car il était très facile de trouver du boulot, j’étais payé à la pièce tournée, j’organisais donc mon planning de travail comme je voulais. »

Une parenthèse en Inde

Étienne aime voyager et son métier de potier lui a permis de trouver du travail facilement dans tous les pays qu’il a traversés. Cela lui a donné l’occasion de découvrir l’Italie, la Grèce ou encore l’Afghanistan où il tournait des fourneaux destinés à la fabrication des narguilés. Arrivé en Crète, il vit un moment avec d’autres voyageurs dans les grottes de Matala creusées dans une falaise de roche tendre dans la baie de Mesara. « Il y avait beaucoup de personnes qui revenaient ou partaient à destination de l’Inde. J’ai donc décidé d’y aller aussi. C’était en 1977 et à cette époque je mets entre parenthèses la poterie pour intégrer une grande université cosmopolite à Santiniketan pour y étudier le tibétain et le bouddhisme. » Après 4 ans passés en Inde, Étienne rentre en France et devient régisseur d’un centre culturel sur Saint-Brieuc. Une aventure qui a duré 3 ans. Il repart ensuite 4 ans pour revenir définitivement en 1989 en Bretagne et reprendre son métier de tourneur à Langonnet (56). « Je tournais des pots de fleurs qui étaient vendus aux fleuristes. Dans mon contrat je devais tourner l’équivalent de 160 kg de terre chaque jour. Au début il me fallait 15 heures pour le faire mais j’ai très rapidement gagné en efficacité. »

Nicolas Adam, le chef étoilé du restaurant La Vieille Tour, fait réaliser ses assiettes et services à table par l’artisan potier.

Utiliser de la terre locale

En 1991, l’artisan part en Bourgogne pour apprendre la construction de four et les techniques de cuisson afin d’émailler les poteries. Trois ans plus tard il achète le plus vieux bâtiment sur le port du Légué dans lequel il établit son atelier avec une galerie d’exposition temporaire à l’étage. « Ce lieu me tenait à cœur car la maison de mes grands-parents se trouve juste derrière. » Pour fabriquer ses poteries, Étienne utilise des terres locales. « Si une falaise s’écroule en bord de mer et que l’argile est belle je vais en récupérer ». Elle sera associée à du kaolin venant de Quessoy (22) et à de la bonne terre de grès achetée dans le Centre de la France. « Il est important de faire un bon mélange de terres pour que cela ne bulle pas et que les poteries n’explosent pas à la cuisson. » Une fois tournées les pièces fabriquées passent au four à une température de 1 000 °C. Celles-ci sont ensuite émaillées pour retourner en cuisson à 1 300 °C. L’artisan a beaucoup de clients particuliers grâce à son atelier sur le Légué, le bouche-à-oreille fonctionne très bien. Les restaurateurs bretons apprécient la qualité de son travail, l’originalité de ses créations le tout fabriqué avec une base de terre locale. Étienne a aussi des demandes originales comme dernièrement des descentes de gouttières pour rénover une maison remarquable ou encore des bouillottes en terre qui ont la propriété de garder la chaleur plus longtemps.

De la crépidule pour fabriquer l’émail
La composition de l’émail se fait grâce à des formules moléculaires que l’artisan garde jalousement dans un cahier. « Je vais associer du calcium venant des coquillages, j’utilise des coquilles de crépidules car ils prolifèrent en baie de Saint-Brieuc. Je mélange cela avec de la soude, de la potasse, de l’alumine, de la silice… Je mets aussi des cendres de hêtre que je récupère chez mon sabotier. Chaque cendre a son identité, par exemple la prêle et la fougère apportent de la silice. » Ce sont ces mélanges qui font varier les couleurs. Il est aussi possible de superposer l’émail pour obtenir des nuances de couleurs. « Ensuite, il faut analyser les sorties de four car les couleurs ne sont pas les mêmes si les pièces sont en haut, en bas du four ou encore à côté du brûleur. »

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