La vie au plein air

 - Illustration La vie au plein air

Avant de m’installer, j’ai voulu découvrir une agriculture vivrière sans mécanisation. Je profite d’un contact au Burkina Faso pour me rapprocher des paysans et des paysannes pour faire un stage en immersion. Une expérience enrichissante qui n’a fait que confirmer mon choix de la terre. De retour en France, je reprends une formation pour adultes, un BTS ACSE en lait bio. Je mesure dans cette formation la faible autonomie des agriculteurs et agricultrices dans leur système… un engrenage. Je note aussi un grand attachement à la terre et aux animaux.

Durant les 7 années qui ont suivi, je suis formatrice, et je m’intéresse parallèlement à mon temps perdu au végétal. Je plante, je bouture, je sème et, à 29 ans, c’est décidé… Mon projet a mûri, ma voie est tracée. Je veux être agricultrice, productrice de plantes médicinales et aromatiques. Je démarre en 2009, sans mécanisation sur une parcelle de 2000 m2, je mesure très rapidement la difficulté à gagner ma vie avec un temps de travail avoisinant les 70 heures semaine. Mes tisanes sont bonnes et les clients m’encouragent… Alors je persiste. Durant les 4 années qui suivent, avec l’aide de mon père, de mon compagnon, et de Corentin (apprenti sur la ferme), et des nombreux stagiaires curieux de découvrir notre production, j’améliore mes techniques de culture, de séchage. Je ou nous montons de nouvelles serres. J’installe l’irrigation. Ensemble, on s’entraide, on imagine et on fabrique des machines pour améliorer notre productivité et atténuer nos conditions de travail.

Nos efforts seront payants car en 2014, la ferme devient viable pour 3 personnes. Je suis agricultrice et produit aujourd’hui 60 000 sachets de tisanes, 50 plantes différentes sur 2,5 ha. Dans un souci d’autonomie, nous avons conservé 30 ha de terre suite au départ en retraite de mes parents, nous avons installé 8 vaches allaitantes. Ce troupeau nous permet aussi d’assurer un système de rotation et produit le fumier nécessaire pour nos cultures.
Les dix dernières années ont été riches, pleines d’émotions : de la joie, de la désillusion, des rencontres humaines, de la fatigue et beaucoup d’excitation.

La vie avec les saisons est un nouveau pari. Le climat, la lune et les plantes régissent notre travail. Aujourd’hui, avec du recul, le cœur de notre métier est centré sur l’humain. Les gestes techniques et répétitifs, l’équipe avec les temps de pause appréciés, les savoir-faire et être de chacun(e), la solidarité avec l’entraide quand le travail devient pénible et que le mental se questionne…

Sophie Persehais, agricultrice à Baulon (35)


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