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Avec le numérique, le client est roi

Le digital a ouvert le monde des possibles, au niveau de la production mais surtout de la distribution. Les initiatives se multiplient pour redonner du pouvoir au consommateur.

Le temps, pas très lointain, où l’industrie musicale imposait aux clients le lieu où ils devaient acheter ses produits a vécu. Désormais, les plates-formes numériques, comme Deezer ou Spotify, replacent le consommateur au centre du système commercial. Ces types d’intermédiaires apparaissent également dans le secteur agroalimentaire. Procsea tente de devenir la plate-forme de référence des restaurateurs dans le domaine des produits de la mer, en supprimant les intermédiaires. Cette criée internationale en ligne, permet au client de commander du poisson en quelques clics et de se faire livrer. Finis les coups de fil et les déplacements incessants. Les prix sont réduits de 10 à 30 %. CodeOnline.fr, « la cave digitale », offre un service qui permet aux viticulteurs et aux distributeurs de vins et spiritueux d’optimiser leur offre produit, de sécuriser les flux, de valoriser les savoir-faire et de créer de la valeur.

Charolais ou Limousin ?

Dans le domaine des viandes, les Australiens ont pris une longueur d’avance avec un système digital innovant de classement de la qualité qu’ils vont étendre à l’international. Les carcasses de bovins sont classées à l’abattoir en fonction de normes bien définies (marbré, gras, couleur, pH…) pour prédire, en fonction de grilles préétablies, le goût et l’aspect des différentes pièces, dans l’assiette. Des dizaines de milliers de tests consommateurs (dégustations) ont été nécessaires pour mettre au point le modèle mathématique de prédiction. La satisfaction du client, remis au cœur du dispositif commercial, est l’objectif affiché.

Celui-ci accepte, en retour, de payer plus cher les viandes de haute qualité certifiées. Il permet aussi aux éleveurs de se comparer entre eux, au niveau des résultats et des pratiques d’élevage. Cette méthode peut avoir un impact sur la génétique des animaux, sur la manière de produire. Plutôt Charolais ou Limousin ? Herbe ou maïs ? Les viandes de mouton et de porc (hors charcuteries) vont prochainement bénéficier des mêmes procédés. Les éleveurs aussi, car l’objectif est de répartir la valeur ajoutée vers les différents maillons des filières.

Amazon dans la viande

Les produits carnés sont de plus en plus vendus en ligne. Certains bouchers réalisent jusqu’à 10 % de vente en « drive », souvent sous forme de viande hachée ou en charcuteries, plus faciles à vendre que les pièces nobles dans ce circuit. Amazon devient un acteur du commerce des produits frais. Les combinaisons de magasins physiques et d’e-commerce se développent : Monoprix-Amazon ou Carrefour-Google. Les industriels mettent leurs produits en avant, via le digital. « Le consommateur attend d’abord de la sécurité », indique Guillaume Ardillon, de Terrena, lors d’un débat organisé par l’Ifip sur les opportunités du digital . « Il veut savoir qui a produit, où et comment. Il faut ensuite le rassurer sur les pratiques : bien-être, nourriture… ».

Dans les magasins, le client flashe désormais les QR Codes pour connaître les informations disponibles sur le produit, sur la ferme d’origine, voire sur l’éleveur. Des applications le conseillent. Le produit flashé n’est pas bon ? L’appli vous en propose un autre, mieux noté… « Attention », prévient Guillaume Buffet, président d’U Change, « il ne s’agit pas de donner le pouvoir au consommateur de fouetter le producteur. Il faut juste raconter une histoire. Il faut que le client perçoive la valeur de la côte de porc ou du paquet de café pour qu’il accepte de payer plus ». Créer des moments d’émotion en quelque sorte, car la seule traçabilité ne suffit pas à justifier un prix plus élevé.

Liens retrouvés

Le digital peut être une opportunité pour le monde de l’élevage. En modernisant les méthodes de production mais aussi en recréant un lien disparu entre le producteur et le consommateur qui peut aider à enrayer la baisse de consommation des viandes. En touchant les catégories socio-professionnelles les plus aisées, qui sont celles qui se détournent le plus rapidement de la consommation des produits carnés. « Les nouveaux outils permettent de leur montrer les efforts réalisés ou en cours en termes de bien-être animal ou de baisse des traitements médicamenteux ». Le numérique ne fera pas tout. Comme le rappelle malicieusement Paul Auffray, président de la Fédération nationale des producteurs de porcs, : « L’essentiel, c’est quand même que l’assiette soit bonne ».

Des poulets flashés

Séverine Fontaine, Directrice qualité Carrefour
Séverine Fontaine, Directrice qualité Carrefour

Le consommateur veut de la transparence ; il veut des étiquettes plus grandes, plus lisibles. Le numérique le permet. Il y a de plus en plus d’objets connectés en élevage qui assurent, entre autres, des gains de qualité. Il faudra pouvoir récupérer les données (alimentation, santé…) et les fournir au consommateur. Nous avons développé cela sur les poulets (filière qualité de Carrefour). Un poulet de ce type sur 20 était flashé en magasin au lancement du système. Toujours 1 sur 75 actuellement. C’est beaucoup, car les clients qui l’ont fait une fois ont eu l’information. Il faut l’étendre à d’autres produits ; aller vite et s’entendre sur les messages à faire passer aux consommateurs. L’enjeu, c’est la décroissance du marché des viandes. Il faut rassurer le client ; il veut des preuves… Les services d’éducation du consommateur se développent. Par exemple, il y a des projets d’analyse du caddie des clients. Le digital va nous aider à les conseiller : pas assez de légumes, trop (ou pas assez) de viandes rouges, trop de sucres… Séverine Fontaine, Directrice qualité Carrefour

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