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L’aliment nourrit et informe aussi

Le tube digestif et sa flore sont un monde complexe, fragile et communiquant qu’on découvre peu à peu.

« Savez-vous que l’efficacité alimentaire et la santé de vos vaches dépendent de l’équilibre de la vie microbienne du sol et du tube digestif ? » démarre Rémy Chérel, d’Olitys, en introduction d’une journée d’information sur le « microbiote » organisée sur le site du nouveau laboratoire de la société « spécialisée en solutions naturelles à base de plantes » à Louvigné-de-Bais (35).

« Une mangeuse de microbes »

Parfois désormais désigné comme le « deuxième cerveau » pour son rôle dans le fonctionnement global de l’organisme, le microbiote digestif rassemble toute la population de micro-organismes –bactéries, levures, champignons…- présents tout au long du tube digestif. « Chacun a son propre microbiote qui joue un rôle métabolique, structurel et protecteur. Même si une grande majorité des espèces dominantes de microbes se retrouvent d’un individu à l’autre chez une même espèce », explique Dr Loïc Doumalin, intervenant pour l’occasion.

« La vache est-elle vraiment un herbivore ? », interroge-t-il devant des dizaines d’éleveurs bretons présents. « La vache est plutôt un microphage, une mangeuse de microbes : son intestin grêle absorbe les nutriments issus de la destruction des microbes par les enzymes digestives. » Et de rappeler que la vache passe 8 à 10 heures par jour à ruminer. Grâce à 30 000 mouvements de mastication par jour (pour un coût énergétique équivalent à 1 % de son ingestion quotidienne), elle prépare le bol alimentaire, « une sorte de steack de fourrages pour les microbes de son rumen ». Elle produit par la même occasion 100 à 200 L de salive par jour, « recyclant carbonates, phosphates, urée… pour assurer les conditions de travail les plus stables et adaptées aux micro-organismes de sa panse. » Dans ce milieu adapté, bactéries, protozoaires, champignons et autres se plaisent et se multiplient.

Loïc Doumalin souligne la force de cette « symbiose » entre la vache et les microbes, « un miracle écologique » débouchant sur un bon rendement de digestion de la biomasse ingérée en faveur de l’efficacité alimentaire et de la limitation des déchets. « Un autre herbivore comme le panda, qui ne profite pas de ce renfort des microbes, doit consommer chaque jour 15 à 40 % de son poids en feuilles de bambou… Quand la vache s’en tient à 10 % ».

Le message des extraits de plantes

Plus loin, le tube digestif du bovin, « ce monde où ça communique beaucoup », réserve d’autres surprises. « 1 % des cellules intestinales sont des cellules entéro-endocrines qui traduisent le contenu alimentaire en un message hormonal compris par l’organisme. En d’autres termes, l’intestin est un traducteur spécialisé de l’information véhiculé par l’aliment qui n’est plus seulement une source de nutriments mais aussi un porteur de message ». L’intestin n’est plus un simple tube lisse mais « un élément très intelligent » capable de communiquer avec le cerveau ou un organe distal ou encore de provoquer une réaction locale. On parle de la notion de « non- nutrition ». Le vétérinaire explique alors que ce n’est pas la quantité mais la qualité du message qui importe. « À travers l’alimentation, on peut ainsi guider des réactions physiologiques –immunité, inflammation, sécrétions hormonales…- influant les performances zootechniques, la santé, le bien-être… »

Par exemple, l’apport d’une « faible dose de capsaïcine » (composant actif du piment) dans la ration est une information qui stimule les cellules dentritiques de l’intestin pour, au final, « un effet anti-inflammatoire et une protection digestive ». Ou encore, une petite quantité d’édulcorant distribuée en période de sevrage du veau augmente la production d’hormones. « Cela informe le système nerveux. Ensuite, un jeu de neurotransmetteurs limite la vasodilatation de l’intestin, une réaction physiologique favorisant la résistance aux coccidies… »

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