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Il multiplie les essences locales

Manuel Rousseau prospecte les espaces préservés du massif armoricain, collecte des graines d’espèces locales et vend des jeunes plants labellisés, adaptés au milieu.

Les espèces végétales n’ont pas échappé à la frénésie des échanges mondiaux. Des essences exotiques, parfois invasives, ont supplanté les arbres et arbustes locaux dans certaines régions. Le remembrement et l’implantation de haies à espèce unique, souvent de résineux, ont également contribué à la modification du paysage et l’affaiblissement du patrimoine génétique des plantes locales. Cormiers et néfliers, trop souvent isolés, peinent à se reproduire dans la campagne bretonne.

« Nous importons massivement des végétaux qui proviennent essentiellement de Roumanie. Ces plantes, génétiquement semblables, élevées pour pousser vite et droit, sont moins résistantes aux maladies. Les frênes, les aulnes, les châtaigniers sont actuellement victimes de pathogènes, même si les causes des maladies sont multiples », explique Manuel Rousseau qui a décidé de promouvoir les espèces locales et de les élever dans sa pépinière de Théhillac (56), en bordure de Vilaine. Pas n’importe comment…

Avec le concours de l’Université de La Rochelle, le jeune pépiniériste a comparé des cartes récentes et anciennes d’une région qui va du Finistère à l’Anjou. « Je repère les zones qui ont le moins évolué. Je les prospecte et collecte des graines de plantes bien adaptées au massif armoricain. Certaines plantes comme le fragon, la garance ou le houx sont également indicatrices de zones préservées, restées fraîches et couvertes, parfois à l’ombre de chênes centenaires ».

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Manuel Rousseau dans sa pépinière de plants de moins d’un an.

Jusqu’à 2 ans pour germer

Les graines sont ensuite placées dans des conditions favorables à la germination, au chaud ou au froid selon les espèces. « Certaines graines sont exigeantes. Le houx et le néflier ne germent qu’au bout de 1 à 2 ans ». Tamis, sèche-cheveux, séchoirs, éplucheuse à pomme de terre (pour enlever les coques) et frigos sont mis à contribution dans le laboratoire de la ferme. Les graines, prêtes à germer, sont semées dans du terreau, sous abri. « Dès la deuxième année, je les sors en pleine terre pour éprouver leur robustesse ».

Les plantes qui résistent aux aléas climatiques et aux éventuels problèmes sanitaires sont commercialisées. Le bouturage d’un spécimen vigoureux permettrait, bien souvent, d’éviter ce travail fastidieux mais limiterait la variabilité génétique. « Les arbustes issus de graines sont tous différents. En cas de maladie, certains individus s’en sortent et transmettent les gènes de résistance à leur descendance ».

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Clients agriculteurs

L’objectif est de produire 30 000 plants d’une trentaine d’essences, en vitesse de croisière. Cet hiver, 15 000 plants labellisés quitteront la pépinière de Cranhouët. Les premiers clients sont des agriculteurs bretons, qui, conseillés par les techniciens de syndicats de bassin versant, ont implanté des haies pour restaurer le bocage. Poiriers sauvages, prunelliers, érables, églantiers, chênes et bien d’autres espèces délimitent désormais leurs parcelles. La ville de Rennes a boisé un parc d’agrément, dans le cadre de la compensation écologique, liée à la construction du métro. « Le responsable des espaces verts connaissait mon projet. C’est gratifiant de voir des responsables professionnels s’intéresser à mon travail ».

Les haies se déclinent en différents modules : coupe-vent, avec des essences aux feuilles persistantes, ou ornementales, tout aussi variées, fleuries et mellifères. « Mon activité est une troisième voie, à côté des filières productives horticole et forestière. C’est une filière à haute qualité environnementale sans sélection orientée, seulement naturelle. » À terme, le technicien en génie écologique qui se rêvait guide nature, sera rejoint par un collègue qui se consacrera à la production de plantes herbacées locales. La pépinière de Cranhouët sera alors en mesure de restaurer entièrement des écosystèmes disparus.

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Des plants de 2 à 3 ans, prêts à la vente.
Une production labellisée
Le label « Végétal local » est une marque valorisant la collecte, la multiplication et la distribution de matériel végétal issu de collecte en milieu naturel pour une utilisation dans leurs régions d’origine. Créé à l’initiative de la Fédération des conservatoires botaniques, ce label vise à garantir l’origine locale d’un végétal sauvage sur le marché. L’application du label repose sur une carte de 11 régions biogéographiques françaises (en métropole, Corse et chaque territoire d’outre mer). Un végétal peut être labellisé uniquement pour la Région d’origine dont il provient. La collecte en milieu naturel implique, pour chaque espèce d’arbre et d’arbuste, de collecter sur au moins 3 sites distincts, distants de 5 km, de tracer et d’étiqueter les graines.
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