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Maïs, le calme avant la tempête ?

La volatilité devrait de nouveau s’inviter dans les cotations mondiales dans les prochaines années.

Le Brésil est au marché mondial du maïs ce que la Russie est à celui du blé. Ces deux géants, dont les surfaces agricoles et les rendements ont encore des potentiels de progression importants, ont cloué au sol les cotations des céréales sur les marchés à terme. Ils ont en effet engrangé des récoltes records cette saison. Or, chez eux, les capacités de stockage et la logistique ne suivent pas, et les débouchés ne sont assurés qu’à coups de forcing sur le marché international. Le négoce mondial du maïs est donc un champ de ruines, où la bataille engagée entre les exportateurs de l’hémisphère sud et de l’hémisphère nord n’est pas encore terminée. Malgré une baisse de la production mondiale de la céréale de 39 Mt cette saison, et malgré un négoce qui va bon train, les quantités stockées aux USA (exportateur historique) ne pourront que continuer à progresser cette saison.

Les stocks mondiaux fondent… en Chine

C’est tout le paradoxe de cette campagne 2017/2018, qui voit pour la première fois depuis 6 ans les stocks mondiaux reculer (-30 Mt), mais essentiellement en Chine (-26 Mt). Ce pays étant pour l’instant peu investi dans les échanges mondiaux, la fonte de ses réserves n’a pas (encore) d’impact sur les cotations à Chicago… à l’inverse des USA. Il faut cependant se méfier de l’eau qui dort, car ce marché à terme qui ne rémunère plus les producteurs, pourrait bien nous surprendre dans quelques mois. Cette saison pourrait être celle de la transition, et nous pourrions nous réveiller sur un bilan mondial nettement plus contrasté en 2018/2019. Lorsque les vieux stocks chinois se seront évaporés dans les vapeurs d’éthanol, l’Empire du Milieu ne pourra plus vivre en vase clos, et la structure du marché mondial changera de braquet.

Rappelons que depuis deux ans, la Chine se débarrasse de ses réserves, souvent en mauvais état, à marche forcée. De nombreuses mesures y contribuent comme l’aide à son utilisation dans la production de biocarburant, la taxe à l’importation des produits concurrents, la baisse du prix de soutien, etc. Et cela fonctionne plus vite que les bilans mondiaux ne le laissent supposer. Les révisions mensuelles des rapports de l’USDA et du Conseil international des grains semblent toujours à la traîne, réajustant mois après mois la fonte des stocks.

Un retour probable aux importations chinoises

La Chine doit résoudre des problèmes alimentaires et environnementaux colossaux. Le pays organise par exemple un retour à l’utilisation locale du maïs produit dans le nord, à la fois par la construction d’usines d’éthanol, mais aussi par la mise en place de bâtiments d’élevages porcins dans cette zone. Le flux de la céréale fourragère du nord vers le sud pourrait passer de 60 Mt à 30 Mt en l’espace de 3-4 ans (il vaut mieux transporter de la valeur ajoutée).

Cela ne suffira pas à régler tous les problèmes. Pour combattre les gaz à effet de serre, il faut en effet diversifier les sources d’énergie. Et le virage pris sur l’éthanol ne souffrira pas de marche arrière, avec un possible mélange dans l’essence à 10 % rapidement. Mais si le maïs semble une solution évidente pour résoudre l’équation, la culture demande des ressources en eau que le pays n’a pas. Il semble donc incontournable de voir les Chinois se repositionner nettement aux importations dans les prochaines années.

De nouveaux besoins énergétiques

On peut donc imaginer que la demande mondiale du maïs s’accélère dans un ou deux ans, afin de satisfaire de nouveaux besoins, notamment énergétiques. Partout, sauf en Europe, les gouvernements accélèrent le recours aux biocarburants de première génération. La céréale y trouve un relais de croissance, soit pour son marché intérieur (Brésil, Chine), soit pour le marché export (USA).

Avec une partie de la production désormais aux mains de pays moins résilients en termes de météo et d’économie que les USA, avec une demande plurielle (feed, food, fuel) qui s’accélère, avec des capacités de stockage à la ferme qui progressent partout pour permettre aux producteurs de reprendre la main sur leur commercialisation, la volatilité devrait de nouveau s’inviter dans les cotations mondiales dans les prochaines années.

Zones de turbulences aux États-Unis
Les États-Unis, dont le maïs pourrait figurer sur le drapeau tant il a façonné les paysages et l’alimentation du pays, sont entrés en zone de turbulences. Longtemps hégémonique sur le marché mondial, le pays fait face à une concurrence qui s’accélère (Brésil, Argentine, Ukraine). Ses parts de marché dans le négoce international sont passées de 63 % en 2007/2008 (avec 63 Mt) à 31 % dix ans plus tard (47 Mt attendus cette saison).

Pour lutter contre cette compétition, le pays a, dans un premier temps, tablé sur la production d’éthanol pour alimenter son marché local. Celui-ci ne suffit plus aujourd’hui, et ce sont les exportations du biocarburant qui tentent d’équilibrer le bilan. Entre le Brésil, captif malgré des taxes à l’importation, le Japon qui ouvre ses portes et même la Chine qui accélère ses achats, les ventes d’éthanol US vont bon train. Mais rien n’est immuable…

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