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Des prix haussiers en blé malgré la récession mondiale

Depuis quelques semaines, les investisseurs ont changé leur fusil d’épaule. Ils entretiennent un courant haussier sur le marché mondial.

Pour l’instant, l’incertitude sur l’économie mondiale handicape le marché. Les prix du maïs et du soja (graines et tourteaux) restent à la cave d’un point de vue historique. Le blé s’en sort un peu mieux, se rapprochant de sa moyenne des 13 dernières années (209 $/t). Qu’on le veuille ou non, le prix des céréales est historiquement lié au PIB mondial. Comme le rappelait Philippe Chalmin, lors de la présentation du dernier rapport Cyclope, « le monde d’avant, c’était une croissance mondiale à 3 % et une croissance chinoise à 6 %. Le monde d’après, c’est une récession de 6 % (voire 7 % en cas de seconde vague de la Covid-19), et pas de croissance en Chine ». La baisse des revenus du pétrole (Nigeria, Angola, Algérie) et du tourisme n’est pas sans conséquence chez de nombreux importateurs. Reconstituer les stocks en profitant de prix bas est le moins qu’ils puissent faire. Pour autant, la consommation mondiale de blé patine, attendue en hausse de seulement 3-5 Mt cette saison. Plus inquiétant, les échanges mondiaux sont attendus en baisse de 2-3 Mt dans les bilans de l’USDA ou du CIC.

Des besoins recentrés sur les denrées de base

Face à ce constat, il y a pourtant des raisons de voir le prix mondial du blé à Chicago rester en 20/21 à un niveau supérieur à l’an passé. Pour l’instant, il tutoie les 203 $/t (sur les 12 mois) contre 191 $/t en moyenne sur les deux saisons précédentes.
La première raison est qu’une récession mondiale de cette ampleur recentre les besoins alimentaires de nombreux pays sur les denrées de base, dont les céréales font partie. Les pays importateurs iront au moins cher. Or la cotation du riz ne cesse de progresser depuis quelques mois, retrouvant à Chicago les plus hauts du début d’année, et y dépassant le prix du blé meunier (HRW). Ce sont essentiellement des problèmes logistiques en Inde (premier exportateur fortement touché par la Covid-19) qui explique ce raffermissement du riz. Le Vietnam et la Thaïlande prennent le relais en tenant les prix.

Taux de change favorable pour le rouble russe

La deuxième raison est que le leader actuel du marché mondial, la Russie, profite d’un taux de change favorable, qui n’a pas été impacté par la baisse du dollar contrairement à l’euro ou au dollar canadien. Forte d’une devise ultra-compétitive, la Russie peut se permettre de rafler des contrats tout en remontant ses prix. Cela permet d’accompagner la nette rétention qui s’est installée dans les campagnes (où les semis se font dans des conditions trop sèches) alors même que la demande est bonne. Rappelons que la hausse de la production russe ne fait que compenser la baisse des tonnages ukrainiens. Il n’y a donc pas de hausse des offres Mer Noire en prévision par rapport à l’an dernier.

La troisième raison est que la qualité est au rendez-vous. À part en Ukraine où la part du blé fourrager augmente, ailleurs elle a plutôt tendance à reculer. Cela limite la pression que pourrait exercer la céréale fourragère sur sa collègue meunière.

La quatrième raison est que le ratio blé/maïs n’est pas immuable. Pour l’instant, celui-ci s’affiche à 1,42 sur le marché à terme de Chicago, contre 1,33 en 19/20, ce qui limite, de fait, son usage en alimentation animale. Malgré tout, cet écart entre les deux céréales se réduit et il reste essentiel de regarder qui progresse le plus vite entre blé et maïs (la Chine pourrait être l’élément déterminant). Notons que dans l’UE, ce ratio est quasi stable entre les deux saisons (1,09 vs 1,10), ce qui permet d’envisager une consommation de blé par les animaux au moins à la hauteur de l’an passé pour l’instant.

Et la France dans tout ça ?
La nouvelle campagne en blé meunier est actuellement cotée à 187 €/t sur Euronext, proche de la moyenne des 13 dernières années (188 €/t) et supérieure à celle de 19/20 (183 €/t). En dollars, cela correspond à 221 $/t contre 202 $/t l’an passé. Avec une chute de plus de la moitié de son disponible exportable d’une saison à l’autre et un taux de change peu propice aux ventes sur pays tiers, la France est loin d’être agressive sur le marché mondial. Le marché est frileux et il semblerait que la rétention dans les campagnes françaises puisse durer jusqu’à Noël. Un pari risqué ?

QUELLE RÉCOLTE DANS L’HÉMISPHÈRE SUD ?

La cinquième raison est que les jeux sont loin d’être faits dans l’hémisphère sud, où le marché table sur une hausse de 7 Mt du disponible exportable (face à une baisse de 11 Mt de l’hémisphère nord). L’Australie serait la seule responsable de cette progression, avec un bond de ses ventes de 80 %. L’Argentine elle, affiche des volumes exportables proches de l’an passé dans les bilans officiels, mais qui pourraient être revus à la baisse car la Niña [1] commence à soulever des inquiétudes. Si la météo sévissait chez son concurrent argentin, alors l’Australie n’aurait pas besoin d’être aussi agressive que son différend avec la Chine (un très gros débouché pour elle) le laisse supposer.

[1]La Niña est un phénomène climatique pouvant engendrer un temps sec dans certaines zones de production.

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