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Hold-up sur le maïs américain : bis repetita

Les incidences sur les marchés céréaliers de la fourniture en blé américain aux Russes dans les années 70 fait étrangement écho à ce qui se passe actuellement sur le maïs entre les USA et la Chine.

En 1972, la Russie qui vendait traditionnellement du blé aux pays de l’Est, a surgi sur le marché mondial de la céréale, victime de mauvaises récoltes et de faibles stocks. Les USA, seuls gros fournisseurs avec le Canada à l’époque, ont sans doute mal évalué la situation, et signé avec l’URSS un contrat de fourniture sur 3 ans. Le voyage de Nixon au pays des Soviets quelques mois plus tôt, en pleine guerre froide, avait débouché sur les accords Salt 1 (non-prolifération des armes nucléaires). Les USA se frottaient donc les mains, heureux de montrer au monde que l’Est requérait leurs céréales.

Mal leur en a pris. Car les volumes achetés sont passés de 2 Mt en 1971 à 15 Mt en 1973. Les besoins en blé se sont avérés beaucoup plus importants que prévu et cette erreur de calcul a entraîné une crise sans précédent des prix alimentaires aux USA. En 1972, les Russes ont acheté le quart de la production de blé américaine et signé l’essentiel des contrats jusqu’en 1974. Les prix sur le marché mondial ont triplé de 1972 à 1974, au détriment des pays en voie de développement qui se retrouvaient devant le fait accompli et n’avaient pas les mêmes capacités d’achat. Les cotations sont restées élevées jusqu’en 1976.

Place à la Chine aujourd’hui

Il est tout aussi difficile de connaître ce qui se cache dans les silos chinois aujourd’hui que dans ceux de l’URSS au temps de la guerre froide. En 2018, l’empire du Milieu réinjectait 100 Mt de stocks de maïs dans son bilan (excusez du peu !), un chiffre repris sans sourciller par l’USDA dans ses rapports mensuels. Cependant, depuis deux ans, les rumeurs concernant les quantités et la qualité des réserves chinoises faisaient état d’un décalage important entre les chiffres et la réalité. Mais la sécurité alimentaire étant hautement stratégique en Chine, elle ne pouvait pas s’inviter en pleine guerre commerciale avec les USA. Aujourd’hui pourtant, la situation semble hors de contrôle.

Xi Jinping exhorte ses compatriotes à la frugalité et lance une campagne visant à mettre fin au gaspillage alimentaire. Un discours qui interpelle, à l’heure où le gouvernement pousse à stimuler la demande intérieure, levier de la relance économique. Le timing pour modifier les habitudes de consommation des Chinois ne semble pas le bon, à moins que le pays ne se prépare à une crise alimentaire. Rappelons qu’en Chine, 13 % des terres seulement sont favorables à la culture, ce qui représente 7 % des terres arables mondiales… pour nourrir près de 20 % de la population. Trois famines ont eu lieu au XXe siècle, la dernière (1958-1961) se traduisant par 20 à 40 millions de morts.

Des stocks deux fois moins importants ?

Les importations chinoises de céréales fourragères risquent de s’inscrire dans une tendance structurelle pour plusieurs années. La durée dépendra de la vitesse à laquelle le pays pourra équilibrer ses bilans. Bien sûr, le maïs est en première ligne, avec un déficit de 30 Mt entre consommation et production depuis plusieurs saisons. Sur le marché de Dalian, le prix de la céréale atteint désormais 427 $/t (vs 213 $/t sur le CBOT et 261 $/t sur Euronext). Pékin vient de signer l’autorisation de cultiver une première variété OGM, espérant ainsi accroître plus rapidement les rendements et booster de 20 à 40  Mt les prochaines récoltes.

En attendant, le bureau de l’USDA basé à Pékin évoque la possibilité de voir les importations passer de 7 Mt en 2019 à 25/30 Mt en 2020-2021 et à 50 Mt en 2023. C’est reconnaître tacitement que les stocks annoncés entre 180 et 190 Mt dans les bilans de l’IGC ou de l’USDA sont loin du compte et possiblement deux fois moins importants. L’appétit chinois va donc entraîner un rationnement mondial et une hausse durable des prix. Le maïs entraîne dans son sillage toutes les céréales fourragères (blé, orge, sorgho). Les drêches d’éthanolerie devraient aussi en profiter, tout comme le soja. En effet, le ratio de prix entre tourteau de soja et maïs est de 2,20 aux USA ou en France, mais seulement de 1,30 en Chine. On comprend l’engouement pour l’oléagineux dans les rations chinoises !

Qui va pouvoir satisfaire cette demande ?

Que la Chine se positionne sur 50 Mt d’achats de céréales change la donne mondiale. La bataille pour les hectares de soja et de maïs va être rude aux USA ce printemps, les deux étant d’ores et déjà rentables. Mais même en espérant une nette hausse des surfaces, les bilans américains auront du mal à absorber la demande chinoise. Il va donc falloir que la météo se montre particulièrement clémente, sinon…

ÉMERGENCE DU CONCEPT DE DÉVELOPPEMENT DURABLE
Autre ironie de l’histoire, 1972 est aussi l’année de la première conférence des Nations Unies sur l’environnement. Ce premier sommet de la Terre à Stockholm, marque le début d’une prise de conscience de la crise écologique qui mènera à l’émergence du concept de développement durable. En juin est publié le rapport Meadows « The Limits to Growth [1] » simulant informatiquement l’évolution de la population humaine en fonction de l’exploitation des ressources naturelles, avec des projections jusqu’en 2100. Il en ressortait que la poursuite de la croissance économique entraînerait au cours du XXIe siècle une chute brutale des populations à cause de la pollution, de l’appauvrissement des sols cultivables et de la raréfaction des énergies fossiles…

[1] Les Limites à la croissance, traduit en français sous le titre Halte à la croissance ?

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