Au temps du porte-plume et de l’encre violette

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Des musées permettent, le temps d’une journée, de s’imprégner de l’atmosphère d’une salle de classe du siècle dernier. Une sortie culturelle à partager entre générations. Retour dans le passé, dans les années 50, à la Maison-École de Saint-Gonlay (35).

La cloche sonne. Les enfants s’alignent tous en rang, dans un silence de plomb. L’instituteur, surnommé le hussard noir depuis la IIIe République, à l’image de ses vêtements sombres et austères, les impressionne. Ils entrent dans la salle unique qui accueille tous les enfants du village, âgés de 6 à 14 ans. Ils se dévêtent de leur cape noire en drap de laine pour enfiler leur blouse. Malgré la fraîcheur du dehors, la salle est réchauffée. Dans le poêle à bois, le feu crépite. Les enfants de la campagne, qui sont partis tôt à pied de chez eux pour être à l’heure, l’ont déjà rallumé. Dans la journée, les écoliers iront à tour de rôle chercher le bois, apporté par les familles en début d’année et stocké sous le préau.

La morale du jour

Une odeur forte de cire les accueille dans leur salle de classe. Ils se dirigent calmement vers leurs pupitres en bois foncé, régulièrement astiqués, alignés face au tableau noir et au bureau du maître installé sur l’estrade. En haut de leur plan de travail légèrement incliné, une rainure leur permet de poser crayons et porte-plumes. Sur le bureau du maître, trône la bouteille en verre au bec verseur en métal dans laquelle le maître a préparé l’encre. L’élève de corvée doit déverser le fameux liquide violet qui tâche les doigts, dans chaque encrier en porcelaine blanche. L’enfant y trempe sa plume pour retranscrire sur son cahier immaculé la date et la morale du jour écrite au tableau par le maître, de sa belle écriture nuancée avec les pleins et déliés.

Une écriture soignée

Un exercice difficile qui requiert de l’entraînement. Mais l’écriture était l’activité principale de la journée. Dictée, grammaire, mathématiques, histoire et géographie…Toutes les matières s’y prêtaient. Pourtant, avec le porte-plume, il y a parfois quelques pâtés… La page est alors arrachée et doit être recopiée. Lorsque la page est trop raturée, elle est épinglée dans le dos de l’enfant, qui doit traverser le bourg et rentrer chez lui où bien souvent une seconde punition l’attend. Car le maître, alors troisième personne notable de la commune, après le maire et le curé, a toujours raison… Et durant toute la journée, pas de bavardages, sinon, c’est la punition assurée ! Le bonnet d’âne attend sur le bureau  de l’instituteur les élèves chahuteurs. Mais les bons points et autres récompenses (image, croix épinglée sur le sarrau et inscription au tableau d’honneur) sont également là pour féliciter les bons résultats ou les bonnes attitudes.

Les outils pédagogiques sont moins diversifiés qu’actuellement. Mais les murs sont tapissés de cartes et d’images colorées, sous les yeux des enfants toute la journée. Ils en connaissent le contenu par cœur. Dehors, le jardin de l’instituteur sert aussi de support aux leçons de choses et à la découverte de la nature.

Un verre de lait à la récré

Dès les années 30, face à un effectif restreint, l’école est déjà mixte à Saint-Gonlay. Durant les récréations, les filles jouent à la marelle, les garçons au cerceau ou aux billes. C’est aussi l’occasion de s’entraîner pour grimper à la corde lisse : épreuve redoutée du Certificat d’Études que l’on passe à 14 ans.

En 1954, Pierre Mendès-France, inquiet des effets de la malnutrition et de l’alcoolisme, instaure la distribution d’un verre de lait pendant la récréation. Son objectif : pallier les carences alimentaires de l’après-guerre et développer la filière laitière.  « On le buvait en fermant les yeux et vite… Nous avons encore des frissons rien que d’y penser ! » rapportent des élèves de l’époque.
Ces instants récréatifs se poursuivaient aussi à la sortie de la classe. Quand ils ne restent pas à l’étude, les enfants traînent et s’amusent à créer des jouets buissonniers avec les éléments qu’ils trouvent dans la campagne, sur le chemin du retour. Avant de retrouver leur rôle de vacher, ou de « patou » en gallo, à la ferme.

Des bâtiments typiques d'Ille-et-Vilaine

Jean-Marie Laloy, nommé architecte du département en 1884, est intervenu sur 93 constructions ou transformations d’écoles en Ille-et-Vilaine. Il a développé un style « régionaliste-pittoresque », adapté aux petites communes. L’école de Saint-Gonlay en est un bon exemple avec des matériaux locaux (moellons de schiste pourpre) et une bonne insertion dans l’environnement. La mairie et le logement de l’instituteur à l’étage sont ajoutés en 1954, sans dénaturer l’édifice de départ. Une proximité intéressante à l’époque où l’instituteur exerçait aussi le métier de secrétaire de mairie.

La Bretagne compte trois musées-écoles :

  • École des années 50 à la Maison d’école de Saint-Gonlay (35), gérée par l’association des Bancs de bois et Montfort Communauté, (www.maison-ecole-enpaysgallo.jimdo.com)
  • École des années 30 au musée rural de l’Éducation, à Bothoa (22),
  • Classes de 1910 et 1970 au musée de l’École rurale en Bretagne, à Trégarvan (29).

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