Productions Agricoles

Mesurer la biomasse pour piloter la fertilisation

Si ce n’est déjà fait, il est urgent de réaliser les pesées de biomasse pour calculer la dose prévisionnelle d’azote à apporter. Par rapport à une année normale, l’avance des stades est parfois considérable. Conseils pour gérer le raisonnement de la fertilisation.

Généralement, les « gros » colzas sont ceux ayant absorbé beaucoup d’azote à l’automne et ne réclamant en conséquence qu’un faible complément au printemps. À l’inverse, sur des « petits » colzas, il faudra davantage d’engrais azoté. Toutefois, l’hypothèse de rendement influence évidemment beaucoup le résultat du calcul de dose prévisionnelle : un petit colza avec un faible objectif de rendement peut nécessiter une dose équivalente à un gros colza avec un objectif de rendement élevé.

Estimer la quantité d’azote absorbé

La quantité d’azote mobilisé à ce jour dans les racines et les feuilles de colza couvrira en partie les besoins de la culture. En cette période de l’année, il existe une relation simple entre la biomasse produite (poids de matière verte fraîche) et la quantité d’azote absorbé par la culture. C’est pour estimer au mieux l’azote absorbé par le colza qu’il est recommandé d’estimer la biomasse.

Peut-on peser des colzas en montaison ?

À ce stade, la masse des tiges prend de l’importance et les boutons floraux apparaissent. Or, le domaine de validité de la méthode des pesées pour estimer l’azote absorbé s’étend jusqu’au stade rosette (présence de feuilles uniquement). Dans ces conditions, une alternative serait de ne tenir compte que de la valeur de biomasse en entrée hiver, à condition que cette dernière soit disponible. Cependant,  dans la majeure partie des cas, l’hiver doux a permis aux plantes de poursuivre leur croissance et donc l’absorption d’azote. Le risque serait alors, en procédant de la sorte, de sous-estimer l’azote absorbé et donc de surfertiliser la culture.

Conseils premier apport

Dans les situations non carencées en azote (fréquentes cette année) où les stades vont de C2 à D2, il n’est pas nécessaire d’avancer la date du 1er apport par rapport aux habitudes : fin février/début mars. La croissance du colza est modérée et le sol fournit généralement suffisamment d’azote (pas de faim d’azote). De plus, un apport précoce sur de gros colzas non carencés augmente le risque verse. Dans les situations où la dose totale est inférieure à 80 unités, Terres Inovia conseille d’envisager l’apport autour du stade D1-D2 voire E. Si le colza montre une faim d’azote (rougissement des feuilles), un premier apport sera à envisager dès que les conditions de ressuyage seront réunies, à partir du 20 février (en respectant toujours les règles Directives nitrates en vigueur dans la région).

Minéralisation active

En l’absence d’un net refroidissement du sol pendant l’hiver, la minéralisation de l’azote a été, et sera sans doute dans les prochaines semaines, beaucoup moins ralentie que la normale, si bien que les références retenues pour la minéralisation nette de l’humus et des produits organiques sont probablement sous-estimées en 2016. Là encore, difficile d’ajuster les paramètres, faute de références en situation « atypique ». Toutefois, dans les cas concernés, la précocité des stades de développement et l’aspect globalement très verdoyant du cœur des plantes militent pour cette hypothèse de minéralisation particulièrement active. Compte tenu de tous ces éléments, Terres Inovia conseille vivement d’évaluer la biomasse en sortie d’hiver, y compris pour les situations d’avance de stade (D1 voire D2). À réaliser sans tarder avec couteau et balance (pesée au champ) ou à l’aide d’un service basé sur le traitement d’images satellites ou drones.

75 unités de soufre à prévoir

D’une manière générale, un apport de soufre (forme sulfate) est à prévoir de début à mi-mars pour couvrir les besoins de la culture. On peut penser que cette année n’a pas été propice au lessivage hivernal du soufre et que la minéralisation du soufre du sol est relativement active, à l’image de celle de l’azote. Nina Rabourdin / Terres Inovia

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