Élevage

Tarissement : Et si l’antibiotique n’était pas systématique ?

Le traitement sélectif et l’emploi d’obturateurs peuvent contribuer à réduire l’usage d’antibiotiques. Il faut parfois simplement oser, sans improviser.

Même les éleveurs qui ont un faible niveau d’infections de leurs vaches au tarissement et qui, par expérience, enregistrent peu de nouvelles infections en période tarie, ont une certaine réticence à pratiquer le traitement sélectif. Parce que le l’antibiotique, c’est « ceinture et bretelles », l’éleveur préfère en effet se couvrir en traitant toutes les vaches.

La raison est d’abord économique : traiter toutes les vaches, c’est 12-13 par laitière, soit moins de 2 €/1 000 litres. Une facture raisonnable pour une pratique qui offre en plus une tranquillité d’esprit. Pourtant le traitement sélectif, associé à un obturateur, « permet de réduire de 40 à 60 % l’utilisation d’antibiotiques », rappelle Nathalie Bareille, de l’école vétérinaire de Nantes.

Le tube ne tarit pas, il guérit

Cette réticence à faire autrement vient aussi du fait qu’appuyer sur la seringue d’antibiotique le jour du tarissement s’appuie sur plus de 40 ans de pratique continue. Jusqu’à semer cette confusion : le tube intramammaire est parfois appelé « tube à tarir. » Or, il ne tarit pas, il guérit et prévient d’une infection éventuelle, présente ou à venir. « Avec un taux de guérison moyen de l’ordre 75 % et une réduction d’environ 50 % des nouvelles infections ». Nouvelles infections qui toucheraient de 5 à 50 % des vaches selon les troupeaux et les périodes. « Mais il est très difficile de reconnaître les vaches qui sont le plus exposées », accorde la vétérinaire.

« Le traitement antibiotique couvre le risque de 20 à 40 jours ; voire plus selon certaines spécialités », poursuit N. Bareille. Et d’ajouter : « Alors que l’obturateur interne du trayon couvre sur toute la période ». Selon les observations faites sur le terrain, l’obturateur semble donc plus efficace sur la période de fin de tarissement. « Je connais des troupeaux où 80-90 % des vaches sont taries uniquement avec obturateurs, et ça marche », appuie Jean-François Labbé, vétérinaire et membre de la commission Qualité du lait SNGTV. Une pratique « soft » qui n’a rien à voir avec l’habitude de certains éleveurs qui veulent assurer le coup (et même au-delà) en privilégiant le traitement par voie générale : « Cette pratique conduit à utiliser des quantités colossales d’antibiotiques ».

L’obturateur comme alternative

« L’utilisation d’un obturateur interne du canal du trayon, dans les conditions d’application définies pour son utilisation, est une pratique qui semble pouvoir être utilisée comme alternative au traitement antibiotique systématique des vaches laitières au tarissement », accordent aussi pour leur part Vincent Heuchel et Philippe Roussel de l’Institut de l’élevage.

Cet obturateur interne est un produit à base de sous-nitrate de bismuth, destiné à être injecté dans la mamelle au moment du tarissement des vaches saines pour prévenir la pénétration des germes pathogènes pendant toute la période sèche. Le produit n’a pas de fonction antiseptique et agit donc exclusivement par effet barrière.  
« D’un point de vue strictement technique, estiment les deux chercheurs, cette pratique semble donc pouvoir être utilisée comme alternative dans les élevages maîtrisant correctement les cellules (derniers comptages cellulaires de tank inférieurs à 250 000 cellules/ml) et vaches non infectées par un pathogène majeur au moment du tarissement (trois derniers CCI mensuels inférieurs à 200 000 cellules/ml et absence de mammite clinique sur les 3 mois précédant le tarissement) ». 

Pas de différence

L’analyse statistique ne permet pas de mettre en évidence une différence significative entre les 2 traitements (obturateur interne et antibiothérapie) analysent les chercheurs de l’Institut de l’élevage.
On n’observe également pas de différence sur les critères :
• Prévalence de nouvelles infections pendant la période tarie ;
• Occurrence des mammites cliniques jusqu’à 3 mois après le vêlage ;
• Premier résultat de CCI après le tarissement ;
• Évolution des profils cellulaires après le tarissement.

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