Élevage

Mammite : “La réactivité de l’éleveur fait l’essentiel”

Agir avec méthode et rapidité. C’est la clé de la lutte efficace contre les mammites cliniques.
« Il n’y a pas de fatalité », estime Hélène Commeil, vétérinaire bovin à Triskalia.

Dès lors que les clignotants sont au rouge, il faut distinguer deux situations : un taux élevé de leucocytes sans mammite, ou des mammites cliniques avec ou sans leucocytes. « Il est important de cerner la problématique de l’élevage pour adapter les solutions ».

Premières mesures à prendre quand le nombre de leucocytes explose

Que faire quand on monte subitement à 300 000 cellules pendant trois contrôles successifs ? « Intervenir rapidement », répond d’emblée Hélène Commeil qui précise : « Si tel est le cas, il faut agir. Car le problème ne va pas se régler tout seul. »

  • Adapter la préparation à la traite

« Le prétrempage à la mousse donne de bons résultats en présence de leucocytes, à condition de l’utiliser sur mamelle propre ». Les lavettes, pourquoi pas, mais prévoir un lavage en machine à laver après chaque traite en cas de taux cellulaire élevé.. « Attention aux lavettes, elles peuvent être source de contamination d’une traite à l’autre si le nettoyage n’est pas suffisant. Parfois, la contamination provient de l’eau de trempage des lavettes. » 
Bien sûr, tirer les premiers jets reste conseillé même si, dans les faits, l’agrandissement des troupeaux le rend de plus en plus difficile à réaliser.

  • Désinfecter les manchons

Contraignant, la désinfection des faisceaux trayeurs donne pourtant de bons résultats pour éviter la contamination de vache à vache. « L’idéal est de la mettre en œuvre après avoir trait des vaches à mammite déclarée et après la traite de vaches chargées en leucocytes, c’est-à-dire toutes les vaches qui affichent 250 000 cellules et plus. Si, dans l’élevage, il y a plus de 20 % de vaches contaminées, le faire après chaque vache. »

  • Vérifier l’installation de traite

Elle se contrôle tous les ans. « Il ne faut pas hésiter à anticiper de quelques semaines le contrôle en cas de problème », insiste la vétérinaire qui rappelle qu’un manchon est programmé pour réaliser 2 500 traites ou 5 000 traites s’il est en silicone. Au-delà du contrôle, il y a des signes qui doivent interpeller sur le bon ou mauvais fonctionnement de l’installation : « Par exemple, des sphincters évasés signent un vide trop fort ou une surtraite ».

  • Neutraliser les courants de fuite

Des vaches qui viennent difficilement en salle de traite, qui bousent, etc. : autant d’indices qui peuvent indiquer la présence de microcourants vagabonds auxquels les bovins plaqués au sol humide avec leurs sabots sont beaucoup plus sensibles que le trayeur isolé par des bottes caoutchouc. « Même si le cas se présente rarement, il peut être utile de vérifier cet aspect. Les fuites de courant peuvent jouer sur le niveau de leucocytes », indique la vétérinaire qui rappelle aussi la nécessité de bien relier l’installation électrique et le tubulaire à la terre.

Agir avec méthode contre les mammites déclarées

Hélène Commeil cite deux indicateurs d’alerte sur le tableau de bord de l’éleveur : « Le nombre de mammites, récidives incluses, doit rester en dessous de 30 % : soit 15 mammites par an pour un troupeau de 50 vaches. D’autre part, l’objectif « moins de 20 % de récidives » parmi les vaches traitées doit être dans le viseur de l’éleveur ». Pour tenir ce cap, encore une fois, il faut de la méthode (même si le résultat n’est pas acquis à 100 % pour autant…) :

  • Évaluer l’efficacité des traitements  médicamenteux

80 % d’efficacité pour les traitements intramammaires en lactation, c’est l’objectif à atteindre. Il ne faut pas se fier à la dernière série de mammites, mais faire le point sur les 12 derniers mois. Si le résultat n’est pas là, il faut d’abord vérifier le protocole de soins établi par le vétérinaire dans le cadre du « Bilan sanitaire » annuel. Et mettre en pratique les stratégies proposées.  S’il n’y a pas d’alternative à mettre en place, refaire le point sans attendre.
Même démarche pour les traitements médicamenteux au tarissement. Ils doivent contribuer à guérir les vaches infectées au tarissement et éviter les nouvelles contaminations qui peuvent s’exprimer par des mammites au vêlage. Objectif tarissement : 70 % minimum de guérison et moins de 10 % de nouvelles contaminations.

  • Pratiquer des tests

Le taux de guérison au tarissement n’est pas satisfaisant ? Les récidives de mammites sont trop nombreuses ? Sans doute est-il intéressant de pratiquer des tests en laboratoire pour déterminer le germe responsable. En fonction du ou des microbes, on ciblera les axes de prévention. « Une seule bactériologie ne suffit pas. Il faut cibler ces analyses de laboratoire en général sur 4-5 vaches », souligne la vétérinaire. « L’identification des bactéries est souvent couplée à des antibiogrammes, qui permettent de vérifier l’efficacité des traitements antibiotiques utilisés ».

  • Le trempage des trayons

Aujourd’hui, il existe une large gamme de produits de trempage ou de pulvérisation post-traite. Avec la limitation du couchage après la traite, certains contribuent à protéger des contaminations cette porte d’entrée qu’est le sphincter. Si certains éleveurs font un peu relâche en été, d’autres continuent à employer les produits efficaces l’hiver : « Il n’y a pas de petites économies », disent-ils.

  • Maîtriser le risque logement

En respectant les préconisations de 7 m2 par vache en aire paillée et de logettes nickel. En veillant à une bonne ambiance en bâtiment (lire par ailleurs). Le logement est souvent mis en cause lorsque le nombre de mammites est trop élevé. Notamment en aire paillée. Certains éleveurs sont revenus à un nombre satisfaisant de mammites « simplement » en vidant l’aire paillée plus fréquemment : ce qui est préconisé, toutes les 3 semaines en moyenne. S’il y a crise du logement et que « ça chauffe », il faut revoir la fréquence de vidange.

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