Dossier technique

Revenir là où tout a commencé

À 30 ans, Krystell Trébaol a repris l'exploitation porcine de ses grands parents. Pour elle, construire son avenir ici n'a jamais vraiment fait débat.

Une femme en tenue de marche avec son chien en pleine nature - Illustration Revenir là où tout a commencé
En dehors de sa ferme, Krystell passe beaucoup de temps avec ses deux chiens.

Née à Bohars en 1996, Krystell Trébaol grandit sur la ferme familiale. Très jeune déjà, elle accompagne ses parents dans les champs et dans l’élevage de porcs. « J’allais tout le temps donner un coup de main », se souvient-elle. « J’ai toujours eu l’idée de m’installer dans un coin de ma tête. » Après son école primaire à Bohars et son collège à Brest, elle poursuit ses études au lycée agricole du Nivot. « C’est là que je me suis sentie le plus à l’aise », raconte-t-elle. « Au collège, j’avais vraiment vu le fossé entre la ville et la campagne. Au Nivot, j’étais avec des gens qui venaient du même univers que moi. » Passionnée par l’élevage porcin, la jeune finistérienne poursuit avec un certificat de spécialisation réalisé en apprentissage dans un élevage de 600 truies. « J’ai ensuite passé trois années comme salariée chez Olivier Picard, à Bodilis. J’étais vraiment épanouie dans cet élevage. J’aurais été capable d’y rester. » Pourtant, les opportunités évoluent. En 2020, Krystell revient travailler sur l’exploitation familiale avant d’en reprendre officiellement les rênes en janvier 2025.

À taille humaine

Aujourd’hui, la jeune agricultrice conduit un élevage de 300 truies naisseur-engraisseur et cultive une centaine d’hectares. À ses côtés, Philippe, salarié de l’exploitation depuis plusieurs années. Ses parents, officiellement retraités, assurent encore environ 600 heures de travail par an. « Mon père aime bien les travaux des champs. Ma mère s’occupe plutôt de l’administratif », affirme-t-elle. « Je suis actuellement en train de chercher un deuxième salarié à temps plein. » Dans son quotidien, Krystell apprécie la diversité des tâches. « Dans un élevage de 300 truies, on peut facilement passer d’un atelier à un autre. Je crois que c’est ce que j’aime le plus. C’est aussi une taille d’élevage qui permet de garder un équilibre. On ne passe pas son temps à travailler et les astreintes restent raisonnables. »

Une génération qui fait vivre le territoire

Au-delà de son exploitation, Krystell s’est toujours investie dans la vie agricole locale. Voilà douze ans qu’elle fait partie des Jeunes Agriculteurs. Pendant trois ans, elle a coprésidé le canton de Saint-Renan avant de rejoindre, un temps, le conseil d’administration départemental. « Ça m’a appris à prendre la parole en public et aussi à mieux comprendre la dimension politique de notre métier. Les JA m’ont également permis de rencontrer énormément de monde, souvent de mon âge. » Cette année, elle entame son dernier mandat. « Il est temps de laisser progressivement la place. Mais les JA permettent de créer un vrai réseau, avec des jeunes qui ont les mêmes projets d’installation. »

« Pour moi, c’est impossible d’habiter loin de la mer »

Autour de Brest, Bourg-Blanc, Milizac ou Saint-Renan, plusieurs agriculteurs de sa génération se sont d’ailleurs installés ces deux dernières années. Une dynamique qu’elle juge précieuse. « On est dans un secteur où il se passe beaucoup de choses. Il y a des fêtes agricoles, des projets… Ça crée du lien. À Saint-Renan, par exemple, le maire est très pro-agricole. »

Entre terre et mer

Si l’agriculture reste encore largement masculine, Krystell estime que les lignes bougent. « Je trouve qu’il y a de plus en plus de femmes. Personnellement, je ne me suis jamais sentie en décalage parce que j’en suis une. » Dans sa propre famille, elle a d’ailleurs toujours eu un modèle. « Ma grand-mère gérait la ferme. C’était aussi la trésorière de la Cuma. Il ne fallait pas se friter avec elle », raconte-t-elle en souriant. Au sein des JA, le canton ne compte encore que six ou sept femmes parmi quatre-vingts adhérents. Pourtant, la coprésidence a toujours été assurée par une femme. « On est dans le Nord Finistère ici, les filles ici ne sont pas des tranquilles. » Dès qu’elle quitte la porcherie, la jeune éleveuse retrouve un autre terrain de jeu : la mer. Paddle, chasse sous-marine, sans oublier les quads, le motocross ou les balades avec ses deux beaucerons. « Pour moi, c’est impossible d’habiter loin de la mer », déclare-t-elle. Pour Krystell Trébaol, reprendre la ferme familiale n’était pas seulement un projet professionnel. C’était aussi une manière de continuer à vivre là où elle se sent chez elle.

Alexis Jamet


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