Dossier technique

Au Pays d’Iroise, la marche du progrès

De génération en génération, les paysans du « Bout du monde » ont voulu produire mieux pour vivre mieux. Une ambition portée par la ténacité et la force du collectif.

Illustration d'un taureau Durham tenu par un paysan breton au 19e siècle - Illustration Au Pays d’Iroise,  la marche du progrès
Le taureau de race Durham nommé Metellus a contribué au progrès génétique local (lire P. 19). Ici représentation colorisée à partir d’un dessin représentant un reproducteur présenté au concours général d’Orléans en 1858. 
(Source : Collection Musée de Bretagne / Ecomusée de la Bintinais – Marque du domaine public).

Brest (29)

En 1794-1795, dans son « Rapport sur l’état du département », Jacques Cambry découvre un pays de Brest qui a de la ressource. Il y observe des « terres fertiles, d’excellents pâturages », mais aussi des espaces encore incultes. À Saint-Renan, « grains et fourrages abondent. Les chevaux sont forts, vigoureux », écrit-il. La terre nourrit les hommes et les bêtes. Reste à lui faire donner davantage.

Amender les terres et améliorer les races

Dans les années 1840, les regards des paysans se tournent vers la rade de Brest. Une partie de la réponse à la stagnation des rendements se trouve au fond de la mer. Le maërl, cet amendement marin calcaire, permet de corriger l’acidité des sols bretons. La Société d’agriculture de Brest veut en développer l’usage. Mais la ressource se dispute : accusé de dégrader les bancs d’huîtres, son dragage se heurte aux intérêts des paysans de la mer. En 1847, une commission réunit les parties opposées. L’enjeu dépasse les rivages : il s’agit aussi d’améliorer les terres de l’intérieur. Le progrès agronomique avance, déjà, entre espoirs et conflits d’usage.

Dans les écuries, une autre transformation s’engage. À partir de 1840, des étalons percherons contribuent à façonner le Trait breton. Peu avant 1850, l’introduction de Norfolk prépare l’essor du postier. Les éleveurs croisent, observent, sélectionnent. De Lannilis à Saint-Renan et jusqu’à la pointe Saint-Mathieu, le nord-ouest du Finistère produit parmi les chevaux les plus lourds de la race.

Au début du XXe siècle, cette renommée chevaline fait vivre les fermes et anime les foires. Saint-Renan s’affirme comme l’une des grandes places du commerce du cheval en Bretagne. Poulains, pouliches et juments y affluent tous les mois, particulièrement en été. Le canton se distingue par une forte proportion de poulinières. En 1910, les haras nationaux de Lamballe y installent un dépôt d’étalons.

Apprendre à changer ensemble

Puis vient le temps des ruptures. Fondée en 1929, la Jeunesse agricole catholique (Jac) se ramifie dans les campagnes et prépare une nouvelle génération à prendre son destin en main. Son influence sera décisive après la guerre. Pour l’heure, les exploitations du Pays d’Iroise associent cultures et élevage. Les bovins constituent déjà une ressource essentielle ; l’engraissement des porcs apporte des revenus relativement réguliers à de nombreuses fermes de cet extrême ouest.

Les engrais se diffusent, les machines gagnent les cours de ferme

Vers 1955, le mouvement s’emballe. Avec la Jac, les jeunes sortent de leur ferme, voyagent, confrontent leurs expériences. « Voir, juger, agir » : la méthode invite à comprendre avant d’entreprendre. Pourquoi travailler comme hier si l’on peut vivre mieux demain ? Dans les syndicats, les coopératives et les groupes de progrès, la génération montante prend des responsabilités. Les connaissances circulent, les engrais se diffusent, les machines gagnent les cours de ferme. L’ambition de ce progrès dépasse le rendement. Elle touche la place du paysan dans la société, son revenu, son logement, ses conditions de travail. Comme ailleurs dans les campagnes, c’est le début de la décohabitation des générations. Une vraie « révolution » culturelle, surtout pour les femmes qui s’émancipent d’une certaine emprise générationnelle.

En 1963, le géographe Pierre Flatrès décrit cette période comme une « deuxième révolution agricole ». En 1967, les foires mensuelles aux chevaux de Saint-Renan disparaissent. Dans les champs, le tracteur impose son rythme. En une génération, le pays a changé d’allure.

Didier Le Du

La société d’agriculture de Brest

Généralement fondées par des notables, les sociétés d’agriculture œuvrent au développement des cultures et de l’élevage. Elles organisent notamment les comices, où propriétaires et fermiers échangent leurs expériences et découvrent de nouvelles pratiques. Les concours y stimulent l’émulation. Avec 320 membres, la Société d’agriculture de Brest était de loin la plus importante des quatre sociétés du Finistère.


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