À Plabennec et Guipavas, les trois associés du Gaec de Kergavarec ont fait le choix depuis 2000 d’intégrer les haies au cœur de leur système d’exploitation. Chauffage, litière, bien-être animal, biodiversité ou encore adaptation au changement climatique : le bocage apporte aujourd’hui de nombreuses réponses aux défis agricoles.
L’exploitation compte aujourd’hui près de 23 km de haies répartis sur deux sites. L’un, situé à Plabennec, a fait l’objet d’un remembrement et présente des parcelles de grandes tailles. L’autre, à Guipavas, a conservé une trame bocagère plus dense.
Réaménagement du maillage bocager depuis 30 ans
Depuis bientôt 30 ans, Laurent, Olivier et Jacques Abily poursuivent la plantation et le réaménagement du maillage bocager afin de conserver un parcellaire fonctionnel pour le matériel tout en répondant aux besoins d’un système pâturant.
Les premières plantations ont été réalisées en 2000 avec l’appui financier du Conseil départemental et l’appui technique de la chambre d’Agriculture. Plus récemment, 400 m linéaires de haies ont été plantés en 2023 puis 300 m supplémentaires cette année dans le cadre du programme Breizh bocage. Une vingtaine d’essences différentes composent désormais les nouvelles plantations.
Une chaudière à plaquettes à l’origine
« À l’origine, nous avons installé une chaudière à plaquettes en 2015 pour chauffer deux maisons et la salle de traite. L’idée était déjà de gagner en autonomie énergétique et de mieux valoriser la ressource présente sur l’exploitation », fait observer Jacques Abily. Cette réflexion s’est progressivement élargie à d’autres usages. Aujourd’hui, les plaquettes produites sur l’exploitation servent également de litière pour les bovins. « Nous avons constaté plusieurs avantages. La litière reste bien sèche, les animaux sont plus propres et les problèmes sanitaires sont limités. Le paillage en bois est également moins glissant que certains revêtements de type tapis ».
Une exploitation plus autonome
« Les haies ne sont pas un véritable atelier de production, mais plutôt comme un moyen d’éviter certaines dépenses. Elle remplace une partie des énergies fossiles pour le chauffage et limite nos achats de paille », selon Laurent Abily. À moyen terme, la vente de plaquettes n’est pas envisagée même si le développement du bocage pourrait offrir de nouvelles perspectives. « Notre priorité reste d’abord l’autonomie et le fonctionnement global de l’exploitation ».
Confort et facilité de contention
« Les haies apportent du confort aux animaux et facilitent leur contention. Elles améliorent également l’image de l’agriculture auprès du grand public. Quand on travaille dans des parcelles entourées de haies, il y a moins de poussières, moins de risques de dérive et une ambiance de travail plus agréable », estime Olivier Abily. « Nous voulons laisser une exploitation plus autonome et plus résiliente aux générations suivantes ». L’année a constitué un véritable test pour le rôle des haies face aux épisodes de chaleur. « Les bovins ont pu rester dehors tout l’été grâce aux zones d’ombre créées par les haies. Elles ont constitué de véritables îlots de fraîcheur ».
Olivier Caroff / Chambre d’agriculture de Bretagne
Les arbres peuvent-ils aussi améliorer le sol ?
« Je m’intéresse beaucoup aux interactions entre les arbres, les champignons du sol et les cultures. La mycorhization est un sujet passionnant », explique Laurent Abily. L’exploitation travaille depuis plusieurs années en techniques culturales simplifiées et sans labour, et participe au groupe de travail mené par Jean Philippe Turlin de la Chambre d’agriculture sur le sujet. L’incorporation de bois fragmenté dans les sols constitue également une piste explorée par les associés. « Les plaquettes apportent de la matière organique, nourrissent la vie du sol et contribuent à maintenir l’humidité. Nous cherchons à anticiper les enjeux futurs liés à la fertilisation et à la préservation de la fertilité ». Côté entretien de leurs haies, « nous y consacrons environ deux semaines par an à trois personnes, généralement par demi-journées. Les travaux sont réalisés à la tronçonneuse et à la nacelle selon les situations ».
