Le rouleau freiné dans sa course aux grandes largeurs

Rappuyer, émietter, niveler : le rouleau en solo sait tout faire, du printemps à l’automne. Tour d'horizon des tendances d’équipement en Cuma et sur les exploitations, entre largeurs, profils, diamètres et contraintes de freinage.

Un rouleau avec barre de nivellement au travail dans un champ - Illustration Le rouleau freiné dans sa course aux grandes largeurs
Les lames de nivellement équipent de plus en plus de rouleaux. | © Dalbo

L’interminable sécheresse rappelle l’intérêt des pratiques qui préservent l’humidité des sols. Cette année, les rouleaux ont beaucoup travaillé pour refermer les terres, limiter l’évaporation et améliorer la capillarité, afin de conserver un peu de fraîcheur au semis. Trop souvent cantonné aux cas extrêmes, l’outil a pourtant bien d’autres atouts. Au printemps, un passage sur céréales jusqu’au stade épi 1 cm améliore le contact sol-racines, stimule le tallage et casse une croûte de battance. Sur prairie, il corrige en plus les dénivellations et enfonce les cailloux pour une récolte plus sereine. Il peut aussi coucher des couverts gélifères, ou servir au nivellement avec des lames flexibles à l’avant.

Le freinage bride les grandes largeurs

En Bretagne, les rouleaux sont majoritairement achetés en Cuma, même si l’agrandissement des exploitations favorise l’achat individuel. Les constructeurs observent une hausse des largeurs de travail, freinée par les nouvelles normes de freinage. « Dans le Grand Ouest, le marché s’était nettement orienté vers des modèles de 9,50 m à trois sections. Mais le freinage double ligne devient obligatoire au-delà de 3,5 tonnes sur l’essieu, et beaucoup d’acheteurs se reportent sur du 8,30 m pour éviter un surcoût d’environ 5 000 euros », indique David Fontaine, représentant commercial de Dalbo.

Le freinage double ligne obligatoire au-delà de 3,5 t à l’essieu

Les agriculteurs sacrifient ainsi la sécurité avec un outil non freiné, pour des raisons économiques mais aussi pratiques : le rouleau est souvent attelé à un tracteur pas toujours très récent, dépourvu de freinage double ligne. En Cuma, la coexistence des technologies de freinage pneumatique et hydraulique peut en outre être une contrainte. La limite des 3,5 t pèse également sur le diamètre. « La tendance aux rouleaux lourds de grand diamètre se confirme au-delà de 10 m, mais elle a nettement ralenti pour les 8 m, limités à du 500 mm pour rester sous 3,5 t à l’essieu », note Bernard Quillévéré, commercial chez Agridis, distributeur de He-Va.

Le Cambridge ultramajoritaire

Côté profil, le Cambridge (ou ondulé) représente plus de 90 % des ventes grâce à sa polyvalence. Le lisse a quasiment disparu, tandis que le Crosskill résiste là où l’on cherche un affinage au printemps, en complément d’une herse rotative, avec des modèles de 6 m. Minoritaires, les rouleaux prismatiques ou en étoiles, mis en avant par l’allemand Güttler, sont appréciés en sols lourds pour leur rappui et leur émiettement qui préservent la structure, mais restent moins polyvalents pour rouler les cultures.

Avec l’augmentation des largeurs, l’architecture de repliage varie selon les appareils. La conception du châssis et la fixation des éléments influencent le suivi du sol et l’encaissement des chocs. Certains modèles reçoivent une compensation de charge pour répartir le poids, voire une suspension, mais la sophistication coûte cher. La facilité d’entretien (nombre de graisseurs) et la garantie sur les anneaux sont aussi à considérer.

Michel Portier

Repères : 8 à 9 m : largeur la plus courante ; 2 000 à 2 500 euros par mètre de tarif moyen.

Des accessoires pour la polyvalence

De plus en plus de rouleaux reçoivent des accessoires à l’avant, surtout des lames de nivellement (CrossBoard, CrackerBoard, SpringBoard selon les marques). Réglables hydrauliquement, elles égalisent le terrain et assurent une action préparatoire améliorant le travail du rouleau. « Attention à l’effet bulldozer, qui peut faire grimper la puissance demandée », avertit Damien Brun, d’Arvalis. Onéreuses (jusqu’à 1 000 euros du mètre), elles existent en profil plat, en H ou à couteaux pour scarifier les prairies. Autres options : rouleau couteau (couverts, résidus), herses à pailles, dents vibrantes (léger travail du sol). Plus rare car coûteux (approchant les 15 000 euros sur un 8 m), le semoir à petites graines sert à implanter des couverts ou épandre de l’antilimace.


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