La sélection végétale à l’heure de la microchirurgie génétique : L’ADN pris en main

Pour répondre aux nouveaux besoins, les rendements des grandes cultures peinent à suivre. Les nouvelles techniques génomiques (NGT) promettent d'accélérer la sélection. Éclairage avec Cédric Riboulet, sélectionneur maïs chez Pioneer.

microscope en laboratoire avec des plants dans des boîtes de pétri et symboles d' - Illustration La sélection végétale à l’heure de la microchirurgie génétique : L’ADN pris en main
© Getty Images

En dix ans, la population mondiale a bondi de 10 %. La consommation mondiale de viande a progressé de 12 % en dix ans, tirée par le poulet (+21 %) et le bœuf (+14 %). Les surfaces cultivées ont, elles, augmenté de 7 %, dont 12 % pour le seul maïs. Pour suivre cette trajectoire et répondre aux besoins, le rendement des cultures devrait progresser de 2,4 % par an. « On n’y est pas », constate Cédric Riboulet : le maïs gagne 1,6 % par an, le soja 1,3, le riz 1 et le blé 0,9. Les NGT, qui créent des variations génomiques ciblées, pourraient combler cet écart en réduisant considérablement le temps de sélection.

Trois voies créent de la variation génétique : la sélection traditionnelle, qui se base sur des mutations aléatoires ou obtenues par mutagénèse, technique actuellement pratiquée par les sélectionneurs européens ; l’édition génomique, ciblant une mutation précise sans apport de gène étranger dans la plante, appelée NGT pour Nouvelles techniques génomiques ; et la transgénèse (OGM), qui introduit un gène issu d’un autre organisme.

Une découpe ciblée de l’ADN

L’édition génomique (NGT) s’appuie sur l’enzyme Crispr/Cas9, technique révolutionnaire saluée par le Nobel de chimie 2020 décerné à Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna. Un ARN-guide repère une séquence d’ADN précise, que l’enzyme Cas9 découpe comme des ciseaux moléculaires ; la réparation qui suit produit la mutation recherchée.

Ce qui prendrait 2 000 ans se joue en quelques mois en laboratoire

« C’est un processus naturel, utilisé pour apporter une modification ciblée, en imitant ce qui pourrait survenir dans la nature. Ce qui prendrait 2 000 ans sur de grandes populations peut alors se jouer en quelques mois en laboratoire », résume Cédric Riboulet. Selon la coupure réalisée, on peut éteindre un gène indésirable, en modifier un autre ou le remplacer. Objectifs visés : qualité des aliments, résistance aux stress climatiques, baisse des phytosanitaires et hausse de rendement…

Des résultats déjà concrets

Sur le soja, avec l’Inrae, une douzaine de gènes de floraison ont été mutés en une seule opération : « 21 jours de précocité ont été gagnés, un résultat qui aurait demandé vingt ans en sélection classique. » Cette précocité permet aussi de cultiver plus au nord et de mieux résister au stress hydrique. Sur le maïs, le « superlocus » permet de regrouper plusieurs gènes de résistance à l’helminthosporiose, la rouille, la tache grise et l’anthracnose au même endroit du génome, avec des essais concluants aux États-Unis. « Cela facilite le travail de sélection et permet de rajouter plus tard si besoin un autre gène de résistance à une autre maladie. » Sur le colza, deux gènes responsables de l’égrenage prématuré ont été édités pour renforcer la zone de déhiscence de la silique, avec des résultats tellement concluants, avec une non-ouverture de la silique à maturité, qu’« il a fallu revenir en sélection traditionnelle pour regagner un peu de souplesse… ».

Autre atout : sur des dizaines de milliers de candidats testés au champ chaque année, deux ou trois variétés survivent après sept ans de sélection classique. « Cela revient à chercher une aiguille dans une botte de foin. » Créer plus de variabilité dès le départ augmente les chances d’obtenir de bons hybrides, sans uniformiser l’offre pour autant : « Le maïs porte 40 000 gènes, l’objectif n’est pas une variété unique, mais de disposer de plus d’options pour chaque variété. »

Un cadre européen encore à construire

Apparues au cours de cette décennie, après la législation OGM de 2001, les NGT sont soumises à la même réglementation que les OGM, faute de cadre dédié. Le Parlement européen vient de valider en juin 2026 un compromis distinguant les variétés de catégorie 1, équivalentes aux plantes conventionnelles, de celles de catégorie 2, encadrées comme des OGM. Une consultation sur les textes d’application, notamment sur les brevets et licences, courait jusqu’au 28 septembre. « Leur application par les États membres prendra deux ans : le cadre s’appliquera au mieux mi-2028 », précise Cédric Riboulet. Si certains sélectionneurs comme Pioneer ont pris de l’avance avec des variétés déjà développées aux États-Unis, elles ne seront pas toutes adaptées au nord de l’Europe : « Il faudra 4 à 5 ans pour évaluer leur potentiel au champ. » Pionnière depuis 2017, Pioneer s’est engagée à ouvrir ses licences aux autres sélectionneurs.

Carole David

Vulgariser la technique

Opinion – Lionel Bazet – Directeur commercial Pioneer France

C’est une grande victoire collective, d’être parvenus à convaincre les parlementaires européens sur les NGT. Et une chance pour l’agriculture de demain, en apportant plus de diversité, en répondant encore plus aux besoins des différents territoires et en répondant aux évolutions climatiques. Ainsi qu’en apportant plus de sécurité pour la souveraineté alimentaire pour les filières agricoles française et européenne. Si le génome du maïs est connu depuis 20 ans, ces nouvelles technologies vont faciliter le travail en ciblant les caractères d’intérêt. L’enjeu maintenant est de faire connaître cette technique, pour lever les freins.


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.

Fermer l'écran superposé de recherche

Rechercher un article