Cette année, à la Ferme de la Belle Noë à Trémuson (22), sur les 27 ha de sarrasin implantés, une douzaine n’ont jamais été récoltés. 11 ha « bien exposés » ont été totalement broyés alors que le passage de drone par la société Telespazio a révélé 19 000 détections de datura stramoine sur cette parcelle.
Sur 11 ha,19 000 détections de datura
« Il y a quatre ans, nous avons remarqué quelques pieds en bord de champs. Rapidement, la plante s’est implantée et nous avons commencé à être embêtés par cette adventice envahissante. Mais là, suite à la réfection de deux talus, nous avons étalé le problème », racontent Sébastien Le Glatin et Edwige Guillon. Il faut dire que c’était une année propice au datura, précise l’agriculteur : « Les conditions très sèches ont limité le développement de la culture laissant la place libre à l’adventice. »
Arracher ou broyer
Dans une autre parcelle, le drone a relevé 8 plants de datura qui ont été arrachés à la main. « Dans une autre de 10 ha, 200 plants ont été détectés. Les zones infestées ont été broyées en abandonnant une bande de 10 m supplémentaire autour de la détection par précaution. » Certaines parcelles ont reçu un apport de terre extérieure il y a 10 ans, un véritable facteur de risque pour cette plante exotique qui pousse régulièrement dans des sols remués. Cette émergence est rapide et inquiétante alors que Jeanne Séronie-Doutriaux, responsable développement filières et agronomie chez le Gouessant qui collecte notamment du blé noir, rappelle que « 30 détections par hectare, c’est déjà beaucoup en Bretagne ». Depuis, Sébastien Le Glatin multiplie les faux-semis car le labour est à exclure du plan de lutte (les graines ont une durée de vie de plus de 40 ans et pourraient être remontées plus tard lors d’un nouveau travail en profondeur).
Devant un tel fléau, le couple d’agriculteurs a choisi de communiquer « plutôt que de se taire » pour faire prendre conscience au plus grand nombre du danger. Pour eux qui ont accueilli, mardi 27 octobre, une réunion d’information destinée au monde agricole, « nous sommes au bord d’une explosion de datura ».
Sensibiliser et lutter
Olivier Audras de la Fredon Bretagne alerte depuis quelques années sur la menace datura. « Les agriculteurs doivent absolument apprendre à reconnaître cette plante et organiser la lutte. Ceux qui ne font rien vont participer à sa dissémination. »
Toma Dagorn
Détectable par drone dans 38 cultures
Grâce à un appareil photo haute définition sur un drone, Telespazio géolocalise corps étrangers et adventices (datura, ambroisie, rumex, chardon, morelle…). Les images sont traitées par intelligence artificielle. Le datura est aujourd’hui détectable dans 38 cultures. L’agriculteur reçoit une cartographie sur smartphone lui permettant d’aller arracher les daturas. Certaines cartographies peuvent aussi être valorisées en traitement, binage, moisson…
