Entre passion pour la terre et service au territoire, il raconte son quotidien avec humour et sincérité. Certains habitants de Saint-Renan décrivent Jean-Louis Colloc comme la mémoire vivante de la commune. Il est vrai que ce jeune retraité de 67 ans a vu le paysage évoluer au fil des décennies. « Je me suis installé sur la ferme de mes parents en 1975, à l’âge de 17 ans », raconte-t-il. « À l’époque, il y avait à peine 30 vaches, 36 truies et 47 hectares. » Quand on lui demande pourquoi il a choisi d’être agriculteur, Jean-Louis Colloc sourit. « Je ne pense pas avoir choisi. C’était dans mes gènes. Je pense que je suis passionné : en 5e, j’ai quitté l’école pour aller m’inscrire à la MFR sans le dire à mes parents. » Aujourd’hui encore, après avoir transmis l’exploitation familiale à son fils Anthony, il continue de donner un coup de main dès qu’il le peut. « Hier, j’étais à labourer avant les semis de lin, et qu’est-ce que j’étais bien ! » La ferme a évolué, les animaux sont partis, la surface s’est agrandie. Mais la passion, elle, est restée intacte.
Élu depuis 40 ans
Jean-Louis Colloc a « toujours été engagé dans quelque chose. » Que ce soit sur le terrain de football, le dimanche, comme arbitre de touche, ou à la caisse locale de son assurance, il aime aider et rendre service. Cette année, il entame son dernier mandat en tant qu’élu de Saint-Renan, après près de 40 ans de vie municipale. « Je m’occupe des travaux, de l’environnement et, bien sûr, de l’agriculture. Je siège aussi à la communauté de communes du Pays d’Iroise depuis ses débuts. Ce qui me plaît dans tout ça, c’est l’humain : débattre, argumenter… Et mettre des baffes de temps à autre ! »
« Saint-Renan et moi, c’est viscéral »
Un engagement qu’il a toujours mené en parallèle de son activité agricole. « J’étais aux vaches à 5 heures. Après mes réunions, je remettais mon bleu à 23 heures pour aller m’en occuper. » Hyperactif ? Pas vraiment. L’agriculteur retraité se décrit surtout comme profondément attaché à son cadre de vie. Partir ne lui a jamais traversé l’esprit. « Saint-Renan et moi, c’est viscéral. »
Voir l’évolution
« Je pense que c’est notre génération qui a vu le plus de changements dans le métier », affirme l’éleveur retraité. « Quand j’ai commencé, avoir un tracteur avec un chargeur, c’était tout un évènement. On moissonnait avec une machine de 2,30 mètres de coupe. » Logiquement, l’entraide entre agriculteurs renanais était alors très forte. À l’époque, on comptait 38 fermes dans le coin, avec des systèmes divers et variés. « Le secteur de Lamber, à Ploumoguer, était le premier bassin laitier européen dans les années 90 », explique Jean-Louis Colloc. « Il y avait 50 à 60 vaches dans chaque ferme, c’était là où l’on produisait le plus de lait par hectare. Sur les versants, on voyait des vaches partout. » Aujourd’hui, le paysage a profondément évolué. À Saint-Renan, il ne reste que huit fermes, et la commune a perdu 400 vaches laitières en trois ans. Mais la dynamique reste présente. « Ils sont motivés. Certains sont engagés dans la vie locale et municipale, mais selon moi, tous devraient l’être. Les paysans se doivent d’être dans les instances pour défendre l’agriculture, rien que par notre présence. Souvent, notre vécu et notre expérience du terrain suffisent à recadrer les dérives. »
Alexis Jamet
Dur au mal
Jean-Louis Colloc avoue avoir beaucoup tiré sur la corde dans sa jeunesse. « Je ne ressentais pas la fatigue, mais plusieurs fois, mon corps m’a fait comprendre que j’abusais », se souvient-il en riant. Lors d’un séjour à l’hôpital dû à un surmenage, son épouse en a profité pour vendre le cheptel de truies afin d’alléger la charge de travail. « J’ai utilisé l’argent pour acheter un troupeau de vaches allaitantes », raconte le Renanais. « Plus tard, un voisin a installé ses cochons dans ma porcherie. Et c’est finalement moi qui me suis retrouvé à m’en occuper. » Son troupeau de Blondes d’Aquitaine ne l’a pas non plus épargné : bousculades, blessures, os cassés… « Avec le recul, je me dis que j’étais complètement fou. »
